‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 29 sur 177 · TROMBE MARINE · texte numérisé non relu

TROMBE MARINE

Dieu ! Regardez ! Voyez quelle immense colonne

Monte , en élargissant sa tôte qui bouillonne ,

Et marche , noir Titan subitement éclos ,

Le front dans la tempête et les pieds dans les flots !

Les hurlements du gouffre où sa base s'appuie,

Les tourbillons de l'air traversés par la pluie,

Les masses d'eau, que bat l'aile de l'albatros *

Comme les hiboux noirs battent nos vieux vitraux ,

Le fracas de la mer qui se creuse et se bombe ,

Tout se perd dans ce cri de terreur : « Une trombe ! »

Des flots sont submergés par l'écume des flots! « Une trombe ! » L'effroi glace les matelots Devant cet ennemi, qu'il faut soudain combattre, Et qui traîne après lui des cascades d'albâtre. On dirait que la mer, pour menacer les cieux , A travers l'ouragan lève un bras monstrueux.

Regardez comme elle déploie Son chapiteau brun dans les airs :

Et comme sa base tournoie Sur l'abîme écumant des mers!

Regardez comme la rafale Tord sa colonne triomphale,

* Le phénomène des trombes marines n'apparaît guère que dans les chaudes régions. Celle que je décris ici a été vue au 40* degré de latitude, au cap de Bonne-Espérance, par mon ami Lebrun. \ cette latitude ou rencontre fréqueiumenl des albatros.

Pareille au trigonocéphale Tordant les chênes des déserts !

Détachant les rocs de la rive , Elle en sème les airs surpris ; Elle les hache, elle les clive, Et les éparpille en débris.

Le pâle Océan , qui répèle Les sourds éclats de la tempête , Dans cette géante trompette Souffle des tonnerres de cris.

Sur ses bords volutes de longs éclairs se croisent. Mille flots embrasés en tous sens la pavoisent. On croirait voir passer un vaste aérostat Qui, dans ces régions où se meuvent les lames, Vomit , cratère ardent , des phalanges de flammes S'absorbant dans le choc d'un infernal combat.

Elle fuit : son sommet brûle, au loin, comme un phare.

Aux sifflements du vent , maritime fanfare ,

Rapide, elle revient dans son berceau qui bout.

Le navire, ébranlé, sur sa quille chancelle.

A cent pas de sa proue un torrent d'eau ruisselle,

La mer va s'entrouvrir. . . (( Canonniers, feu partout! »

Entendez-vous là-bas ces clameurs de victoire? Le météore, atteint en son vol giratoire, Dans les airs fracassé, se rompt par le milieu.

TROIMBE MARINE. il

LV'qiiipage sauvé tressaille d'allégresse.

La masse gigantesque au fond des mers s'afîaisse ,

Comme un char dont la foudre aurait brisé l'essieu.

Son panache d'éclairs disparaît dans les nues; Et son corps, englouti dans les ondes émues, Fait bondir après lui les flots longtemps étreints : Comme un coursier blessé qui, fuyant le carnage, Expire dans le lac qu'il passait à la nage, Tandis qu'à la surface on voit flotter ses crins.

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