‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 4 sur 177 · V NOTICE · texte numérisé non relu

V NOTICE

Il y en a deux.

I.a poésio. si cllf était chassée du cabinet de l'érudit par le IVoid de son atmosphère, ou de la maison du riclu^ par le culte evchisif de la fortune, se réfugierait dans le cœur de la femme ou dans la foule du peuple.

Des diverses qualités qui font grande la poésie, la première et la plus haute, c'est la popularité.

Et je dirais volontiers, imitant une parole sacrée : Voix du peuple ou voix de femme : Voix de poëte.

La pensée poétique est donc comme en réserve dans le peuple. Elle s'y couve, elle s'y nourrit, elle s'y transmet.

Ce qui manque au peuple pour la révéler, c'est le signe extérieur, c'est la forme. Mais qu'il ait une forme à lui. un vêtement pour son esprit de poésie, cet esprit devient sensible et se produit au dehors. Ainsi, pour ne parler que de la France, vous trouverez une poésie populaire toujours vivante dans la Bretagne, dernière terre de refuge d'une vieille langue gallique perdue partout ailleurs, dans la Provence et dans nos pays du Midi, qui conservent à eux un idiome de formation intermédiaire, auquel il n'a manqué que la fortune j)our être langue nationale.

11 y a deux ans, dans un de ces villages du Midi, subsistait encore une banalité de moulins, asservissement féodal échappé à nos rév(dutions. Le petit village avait thésaurisé, épargné ses rcvcinis. coupé ses

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bois, amassé enfin une somme nécessaire au rachat. Quelques retards administratifs suspendaient sa libération : avec un peu d'aide, auquel je fus heureux de contribuer, ces retards sont levés : le dernier vestige de servitude est effacé. Grande fête populaire, fête d'enthousiasme au pays. Et là, sur la petite place publique, plusieurs de ces paysans, arrivant de leur bergerie, descendant de leur montagne, autour du grand feu de joie, apportaient, en leur langue, des chants poétiques, que l'événement leur avait inspirés, et dont quelques-uns étaient remarquables assurément.

Dans nos ports de la Méditerranée, chaque atelier de voilure, de mâture, de corderie, souvent a son poëte, qui ne manque ni de verve ni d'originalité.

Dans nos campagnes, nous avons des Noëls, où les anges parlent toujours en français et les bergers en provençal, qui fourmillent de traits naïfs.

Enfin, je ne sais si j'oserai le dire, mais dans le recueil des ouvriers, quand je rencontre cette chanson de départ :

Clicrs compagnons Iionnctcs , Le printemps vient de naître; Le Roulcur nous a dit Qu'il nous fallait partir.

J'entends le liruit des cannes, Le Routeur niaidic à grands p; La conduite gé'nérale Ne reiitende/-\ous pas?

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