‹ Poésies de F. AncelotChapitre 40 sur 67 · A M. LE DOCTEUR BANCAL · texte numérisé non relu

A M. LE DOCTEUR BANCAL

L K s CROIX

Entin, mon cher docteur, sur ta poitrine éclate D'un beau ruban moiré l'honorable écarlate! Tes malades, je crois, ne s'en portent pas mieux ; Mais pour leur vanité n'est-il point glorieux, Si parfois dans ton art le ciel ne te seconde, Qu'un docteur décoré leur ouvre l'autre monde?

Du succès de tes vœux sois donc complimenté,

Car cet honneur du moins il était mérité :

Sous l'émail, où reluit l'image d'Henri-Qualre,

Jamais plus noble cœur ne fut heureux de battre.

Des prodiges divers, par ton art accomplis,

Vingt journaux, chaque mois, pourraient être remplis ;

Dans le corps, où ta main suit une étroite voie,

La pierre disparaît sous l'acier qui la broie ^ ;

Et l'aveugle, amené de cent lieux différents,

' Fixé à Bordeaux depuis vingt années, le docteur Baocal jouil, dans tout le raidi de la France, d'une immense réputation qu'étendent et consolident tous les jours ses opérations de la pierre par la lithotritie, et ses merveilleuses cures dans les maladies des veux.

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Vient te redemander le jour, que tu lui rends.

A tes doctes efforts qui ne doit son hommage ?

Si donc j'ai débuté par un froid badinage,

Tu le pardonneras à l'imprudent rimeur

Qu'une épigramme allèche, et met en belle humeur :

Ma muse est quelque peu rebelle à la louange.

Elle applaudit pourtant lorsqu'aux rives du Gange ^ Par de constants travaux mûri bien jeune encor, De ton savoir naissant tu portas le trésor.

Quand l'astre qui répand la vie et la lumière Vient du pieux Indou caresser la paupière, Que de fois, se tournant vers le globe de feu Où sa ferveur implore et croit trouver un Dieu, Il a béni ton nom, et la main secourable Dont l'adresse arracha ce voile inexorable Qui semblait, pour jamais épaissi sur ses yeux. D'une nuit éternelle envelopper les cieux !

Tu vécus de longs jours sur ces lointains rivages : Eh bien, n'as-tu pas vu, chez ces peuples sauvages. Des hommes, non moins fiers qu'un nouveau député A la table du roi récemment invité, D'éclatants oripeaux surcharger leur poitrine? Suspendre le corail à leur double narine? N'as-tu pas vu, sous l'or, le cristal, ou l'argent. L'oreille des Indous tléchir en s'allongeant? Comme dans ces hochets leur fol orgueil se mire !

' Les succès du docteur Bancal ont commence dans l'Inde, en ISIS.

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Souvent, à leur aspect, tu t'es permis de rire ; ^lais d'un pareil travers si tes yeux sont témoins, Dans notre cher pays, dis-moi, riras-tu moins?

Regarde donc ! tu peux t'égayer sans scrupule ! L'Indou, sous son clinquant, est-il plus ridicule Que ces gens, tatoués de plaques et de croix. Qui lèchent sans rougir la botte de vingt rois, Pour qu'un ruban de plus, parant leur frac servile, Dénonce leur bassesse aux brocards de la ville?

Ami, l'homme est le même en tout temps, en tous lieux !

Jadis, en admirant le signe glorieux, Enseigne du talent, ou garant du courage, Au mérite honoré nous rendions tous hommage ; Car cette noble étoile, orgueil de nos soldats, Des mains de l'Empereur elle ne tombait pas. Comme les sots discours dans notre double chambre, Les feuilles en octobre, ou la pluie en décembre! Mais, aujourd'hui, peut-elle arrêter le regard, Cette étoile qui court, glisse et tombe au hasard? Vient-elle aux cœurs émus parler encor de gloire ? Je veux, à ce propos, te conter une histoire.

Il est un mois heureux, cher aux amis des fleurs, Et maintenant, dit-on, non moins cher aux voleurs, Car la rigueur des lois, sur eux appesantie. Fléchit, le premier mai, devant une amnistie K

' Fête du roi Louis-Phi '.ippe, le 1*'»' mai.

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