‹ Poésies de F. AncelotChapitre 34 sur 67 · SUR SA CONVALESCENTE · texte numérisé non relu

SUR SA CONVALESCENTE

Ils sont passés les jours de la souffrance ! L'amitié près de toi ne vient plus en tremblant,

Et j'ai vu, sur ton lit brûlant, Des lèvres du docteur descendre l'espérance : La vie a reparu dans tes yeux entr'ou verts, La fièvre au pouls ardent se détourne et s'arrête ; Et la neige durcie au souffle des hivers, Sous un bandeau glacé ne presse plus ta tète. Tu nous seras rendu! Gloire à la Faculté! Gloire aux doctes mortels qui, penchés sur l'artère, Interrogeaient ton sang de sa route écarté,

Et, dans la coupe salutaire,

Enfin t'ont versé la santé !

Ah î si ton maître et ton modèle, Molière s'arrachait au ténébreux séjour, Désormais le grand homme, à sa haine infidèle,

En remontant à la clarté du jour, Avec la Faculté signerait une trêve :

Car de ses traits malins elle a su se venger.

i-:i>nHi:s.

Lorsque, loin de la couche écartant le danger. \ii\e a rendu la vie à son plus jeune élève.

bientôt, sur le parquet, d'un pied mal affermi, lu vas en chancelant tenter un pas débile;

Et tu riras de ta marche inhabile.

En l'appuyant sur le bras d'un ami :

Mais à peine, emportant sa couronne effeuillée, Loin de nos champs flétris l'été s'envolera ; Le souffle de l'automne à peine agitera Des arbres de nos bois la cime dépouillée, Oue, semblable à l'aiglon jeune et craintif encur,

Qui, s'échappant de l'aire paternelle. Pour la première fois, dans son timide essor, Au vent qui le soutient ose livrer son aile. Tu viendras avec nous, au déclin des beaux jours^ Faible, et du bois noueux, appui de la vieillesse ,

Empruntant l'utile secours.

Demander au zéphyr sa dernière caresse.

Puis enfin reprenant tes fidèles pinceaux

Armés d'une vigueur nouvelle, Dans l'arène comique où la France t'appelle,

Tu poursuivras les méchants et les sots.

A tes efforts quel temps fut plus propice? Vois tes illustres devanciers, L>e leur char triomphal dételant les coursiers, A leurs rivaux futurs abandonner la lice.

Sndricuj: dans rFpître exile sa malice.

HS ÉPITRES.

Repoussé de la scène avec la vérité,

Dans un in-octavo Duval se réfugie,

Et lègue désormais à la postérité

De ses tableaux récents la brûlante énergie.

Censeur joyeux des modernes travers.

Picard ne livre plus aux échos du théâtre * Que les traits fugitifs d'une prose folâtre, Qu'un obscur galoubet attriste de ses airs : Pour tracer de nos mœurs la peinture hardie, A des détours adroits sa prudence a recours,

Et sur une scène agrandie.

Dans ses romans où vit l'histoire de nos jours, Il transporte la comédie.

Étienyie, tout à coup en son vol arrêté,

A dérobé son front aux palmes dramatiques,

Et, dans nos feuilles politiques, Avec le trois pour cent enterre sa gaîté.

Viens donc, armé d'audace et brillant d'espérance, T'emparer de leur lyre et consoler la France ! La carrière est ouverte et les lauriers sont prêts.

Viens ; de nos nouveaux Turcarets Peins l'orgueilleuse impertinence ; Que sur leur trône d'or, ces rois de la finance

' A cette époque, Picard fit jouer quelques vaudevilles sui théâtre du Gvmnase.

ÉPITHES. 149

Pâlissent quelque jour en voyant leurs portraits. S'ils vendent leur crédit aux caisses épuisées, S'ils contemplent, assis sur des monceaux d'argent,

Leurs richesses improvisées Que l'Europe emprunteuse accroît en enrageant, Que du moins leur sottise appelant nos risées. Venge de leurs dédains le rentier indigent.

Quelle moisson plus abondante De vices rajeunis et de travers nouveaux

Pourrait jamais à de hardis travaux

Solliciter ta muse indépendante?

Le talent n'admet point un honteux préjugé : Non, tout ne fut pas dit par tes divins modèles.

Les passions sont éternelles ;

Les ridicules ont changé.

On ne voit plus, couverts de nœuds et de dentelles, Sautiller des marquis, au babil indiscret,

De VŒU- de-Bœuf au. cabaret,

Du cabaret dans les ruelles; Si leur frivole essaim loin de nous est banni, Plus ignorants peut-être et non moins ridicules,

Leurs successeurs et leurs émules Ln larges pantalons régnent chez Tortoni.

N'as-tu pas admiré nos modernes savantes, Ainsi que Philaminte, en leurs doctes salons, Festoyant, caressant de petits Apollons?

Fustige devant nous leurs images \ivantes ;

Montre-nous, le cœur gros, les yeux noyés de pleurs,

Nos Armandes et nos Bclises !

Le temps a fait germer de nouvelles sottises, D'autres originaux veulent d'autres couleurs. Qu'importe, si ton œil avec soin les épie.

Qu'un grand peintre t'ait devancé?

De l'immortel tableau, que ses mains ont tracé, Tu feras le pendant et non pas la copie ; Les sots du temps présent valent ceux du passé. Qu'ai-je dit? ah! du moins ces pédants narcotiques, Que Molière écrasa sous ses rimes caustiques.

Savaient du grec et du latin,

Et les beaux esprits romantiques

Nous font regretter TrissoCm.

Écoute ce banquier : la noblesse l'irrite ; Entassant écu sur écu, Dans un comptoir trente ans il a vécu. La fortune à ses yeux est le premier mérite. L'éclat d'un titre vain ne le peut éblouir ; Philosophe, des grands il maudit l'insolence ; Au fond de ses calculs s'il trouva l'opulence. C'est avec ses égaux qu'il en saura jouir. Aux parchemins poudreux d'une antique famille 11 préfère cet or, à ses travaux acquis!... Puis, quand il faut donner un époux à sa hlle, Au prix d'un million il achète un marquis.

De tartufes nouveaux quolle foule se presse Sous tes regards observateurs!

KPITHKS. KM

Contemple ces marchands, généreux soiiscii[>leuis. Qui, pour les malheureux palpitant de tendresse,

Mais désirant des acheteurs, Dans les journaux, chargés de leurs noms bienfaileui's, Inscrivent leur aumône en donnant leur adresse.

Vers les honneurs vois marcher à grands pas Ces petits Montesquieu, dont la franchise austère Aux puissances du jour livra de longs combats. Pour vendre enfin au ministère

Des opinions... qu'ils n'ont pas.

Vois cet homme à l'oeil faux, qui dans nos jours d'orgie, Jadis insulta Dieu jus<;[ue sur son autel. Et couvrit son front criminel Du sanglant bonnet de Phrygie!

Par un autre chemin il s'élève aujourd'hui ; Regarde!... D'un prélat humblement il s'approche,

Ce nouveau saint, implorant son appui, La supplique à la main, s'incline... et de sa poche Les grains d'un chapelet s'échappent malgré lui.

Sur tous les charlatans dont l'essaim t'environne Promène avec courage un regard sans pitié : Dans tes succès futurs mon cœur est de moitié, Et d'avance ma main va tresser la couronne Que réserve à ton front ma fidèle amitié.

Mais, diras-tu, sur la mer orageuse Où doit encor s'élancer mon esquif,

Plus d'un danger, plus d'un récif, Menaceront ma Muse voyageuse !

Brave-les et poursuis ta marche courageuse ! Pourtant sache éviter, en cachant tes desseins, Ces corsaires, montés sur une nef agile. Qui viennent chaque soir étaler leurs larcins

Dans les bazars du vaudeville :

Puis, si tu dérobas aux forbans chansonniers

Ta pacotille littéraire.

En abordant au port tâche de la soustraire

A l'œil perçant des douaniers.

Septembre I 8:? S.

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