‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 69 sur 177 · ISLY ET MOGADOR · texte numérisé non relu

ISLY ET MOGADOR

EPITRF. A M. BEST, A L'ILLVSTr.AIWX.

J'ai visité, Monsieur, nos robustes vaisseaux Que l'Afrique a bercés dans l'azur de ses eaux.

J'ai touché leurs nobles bannières , Leur cale où du combat grondaient les bruits confus, Et leurs g:ueules de fer, dormant sur les affùls,

Chaudes des batailles dernières !

Nos modestes héros m'ont, de leur propre voix. Pour vous être transmis raconté leurs exploits,

Sur le pont que la mer arrose.

Que leurs cœurs généreux, à l'indulgence ouverts, Me pardonnent d'avoir si mal traduit en vers

Ce qu'ils m'oiil si bien dit en prose.

L'aurore du quinze août, de ce beau jour d'été Que l'église et l'armée ensemble ont tant fêté , Illuminait déjà des splendeurs africaines Les sables éclatants des plages marocaines. Le soleil , qui pourprail la blanche Mogador, Transformait son îlot en promontoire d'or Et semblait , sous les flancs de l'escadre française , Soulever lentement une houle de braise.

Les musulmans guerriers, debout près du Croissant, En voyant les flots teints d'une couleur de sang, Croyaient qu'incendiés par le divin prophète Nos vaisseaux éclairaient eux-mêmes leur défaite , Et que ces mers de feu, lasses de nos succès, Pour les anéantir s'ouvraient sous les Français. Car quelques jours avant, nos profanes mitrailles Avaient du vieux Tanger dévoré les entrailles , Et sapé ces remparts où, les nuits d'ouragan, Les naufragés voyaient luire le yatagan.

Tout à coup un écho venu de ces collines,

INids de l'Arabe libre et des races félines ,

Aux vaisseaux qui voguaient à l'ombre des pavois

Fit entendre ces cris chantés par mille voix :

« Tressaille de bonheur, notre auguste patrie!

« L'Afrique à deux genoux et la face meurtrie ,

« L'Afrique devant toi prosterne son front noir.

« Son invincible orgueil râle de désespoir;

M Et les braves soldats que ton grand peuple enfante

« Ici, comme partout, t(; montrent triomphante!

Page 1