‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 22 sur 177 · A LA MER · texte numérisé non relu

A LA MER

Qu'il est doux au nageur de s'asseoir sur la grève , De laisser au soleil , hôte aimé de nos bords , Le soin de réchauffer et de sécher son corps ! Là, sa témérité ne semble plus qu'un rêve. Il ne peut concevoir, dès qu'il en est sorti , Comment il a bravé tant de vagues géantes ; Et comment, en passant sur leurs gueules béantes, Elles ne l'ont pas englouti.

Si l'on voit sur tes bords ces imposantes scènes , Ces tableaux de désordre ou de calme menteur, Ne sont-ils pas plus beaux ceux qu'au navigateur Offrent incessamment tes régions lointaines? Aussi lorsque je vois s'éloigner un vaisseau , Dont la carène écume en glissant sur les ondes , Monté par ceux qui vont , cinglant vers d'autres mondes , Chercher la gloire ou le tombeau ,

Mes désirs vagabonds s'envolent sur sa trace ; Je lui confie alors mille touchants adieux Pour les belles cités que les marins joyeux Auront à saluer dans les champs de l'espace. Et lorsqu'à l'horizon, dans la brume du soir. Le vaisseau disparaît comme une ombre légère , Je m'assieds tout pensif, sur le roc solitaire. Et ma voix lui crie : au revoir!

Combien la mer est belle à l'heure où le silence , Fidèle ami des nuits , se pose sur son sein ! Qu'on se plaît à la voir, lorsque , dans le lointain , L'esquif de deux amants sur les flots se balance! Ou que , sur ses lilets , sous le chainne tressés ,

Quelque pauvre pêcheur dans sa nacelle \eille , Pieds nus, le bonnet rouge incliné sur l'oreille, Et les pantalons retroussés!

Mais quand on voit les flots, pendant une nuit sombre, Lancés contre les rocs comme des javelots; Lorsqu'on entend au loin les cris des matelots Proclamer le péril du navire qui sombre Et d'un bateau sauveur implorer le secours ; Quand le canon d'alarme envoie un dernier râle , Et que son cri de mort , perdu dans la rafale , Ne trouve au bord que des cœurs sourds;

Alors le spectateur, s'éloignant de la rive , Semble dire à la mer : Adieu, gouffre inhumain ! Il fuit épouvanté. Puis si le lendemain 11 revient sur les bords où la vague n'arrive Qu'en caressant ses pieds comme un tigre donqilé , Promenant ses regards sur tes tranquilles plages Il voit , perfide mer, flotter vers tes rivages Quelque cada\Te ensanglanté.

Mais, grande sœur du ciel! qui pourra jamais dire Que tes convulsions et tes déchirements Ne viennent pas de Dieu , le roi des éléments? De ((ui tenons-nous donc le droit de te maudire? l\'es-lu pas, dans tes nuits de colère de l'eu Où ton flot sur la rive en hurlant se renverse , Dans ces jours lumineux où ton cahnc nous berce, N'es-tu pas l'instrument de Dieu?

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