CHANT II
Les jeux, les doux plaisirs qu'étale ce grand jour,
S'animent, embellis des chants du troubadour,
Sur le luth inspiré qui raconte leur gloire ;
Des héros d'autrefois il rajeunit l'histoire,
Et, dans le cœur des preux, sa voix, ses gais tensons
Vont graver de l'honneur les naïves leçons.
Mais, qui trouble le cours de la royale fête?
Du ménestrel surpris le chant joyeux s'arrête ;
Dans le château s'élève un tumulte lointain :
On écoute!... Une femme, au milieu du festin,
Se présente ; ses yeux se fixent sur Marie ;
Son front est pâle et chauve ; elle approche et s'écrie :
a Suspendez vos concerts, éteignez ces flambeaux ;
« Que vos chants fassent place à l'hymne des tombeaux ;
(( Sous la cendre demain vous courberez vos tètes :
« L'ange de mort est là qui préside à vos fêtes! »-
Cette femme, sa voix, ses funèbres accents De l'assemblée entière ont glacé tous les sens ; Des preux, à son aspect, le courage chancelle : Le roi même frémit en murmurant : C'est elle'. Car, frappé d'épouvante à ces lugubres cris.