‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 24 sur 85 · LES ?%E 3CIE%.S .AGES · texte numérisé non relu

LES ?%E 3CIE%.S .AGES

Ulels rêves insensés, formés par les poètes, Ont placé l'âge d'or au berceau des humains? Nous avons vu s'éteindre, en nos lentes conquêtes, Les siècles par milliers sur nos sombres chemins.

Nous avons combattu de monstrueuses bêtes, Nous avons labouré le sol avec nos mains, Nous avons succombé dans de mornes défaites Sans avoir entrevu les brillants lendemains.

De l'animalité nous dégageant à peine,

Alors que nous traînons encor sa lourde chaîne,

Pourquoi ce vain regret allant vers le passer

L'avenir seul est plein de visions sublimes. Puisqu'un si profond gouffre est enfin traversé, C'est qu'il n'est plus pour nous d'inaccessibles cimes.

LES SBW.TI9CEW.TS

.La France, traversant de tragiques journées, Vit placer la Raison sur les divins autels ; Pourtant la froide reine, aux foules prosternées, Ne saurait imposer des décrets immortels.

Son règne achèverait soudain nos destinées ; Contre le sphinx obscur nous cesserions nos duels; Quittant leurs vains espoirs, nos âmes résignées Ne s'élanceraient plus vers de merveilleux ciels.

Car nous marchons guidés par un sublime rêve Qui, flottant à nos yeux et reculant sans trêve, Se transforme toujours, mais sans pâlir jamais.

Et les Sentiments seuls, en nous prêtant des armes, Nous mènent à l'assaut de tous les hauts sommets. Pour conquérir les cœurs, Jésus versa des larmes.

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1- e jour où la Raison gouvernerait la terre, L'aube se lèverait au fond d'un ciel en deuil ; L'océan de nos jours, n'ayant plus de mystère, Sous chaque flot d'azur nous montrerait recueil.

L'enfance songerait à la vieillesse austère, L'heure semblerait courte et proche le cercueil ; Las des vaines amours, l'homme irait solitaire, En d'ingrats descendants ne prenant plus d'orgueil.

Voyant toujours grandir les limites du monde, Le savant suspendrait la poursuite profonde Du mirage imposant qu'on nomme Vérité;

Le prêtre se tairait dans l'église déserte ; Et, cessant tout effort, la triste Humanité, Pensive, s'assoirait devant sa tombe ouverte.

L'I'DÉoiL

.Féconde illusion, que le penseur méprise, Indestructible Espoir d'un bonheur inconnu, Une fausse sagesse en vain veut qu'on te brise, Dans le fond de nos cœurs tu fleuris, ingénu.

C'est toi qui nous conduis sur la route entreprise, Qui nous fais accomplir un progrès continu, Et chaque vin d'amour dont notre àme se grise De ton fruit immortel à longs flots est venu.

Par toi, dont le pouvoir les inspire et les fonde,

Mille religions ont consolé le monde,

Les martyrs ont chanté, voyant le ciel ouvert.

Ce siècle se croit grand parce qu'il te renie :

Ta forme change, — hélas ! nous en avons souffert, ■

Mais rien ne détruira ton essence infinie.

LE C^%^CTÈTiE

U M peuple est noble ou vil par son seul caractère ; L'esprit, dans ses destins, n'agit qu'au second rang. Les sentiments acquis, partage héréditaire, Lentement transformés, coulent avec le sang.

Le type originel siècle à siècle s'altère; Un trait parfois subsiste et s'en va grandissant; Puis tout à coup surgit un héros solitaire Qui saisit en sa main ce levier tout-puissant.

Un désir, un besoin, un espoir, une haine,

Tels sont les fondements de la puissance humaine,

Et tout ce qu'on élève est bâti là-dessus.

L'être qui laisse au monde une immortelle trace, Qu'il soit César, Bouddha, Mahomet ou Jésus, Incarna dans son sein le rêve d'une race.

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