‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 60 sur 177 · LA HARPE DU RIVAGE · texte numérisé non relu

LA HARPE DU RIVAGE

Un ange secouait ses ailes Dans les airs; et ses beaux yeux bleus Lançaient de douces étincelles, Comme les étoiles des cieux.

On voyait voler son écharpe Comme un oiseau qui prend l'essor, Et ses doigts tenaient une harpe , Dont ils touchaient les cordes d'or.

Comme on entend l'oiseau qui passe Chanter en effleurant les champs , La harpe , en traversant l'espace , Exhalait des sons et des chants.

Ces chants étaient lents et sublimes.

Celait comme l'appel fatal Que, du haut d'invisibles cimes, Au poëte fait l'idéal.

L'ange déposa sur la rive La harpe aux étranges concerts ; Et, soudain, la brise plaintive Expira sans bruit sur les mers ;

Et j'entendis, au bord de l'onde, Vibrer le divin instrument , Tandis que l'ange à telc blonde Remontait vers le firmament.

Ces accents, inconnus à la musique humaine, Célébrèrent alors le bonheur et la peine;

Les charmes du premier amour; Les déhces du cœur, celles de l'âme pure ; La majesté du ciel, la sublime nature,

Les clartés naissantes du jour;

LA HARPE DU RIVAGE. l'2r.

Les langes du berceau , les rêves de renfance , Et les soins de celui qui veille à sa défense ;

L'amour d'un père torluné Qui sourit à la couche où son entant repose , Et voit sa jeune épouse ouvrir sa bouche rose

Aux baisers de son premier-né î

La beauté de la nuit, à l'heure où la mer sombre Flamboie et réfléchit les étoiles sans nombre

Que le ciel mire dans ses eaux , Quand la reine des nuits blanchit la noire roche , Plane sur les forêts, et largement ébauche,

Dans les champs, l'ombre des coteaux.

Ils redirent encor la douceur infinie Des chaleureux élans qu'inspire le génie.

Quand , pareil au coursier fougueux Qui franchit au galop plaines, torrent, colline, 11 prend quelque mortel sur sa croupe divine ,

L'enlève , ... le transporte aux cieux ;

Tout ce que le poëte éprouve quand l'aurore Enflamme l'Orient, et des monts qu'elle dore

Déchire les pâles brouillards ; Quand l'astre radieux s'élance dans l'espace. Comme la robe d'or de quelque ange qui passe

En éblouissant nos regards ;

Lorsqu'il voit un beau jour rajeunir les campagnes, Les troupeaux blancs tigrer le flanc noir des montagnes ,

L'aspect agreste d'un chalet Tapissé, jusqu'au toit, de mousse parfumée,

Et dont la brise fait ondoyer la fumée Comme un panache violet ;

Ce qu'il ressent , enfin , d'ineffables délices , Lorsqu'à ses pieds, les fleurs inclinent leurs calices

Gonflés de senteurs et de miel, Et que , tout pénétré de ce bonheur austère , Il sent la vie , ainsi qu'en une immense artère ,

Circuler de la terre au ciel.

L'heure où le roi du jour, éclairant d'autres mondes , Vole au penchant des cieux, s'engloutit dans les ondes

En nous jetant un long adieu , Ramenait le sommeil, la paix et la prière; Et la harpe, les mers, le firmament, la terre

Chantaient ensemble : Gloire à Dieu !

Oh ! silence ! la harpe exhale un doux murnuire Et l'haleine du soir assoupit la nature. Sur les mers, que semblait extasier ce chant, S'étendent un ciel rouge et le soleil couchant. L'horizon s'obscurcit. Le rocher de la rive Semble rêver au bruit de la vague plaintive. Le ciel est parsemé de paillettes de feu ;

LA HARPE DU RIVAGE. 12c

Et l'occident carmin redevient sombre et bleu.

Secouant sur les monts sa chevelure brune

Le crépuscule fuit. Déjà la pâle lune

Blanchit la grève, argenté les forêts,

Puis aux ondes de la lagune

Raconte ses grands secrets.

Je vois flotter l'écharpe

De l'ange aux doux concerts,

Glissant dans les airs :

Et de la harpe,

Dans la nuit.

Le bruit

Fuit.

LA BARQUE BLAiNCHt:.

Ballade fantastique.

Chanlez , flots du détroit. Votre fée est éprise D'un beau pêcheur qui l'a surprise Dormant sur vos bords enchantés.

Au heu de voyager sur vos fumantes croupes ,

Elle pleure, cachée à l'ombre de vos groupes.

Pour apaiser ses maux, flots du détroit, clianlez.

Un pêcheur la surprit. « C'est mon cœur qu'elle guette, Se dit-il, fuyons sa baguette. »

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