‹ Poésies de Choderlos de LaclosChapitre 26 sur 27 · Numéro du 10 octobre 1884, t. XVII, p · texte numérisé non relu

Numéro du 10 octobre 1884, t. XVII, p

plus embarrasse de savoir si c'est à Voltaire ou à vous qu'il faut les attribuer. »

En septembre 1864, M. W. Bloomfield publia dans la Nouvelle Revue de Paris une correspondance entre Laclos et Madame Riccoboni ^ : c 11 nous a été permis de prendre copie de ces pièces inédiles », dit-il, et il décrit le manuscrit (Bibliothèque Nationale, n" 12.845) où il les a découvertes, manuscrit qui a été collationné pour l'édition publiée par le Mercure de France. Ce manuscrit de Laclos contient, on le sait, le texte entier des Liaisons dangereuses, ainsi qu'une collection de lettres et de poèmes. L'éditeur de l'édition du Mercure parle de la notice de Pariset sur Laclos dans le Moniteur du 13 décembre 1803 :

Voyez la charmante correspondance de Madame Riccoboni et de M. de Laclos, imprimée à la suite des Liaisons dangereuses.

Il ajoute :

Je n'ai pu découvrir ce volume.

Dans le Mercure de France de juillet 1905, M. Jean de Gourmont écrit :

On snit que cette édition ne se trouve pas à la Bibliothèque, et l'on affirme qu'elle n'est jamais passée en vente. La Bibliothèque delà ville de Genève et le British Muséum l'ignorent autant que nous. Cependant, une édition tout entière ne peut pas avoir disparu.

J'ai entre les mains un exemplaire des Liaisons dangereuses en deux volumes, datés de 1788, qui est, je pense» l'édition perdue. On y voit, en tète de l'ouvrage, les Pièces fugitives et les lettres de Laclos à Madame Riccoboni. Le titre est comme suit :

Les Liaisons dangereuses ou Lettres recueillies dans une société et publiées peur l'instruction de quelques autres. ParM. C... do L... Nouvelle

1. Reproduite par M. Dard, le Général Choderlos de Laclos, p. 480-

édition augoientée d'une Correspondance de l'auteur avec Madame Riccoboni et do se3 Pièces fugitives. Première partie, M DCC LXXXVIII.

II n'y a là aucun nom d'éditeur, ni lieu de publication. Chaque volume est divisé en deux parties, chacune paginée à part et avec un litre différent. Le premier volume débute par l'Avertissement de l'éditeur, page I-IV (comme dans l'édition oi'iginale) ; vient ensuite VAvertissement du libraire, pages V-VIII (qui est contenu seulement dans cette édition) et enfin la Préface du rédacteur, pages IX-XVI, comme dans l'édition originale. Les Pièces Fugitives suivent, elles sont comptées en italiques, mais avec des lettres romaines, pages 17 à 3i ; et sont suivies de la Correspondance entre Madame Riccoboni et l'Auteur des Liaisons dangereuses, pages 35 à 52. Les Liaisons dangereuses suivent et la numérotation commence de nouveau page 1 et va jusqu'à la page 134. La « Seconde Partie », après une nouvelle page de titre, contient 136 pages, de 1 à 136 ; la « Troisième Partie », qui ouvre le second volume, va de la page 1 à la page 132 ; et la « Quatrième Partie », de la page 1 à la page 147. L'impression et le papier sont communs ; les vignettes assez grossières semblent un travail hollandais, et l'absence de nom d'éditeur ou d'imprimeur et du lieu de la publication, ainsi que le mélange de chifiFres italiques et romains, tout semble indiquer que celte édition est une contrefaçon, probablement imprimée en Hollande, comme le fut l'édition originale.

L'Avertissement du libraire expose la dilTérence entre cette édition et toutes les précédentes. Je le donne en entier :

Les éditions de cet ouvrage ont été tellement multipliées jusqu'à ce jour, que nous n'aurions pas entrepris celle-ci, si le hasard ne nous avoit procuré des moyens d'en assurer le débit de préférence à toute autre : et cela sans recourir ni au papier vélin, ni aux caractères de Baskerville, ni même au petit format ; toutes choses qui, comme on

sait, et comme il est prouvé par nos livres de vente, ajoutent infiniment au mérite des ouvrages.

Cette édition est non seulement à l'usage des personnes qui lisent les livres qu'elles achètent; mais elle convient plus particulièrement encore à toutes celles qui sont bien aises de juger un ouvrage sans se donner la peine de le lire ; et ce sont celles-ci que nous avons eu particulièrement en vue dans notre entreprise. C'est pour elles que nous publions une correspondance où on trouve rassemblé, dans un très petit espace, à peu près tout ce qui s'est dit et qui peut se dire pour et contre le roman que nous réimprimons ; en sorte que chacun pourra choisir le jugement qu'il lui conviendra d'en porter et qu'il trouvera sous sa main toutes les raisons à l'appui de ce jugement, sans être obligé de les chercher dans l'ouvrage : ce qui est assurément plus commode et plus sur.

On nous a assuré que cette correspondance a réellement existé entre Mme Riccoboni et M. C. de L. et nous le croyons ainsi. En effet, quel autre que le charmant auteur de Catesby eût pu mettre autant de grâce dans sa critique, et quel autre que l'auteur du roman eût pu mettre autant de zèle dans sa défense ? 11 nous a paru que de part et d'autre les raisonnements étaient vifs et pressés ; et il nous semble que cette correspondance aurait pu tenir un rang distingué parmi les ouvrao'as polémiques, si, malheureusement, les deux adversaires n'avoicnt oublié de se dire des injures. Cette négligence nous fait croire que ces lettres n'avoîent point été destinées à voir le jour.

Nous ne croyons devoir aucun compte au public sur la manière dont ces lettres nous sont parvenues : nous lui dirons seulement qu'elles nous ont été remises avec quelques poésies fugitives de l'auteur du roman. Comme quelques-unes de ces poésies n'ont point encore été imprimées et que les autres ne le sont que d'une manière fautive, et éparses dans différents recueils, nous avons pensé que quelques personnes seroient bien aises de les trouver rassemblées ici, d'autant que le prix de l'ouvrage n'en sera point augmenté. Nous nous bornons à demander la préférence.

Les poèmes sont au nombre de quinze, c'est-à-dire : Les Souvenirs; Épilre à Églé ; Épitre à Margot; Le Bon Choix ; Sur celle question pro; oièie dans le Mercure : Orosmane

fut-il plus malheureux quand il se crut trahi par Zaïre que quand, après l'avoir tuée, il l'eut reconnue innocente ; Épilre à la Mort ; A Mademoiselle ***; A Mademoiselle*** ; A Mademoiselle de Sivry qui, à l'âge de douze ans, sait le grec et le latin et fait de très jolis vers; Chanson ; Autre; Autre [Les quatre parties du Jour) ; Autre. De celles-ci : le Bon Choix, l'Épître à Margot, l'Épitre à la Mort et les Souvenirs furent imprimées dans Y Almanach des Muses, à intervalles, de 1773 à 1779; mais si je juge d'après les citations de l'Appendice du volume du Mercure, avec des différences de lecture, les poèmes sont dans le goût de l'époque et c'est à peine si nous pouvons dire d'eux, avec Pariset, que ce sont « les productions d'un génie vif et brillant qui suffiraient à la production d'un autre », quoiqu'ils « ne font qu'une faible partie de la sienne ».

Les lettres échangées entre Laclos et Madame Riccoboni, l'auteur alors fameux d'Ernestine, des Lettres de Fanny Butler, des Lettres de Milady Catesby, où Laclos prétend trouver « tout ce que l'esprit et les grâces peuvent ajouter de charmes à la tendresse, à la vertu >) ont un intérêt plus constant que les Pièces fugitives.

J'ai comparé avec soin le texte de cette correspondance tel qu'il se trouve dans mon édition de 1788 avec le texte copié par ^I. Bloomfield dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale et imprimé dans la Nouvelle Revue de Paris en 18G4. 11 n'y a que peu de dilïérences entre eux. mais chacune d'elles est en faveur de mon édition. Bloomfield, page 578 : lit « Qu'ai-je fait en cela que les femmes honnêtes » et ajoute dans la note du bas de la page : « Le mot est illisible dans le manuscrit. » Mon édition lit « servir » qui est évidemment le mot demandé par le sens. A la page 579, M. Bloomfield omet un autre mot après « une femme avec des sens » comme « illisible dans le manuscrit ». Il ajoute : « L'éditeur penche pour « sens actifs » comme fait mon édition. A la page 580, il fait un non-sens,

lisant « cette fille », au lieu de « belle fille », dans un argument sur l'exacte parenté d'Elmire et de Marianne dans le Tartufe. De nouveau Bloomficld lit : « Une femme dont il a pu entendre parler à la grand mes (sic) 1 » au lieu de « à sa grand'mère », quoiqu'il donne correctement la réponse à cette phrase : « Je me rappelle fort bien d'avoir entendu, Madame, parler de vous à ma grand'mère. » Mais la plus grande erreur de M. Bloomfield est de mal placer la lettre de Laclos qui, dans mon édition, précède la réponse finale de ;\Ime Riccoboni où il y a en tète : Seconde Réponse à la même Lettre et de rattacher cette lettre à la lettre de Laclos qui se trouve entre les deux lettres de Madame Riccoboni, des 14 et 19 avril 1782, quoique dans cette lettre licite deux fois les paroles exactement employées par Madame Riccoboni dans sa lettre du 19 avril. Ainsi, il est évident que l'édition de 1788, contrefaite ou non, fut donnée avec le soin le plus scrupuleux, d'après les lettres manuscrites, et dans leur ordre correct.

Une lettre de Laclos à son fils, datée de Paris, 30 messidor an X de la République française (19 juillet 1802), imprimée à la page 295 de l'édition de M. de Chauvigny, des Lettres inédites de Choderlos de Laclos ' contient une référence très précise à cette édition et appuie fortement mon dire :

De toutes les commissions que lu donnes, il n'y en a qu'une qui soit un peu do ma compétence, c'est celle des exemplaires des Liaisons dangereuses. Je te dirai à ce sujet que l'édition à estampes dont tu me parles est la plus fautive des mille et une contrefaçons qu'on a faites de ce roman. Il ne reste pas un exemplaire des deux seules éditions que j'en ai faites. La moins mauvaise est actuellement celle où l'on a mis une correspondance entre M. [lire Mme) Riccoboni et moi et quelques poésies fugitives échappées à ma jeunesse. Mais, comme cette édition n'est pas faite à Paris, je ne sais si j'en trouverai ni, par conséquent, ce que je pourrai faire à cet égard.

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