‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 34 sur 85 · TÊTE-A-TÊTE ROMANTIQUE IIJ · texte numérisé non relu

TÊTE-A-TÊTE ROMANTIQUE IIJ

Et moi, je me plaisais à ce brin d'aventure : C'était gracieux, fin, joli... presque touchant. J'ai ri, car j'aime à rire, et c'est bien ma nature; Mais ne me croyez pas trop folle créature... Non, je m'attendrissais, tout en vous le cachant.

Mais quoil de vos chagrins je connais trop la cause. Moi, j'ai souffert aussi, tout en riant toujours. Hélas! rien n'en guérit, ni les vers, ni la prose, Ni le jeu, ni l'oubli, ni rien, ni quelque chose, Ni les longs cheveux d'or, ni les yeux de velours.

Qu'importe ! Souffrez donc, puisqu'un instant de joie N'est jamais — dites-vous — chèrement acheté, Et que, parmi ces maux dont nous sommes la proie, Éclate par éclairs le bonheur qui les noie, Le bonheur d'un moment qui vaut l'éternité.

Vous aurais-je donné cette heure bienfaisante? Peut-être... et c'eût été plutôt l'illusion. L'Illusion!... Voilà la grande complaisante. Hier, quand nous causions, elle était là, présente, Dans les reflets pourprés du ciel en fusion.

Que faut-il donc de plus pour que l'âme se grise? Un bon cheval, un soir embaumé, vaporeux, Un charmant téte-à-téte obtenu par surprise, Un horizon lointain qui pâlit et s'irise, Et la rouge bruyère au bord d'un chemin creux.

TJiYSJlGE DE Dt^LI

JVIai sourit, de rayons prodigue, Sur les champs de jeunes blés verts, Sur les prés, où l'œil se fatigue, Ébloui par leurs tons divers.

Dans la touffe de trèfle rose Éclate un bouton d'or en feu ; La marguerite, large éclose, Est auprès du liseron bleu.

De tous côtés la terre blonde Se montre nette et de niveau, N'attendant pour être féconde due le don d'un germe nouveau.

Au flanc des collines, barrière Élevée à notre horizon, Se creuse la blanche carrière, D'où va naître quelque maison.

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