LE SOIR
Quand l'angle ([uc les cieux forment avec les ondes, Par l'eflbt de la nuit semble être rétréci ; Lorsque le Dieu du jour, [)Our luire à d'autres mondes , Franchit l'horizon obscurci ;
Lorsque ses longs adieux , sur les cimes chenues , Bien que déjà la nuit règne dans les vallons , Jettent des flots de pourpre, et rougissent les nues Oue ))roniènent lcsa<fuilons;
Quand la mer retentit du morne bruit des rames Et que ses flots, tournant autour des noirs écueils, Semblent, au sein de l'ombre, un vol de blanches âmes Dansant autour de leurs cercueils ;
Quand l'univers s'endort dans d'épaisses ténèbres. Que des torrents lointains on distingue la voix Et qu'on entend, aux monts, les murmures funèbres Que la nuit pousse au fond des bois;
Oh! n'avez-vous jamais, à cette heure suprême. Marché silencieux près d'un ange qu'on aime ; Contemplé dans ses traits les vertus de son cœur ; Ravi dans un baiser son âme enthousiaste , Et lu dans ses regards , pleins d'une flamme chaste , Tout un avenir de bonheur?
Ou bien , sur quelque mont couronné de nuées , Où les foudres du ciel cent fois se sont ruées , N'avez-vous jamais, seul, et le monde à vos pieds, Scruté l'orageux cours de cette pauvre vie , Où l'on voit constamment sous le pied de l'Envie Les plus beaux fronts humiliés?
N'avez-vous pas songé que, dans ces vastes plaines. Sous ces milliers de toits , souvent de tristes scènes , Quand, gorgé du festin, le riche est endormi, Troublaient des nuits d'hiver les heures si tranquilles? N'avez-vous pas songé que, dans les grandes villes, Vous n'aviez pas un seul ami?
Ei (juand votre pensée est rentrée en vous-même ,