‹ Poésies de F. AncelotChapitre 5 sur 67 · CHANT DEUXIÈME. I · texte numérisé non relu

CHANT DEUXIÈME. I

Sous ce voile pieux, et dans ces traits flétris, Philippe a reconnu cette femme inspirée Qui, des faux biens du monde à jamais séparée. Disant aux vains plaisirs un éternel adieu, Leur déroba ses jours pour les donner à Dieu !

A l'éclat des grandeurs en naissant destinée . .ladis elle marchait d'honneurs environnée. Quel changement! Alors, sur ce front dépouillé, Que le temps sillonna, que la cendre a souillé. Tombait en anneaux d'or sa blonde chevelure ; Ce sein, qui maintenant se cache sous la bure, Sous de riches tissus palpitait autrefois; Alors les chevaliers, au milieu des tournois, Parés de ses couleurs, et triomphants pour elle, En la priant d'amour, la nommaient la plus belle ; Le trouvère inspiré lui consacrait ses chants ; Mais, semblable à l'arbuste, exilé dans nos champs, Qui, loin des cieux aimés, rebelle à la culture. Ne revêt point pour nous sa brillante parure ; Au milieu des plaisirs qui volaient sur ses pas. Rêveuse, elle passait et ne s'arrêtait pas, Et, portant aux autels sa langueur solitaire. Cherchait une patrie ailleurs que sur la terre.

Tout à coup du saint Roi, qu'indigne un long repos Jérusalem esclave appelle les drapeaux ; Il n'est plus ici-bas de nœud qui la retienne ; Un feu divin s'allume en cette àme chrétienne. Fuyez loin de ses yeux, fuyez, vains ornements.

!(i MARIE DE lillABAM.

La croix a consacre ses obscurs vêtements. Chevaliers, que l'amour entraînait vers ses charmes, Ne l'entendez-vous pas? Elle vous crie : Aux armes! La voici, les pieds nus, le rosaire à la main. Qui du tombeau sacré vous montre le chemin ; Marchez! A vos dangers vous la verrez fidèle!

Bientôt dans les combats la mort vole autour d'elle ;

Mais à ce cœur brûlant qu'importe le péril?

Sa patrie est le ciel, la terre est un exil!

Compagne des héros rangés sous l'oriflamme,

Son regard les conduit et sa voix les entlamme ;

Ceux dont un coup funeste enchaîne la valeur,

La retrouvent veillant auprès de leur douleur.

Si de les ramener au chemin de la vie

A ses soins bienfaisants l'espérance est ravie,

Elle endort leurs regrets, et son zèle pieux

Les console du monde en leur parlant des cieux!

Mais des soldats chrétiens, trahis par la victoire.

Les remparts de Tunis ont arrêté la gloire ;

Sur la cendre étendu Louis vient de périr

En pleurant les saints Lieux qu'il n'a pu conquérir.

Plus heureuse, et marchant à travers les obstacles, -

Cette femme a touché la terre des miracles ;

Ses larmes ont baigné le tombeau du Sauveur ;

Aux rochers du Calvaire apportant sa ferveur.

De ces lieux révérés, où de tant de prodiges

Son extase pieuse adore les vestiges,

Vers l'éternel séjour son cœur s'est élancé,

CHANT DEUXIÈME. l

Et de nouveaux deslins pour elle ont commencé : Là, l'esprit du Très-Haut la touche de sa flamme, Un soufïle prophétique a passé dans son âme ; Elle prie, et son œil, brillant d'un feu sacré, Plonge dans l'avenir un regard inspiré.

Quinze ans sont écoulés : aux champs de sa patrie Le temps a ramené sa sainte rêverie, Et le château natal ne doit plus la revoir : Grandeurs, amis, parents, elle vous fuit!,.. Ln soir, Elle marchait : ses pas, au fond d'une vallée, Heurtent les murs détruits d'une église écroulée ; Émue, elle s'arrête, et son regard surpris ('ontemple avec respect ces rustiques débris; Mais, dominant encor les chaumières voisines. Seule restait debout, au miheu des ruines, La tour où, préludant à des concerts pieux, Se balançait jadis l'airain rehgieux ; C'en est fait ! Désormais ce clocher solitaire De ses jours ignorés va couvrir le mystère ; La sainte vit heureuse, en présence de Dieu ; Elle chante sa gloire, et l'écho de ce lieu S'étonne en répondant à ses chants prophétiques, De répéter encor l'hymne et les saints cantiques.

Loin de l'obscur asile où s'écoulaient ses jours. Vers un monde oublieux, qu'elle a fui pour toujours, Quelquefois s'égarait sa pensée attendrie. Et la France, et Philippe, et la jeune Marie Réclamaient d'elle encore un tendre souvenir.

18 MARIE DE BRADANT.

Un jour, de leurs destins cachés dans lavenir , Le douloureux tableau se déroule à sa vue ; Son cœur gémit, frappé d'une horreur imprévue : Elle voit à travers un nuage sanglant.

D'un ministre abhorré le triomphe insolent ; La mort, au sein des jeux, désignant sa ^^ctime ; Une reine accusée et demandant son crime!... Puis le sombre avenir se referme à ses yeux !

A sa retraite sainte elle a fait ses adieux. Précurseur oublié des vengeances célestes, Elle part, elle arrive : à ses accents funestes Loin du banquet royal les plaisirs sont bannis.

l'inspirée.

Philippe, en me voyant, souviens-toi de Tunis! C'est moi qui, sous ses murs, par le Ciel éclairée. Ai prédit aux chrétiens une autre Césarée ; C'est moi qui, du saint Roi marquant le dernier jour Ai défendu l'espoir à ton pieux amour ; Et je viens aujourd'hui, me mêlant à tes fêtes, T'annoncer les malheurs qui planent sur vos têtes! A vos joyeux festins va succéder le deuil : Insensés! vous chantiez à côté d'un cercueil ; 11 va s'ouvrir! Pleurez!... Quelle main tutélaire Pourrait du Tout-Puissant enchaîner la colère? Pleurez !

PHILIPPE

( )ii doit frapper sa venge<»ice?

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