UNE PENSÉE DE PASCAL
C'est en les possédant que dans nos courtes heures Nous sommes les rivaux de l'Infini sacré; Lui seul nous les reprend lorsque dans ses demeures, Morts, ils ont pénétré.
Il les berce à jamais sur son sein formidable, Comme nous les bercions pendant les nuits d'amour ; Mais il reste jaloux dans le temps insondable De nos baisers d'un jour.
Car à nos bien-aimés, en sa longue caresse, S'il dispense la paix et l'oubli précieux, Leur rend-il un instant l'ombre de cette ivresse Que leur versaient nos yeux?
Xon, non!... Qu'il vienne alors et saisisse sa proie! Nous demeurons vainqueurs même au jour des adieux. Quand un cœur frémissant par nous s'emplit de joie, Nous devenons des dieux.
LES TEiAUX ÇDE TICR.E
il ier, dans le salon, de votre marche égale, Vous tourniez lentement, tandis que je songeais. Vos pas foulaient le poil des tigres du Bengale, Fauve, pailleté d'or et marqueté de jais.
Vos voyages lointains ont orné cette salle ; Vingt pays ont produit ces merveilleux objets. Tout en pressant du pied la peau, robe royale, Vous formiez de nouveaux et hasardeux projets.
Mais, beau tigre enfermé dans ma passion folle, — Cage où s'épuiserait votre fureur frivole, — Comment partiriez-vous, étant ainsi captif?
De vos grands fauves morts, couchés, les yeux sans flamme,
Certes je verrai l'un avant vous fugitif!
Car pour vous rendre libre il faut briser mon âme.