SOUVENIR D'UNE COURSE DANS LES MONTS
Al" CHRIST.
Il y aura beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. [Erangile.)
Je suis monté bien haut sur nos montagnes nues , Pour te voir de plus près, pour écouter encor Le frôlement produit par la robe des nues, Lorsqu'au vent de la nuit ondulent leurs plis d'or.
Sur ces augustes monts qui t'encensent d'arômes, Sur ces autels, Seigneur! ma voix t'a célébré. Mais les cris de douleur que t'adressent les hommes. En s'élevant vers toi, dans mon âme ont vibré.
J'étais parti joyeux, attachant ma prunelle A la voûte où je lis ta gloire et ta bonté ; Mais la plainte d'en bas qui passait, solennelle, A ramené mes veux vers la réalité.
Et du haut de ces monts que le torrent balaie, J'ai vu la terre en proie aux fléaux de l'enler, J'ai vu surtout le bagne, immense et rouge plaie, Tordre , en te blasphémant , sa ceinture de fer.
Et ces forçats, courbés sous la chaîne et la honte, Leurs grincements de dents, leurs rires de démons. Troublaient l'hymne inlini qui sans cesse à toi monte Des profondeurs des mers et des cimes des monts.
N'est-ce pas toi , Seigneur ! qui , dans ta main sublime , Tiens les destins de tous? Et si c'est toi , pourquoi Ceux-là sont-ils tombés dans le gouffre du crime? N'avais-tu pas pour eux de place auprès de toi?
D'où vient que de ton sein le malheur les exile? D'où vient pour ces brebis l'abandon du pasteur? Ton amour n'est-il plus l'universel asile Qu'ouvrit le flot de sang de ton flanc rédempteur?
A quand la guérison de toute plaie immonde ? Le jour où tous croiront et ne souffriront plus? A quand ce jour qui doit régénérer le monde, A quand le jour divin où tous seront élus?
Car puisque c'est pour tous que tu mourus , espère Que , le prix des vertus une fois bien senti , Tous voudront, tous pourront vivre au sein de (on Père, Et tu t'applaudiras, ô Christ! d'avoir menti.