‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 32 sur 85 · IAL DE L'OPÉRA IO · texte numérisé non relu

IAL DE L'OPÉRA IO

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Janvier, âpre et brutal, a desséché la rue, Sur notre orgie en feu lançant son souffle amer. Il est nuit. L'Opéra, vers qui chacun se rue, Ressemble au roc heurté par les flots de la mer.

Des carrosses bruyants déversent la cohue : Fracs noirs, paillettes d'or, maillots couleur de chair. La danse de Carpeaux se déroule, éperdue, Sentant les murs frémir d'un rythme ardent et cher.

Et la limpide lune, au doux rayon bleuâtre, Met une lueur pure au front de ce théâtre, Où s'essouffle, en hurlant, le plaisir effréné;

Tandis que, dans la houle humaine qui ruisselle,

Un garde de Paris, par le froid étonné,

Se tient, raide et muet, et grave, sur sa selle.

Ji LECO'&TE DE LISLE

Vos vers, — vos vers si beaux ! — qui sous notre paupière Font, dans les soirs pensifs, monter des pleurs sacrés, Sont fiers, purs et puissants comme ces dieux de pierre Que d'un suprême orgueil la Grèce avait parés.

Incompris de la foule, à des lèvres vulgaires

Ils n'ont point appelé de faciles sanglots.

Les douleurs dont votre âme a pu saigner naguères

N'obscurcissent jamais leurs sublimes tableaux.

L'égoïsme d'un cœur qu'un âpre amour déchire Y chercherait en vain des baumes fraternels, Car ils ne daignent pas regretter ni maudire Vos vers d'airain chantant sous les cieux éternels.

Sur la fuite des jours et le néant des choses Ils construisent en paix leur songe de beauté, Et l'esprit ignorant les invisibles causes Ne connaîtra jamais le prix qu'ils ont coûté.

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