‹ Poésies de F. AncelotChapitre 39 sur 67 · ÉPURES. IS · texte numérisé non relu

ÉPURES. IS

« Les lomes einpilés, que izuetteut les souris 1 «

Habile a soulever toutes les euveloppe^s,

Tu déshabilleras ces savants philanthropes

Qui, par de longs discours gagnant de bons emplois.

Se font amis du pauvre, à cinq cents francs par mois.

Tu n'épargneras pas le trône académique ;

Ni les distributeurs de soupe économique ;

M ces quêteurs, les yeux fixés sur notre bien.

Qui nous tendent la bourse, et qui n'y mettent rien ;

Ni les nouveaux docteurs, aux méthodes hardies,

Qui, certains de guérir toutes nos maladies.

Nous visitent gratis — gratis! entendez-vous? —

Mais nous vendent dix francs leurs fioles de dix sous ;

Ni ces pantins moules, célébrités en plâtre,

Pour qui Su^se ^ a changé ses vitres en théâtre,

Grands hommes, dont les noms, arrangés en irOiis.

Quand ils sont devinés, n'en sont pas plus connus !

Vantons-nous le savoir des professeurs célèbres

Aux langues du vieux monde arrachant leurs ténèbres :

Tu nous dis : Admirable et cher orviétan I

Six mots presque chinois, six mille francs par an !

De nos réformateurs les vertus puritaines,

Pour la corruption leurs formidables haines,

De ton rire moqueur sont Tét^rnel sujet,

' Fameux marchand du passage des Panoramas, qui étale aux fenêtres de son magasin les petits bustes en plâtre de cinq ou six cents grands hommes modernes, moules et ornés de rébus par M. l>antan.

188 ÉIMTHKS.

Et de les convertir tu charges le budget. Puis, des industriels, fondateurs de tontines, Inventeurs de bitume, ou dénicheurs de mines. Tu dissèques d'un mot les plus merveilleux plans, Et, sous leurs prospectus, tu trouves des bilans!

Que faire donc? Poursuivre une longue revue.

Quand, partout et toujours, ta réponse est prévue?

Dénombrer ce troupeau, qui t'est si familier.

Et qu'immortalisa le crayon de Dmnnier^?

Dans l'encan social chercher des consciences?

J'y renonce! Les arts, les lettres, les sciences,

Fourmillent de jongleurs s'enrouant tour à tour.

Et s'estimant heureux s'ils font du bruit un jour;

L'industrie a les siens, comme la politique ;

Dans un siècle marchand tout se change en boutique.

Eh bien, sur leurs tréteaux, laissons-les, en hurlant,

Autour de leur enseigne appeler le chaland !

Quel tapage et quels cris pour débiter leurs drogues!

Eutends-tu ces rivaux japper comme deux dogues? Défis injurieux, affiches, longs placards, De leurs noms ennemis fatiguent nos regards : D'un onguent, d'une pâte, ils s'arrachent la gloire ; Le public ne sait plus auquel entendre, et croire, Mais, tremblant chaque jour d'un dénoùment cruel, Après tant de fureurs, il redoute un duel!

' Habile et ingénieux dessinateur à qui Ton ilnit la pirjuante culkcliou des eent et un Robert Macaire.

ÉPITUES. 18!)

— C'est juste! Et ces messieurs, quand pour leur vie on tremble, Se moquent du public en déjeunant ensemble.

— Macaire, que dis-tu? — Je dis la vérité ! Je dis que ce tapage entre eux est concerté : Il réveille, il stimule, il amorce la foule ;

Elle vient, elle achète... Et la drogue s'écoule!

— Mais alors, parle, toi qui vécus dans ces lieux, Au bagne de Toulon ne serait-on pas mieux

Que dans un monde ouvert à tant de fourberies? Oui, Macaire, à ces mots en vain lu te récries! Là, des pièges du moins on peut se préserver. Car on sait en entrant ce qu'on y va trouver ; Tandis qu'ici...

— Monsieur, c'est un mal sans remède ! La force a fait son temps ; la ruse lui succède. Au milieu des filets, tendus devant vos pas, Ouvrez l'œil et l'oreille, et ne vous fâchez pas! Chaque époque, en ce monde, a son rôle ! ... Et qu'importe, S'il faut porter un bât, sous quel maître on le porte? En traversant la vie, acceptez ses hasards : Les lions ont passé!... C'est le tour des renards!

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