LE FORÇAT
Regardez ce forçat sur la poulre équarrie Poser son sein hâlé, que le remords carie.
Du crime , dont il se repent , Se retrace à ses yeux l'accablante peinture ;
Et, de son pied à sa ceinture, La chaîne qui l'étreint monte comme un serpent.
Si son âme pour moi devenait expansive ! Si je pouvais scruter, dans sa tête pensive ,
Ce remords, pour toujours ancré :
Et vous dire les maux que joint sa flétrissure
A la profonde meurtrissure Uu'offre son corps hideux par ses fers échancré !
Mais il semble combatlre un feu qui le dévore : Sa casaque a trempé dans le sang du Centaure !
Et, par un mouvement subit, Aux cris de l'argousin dont la colère éclate ,
Son front brun devient écarlate
Comme son écarlate habit.
Au travail, le cancer du remords l'accompagne.
11 revient plus ardent à sa rentrée au bagne. El , sur ses rares cheveux gris , Son bonnet couleur de feu pèse ;
Et son vêtement rouge, ainsi qu'une fournaise,
Consume lentement ses membres amaigris!