LA BARQUE BLANCHE
A souffrir tes dédains j'avais soumis mon âme,
Mais nul mortel en vain ne brave mon pouvoir. «
Et, flagellant la mer de sa rouge baguette.
Un nuage de feu s'épaissit sur sa tête ;
Et son cri formidable évoqua la tempête,
Qui monta dans le ciel comme un grand aigle noir.
Dieu ! la mer hurle et se soulève ; Et l'éclair, aigu comme un glaive , Des flots éperonne le front; Et , par un bras fatal poussée , Sur la falaise courroucée La nacelle blanche se rompt;
Et dans une horrible caverne , Un spectre au regard creux et terne Entraîne le pêcheur brisé.
Tandis qu'une roche qui tombe L'enferme , comme en une tombe , Dans cet enfer improvisé.
— M'aimes-tu maintenant? dit une voix de femme.
— Non, cria le pêcheur; non, non, fuis, spectre infâme!
— Une dernière fois, veux-tu m'aimer?
— Non!
— Meurs !
Et la mer entendit d'inicrnales rumeurs, Comme en jette aux glaciers l'ours que l'hiver affame.
Le lendemain, on vit Uotter auprès des bords, Les débris mutilés de la blanche nacelle. La pâle fiancée y vint chercher le corps De celui qui mourut pour lui rester fidèle; Mais elle ne trouva que de sanglants lambeaux, Que l'on ensevelit dans ces grèves funestes; Et la grossière croix qu'on planta sur ces restes, Du meurtre du marin accuse encor les flots.