‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 111 sur 219 · Rechercher, prier · texte numérisé non relu

Rechercher, prier

Président à ma destinée, io

Pourquoi n'est, comme la Toison, Votre conquête abandonnée A l'effort de quelque Jason ?

« Quels feux, quels dragons, quels taureaux. Quelle horreur de monstres nouveaux, 20

Et quelle puissance de charmes Garderoit que jusqu'aux enfers Je n'allasse avecque les armes Rompre vos chaînes et vos fers ? •

« N'ai-je pas le cœur aussi haut. 25

Et, pour oser tout ce qu'il faut.

Un aussi grand désir de gloire,

Que j'avois lorsque je couvri

D'exploits d'éternelle mémoire

Les plaines d'Arqués et d'Ivry? 50

« Mais quoi! ces lois, dont la rigueur Retient mes souhaits en langueur, ' Régnent avec un tel empire, Que si le ciel ne les dissout,

v28. — Couvri, serait aujourd'hui une licence poétique. L'usage en a décidé ainsi. Mais en supprimant l's, Malherbe ne faisait que ramener la terminaison de la première personne à sa forme rationnelle; c'est sur quoi Ménage s'étend avec raison. Voy. A. Brachet, Grammaire historique de la langue française, p. 187, et Liltié, Die/., Préface, p. xlii.

32. — Retient a été introduit par Ménagé. Jusqu'à lui toutes les éditions donnent le pluriel tiennent qu'a admis l'éd. de 1862, certainemenl comme une inadvertance de Malherbe.

54. — Le roi fit tous ses efforts pour amener la dissolution du mariage du prince de Coudé.

Pour pouvoir ce que je désire, 55

Ce n'est rien que de pouvoir tout.

« Je ne veux point, en me flattant.

Croire que le sort inconstant

De ces tempêtes me délivre ;

Quelque espoir qui se puisse offrir, 10

Il faut que je cesse de vivre.

Si je veux cesser de souffrir.

« Arrière donc ces vains discours,

Qu'après les nuits viennent les jours

Et le repos après l'orage. A",

Autre sorte de réconfort

Ne me satisfait le courage

Que de me résoudre à la mort.

« C'est là que de tout mon tourment

Se bornera le sentiment ; 10

Ma foi seule, aussi pure et belle Comme le sujet en est beau.

Sera ma compagne éternelle, Et me suivra dans le tombeau. »

Ainsi, d'une mourante voix, Âlcandre, au silence des bois, Témoignoit ses vives atteintes :

Et son visage sans couleur

Ad. — Consolation toute p rétique que le souvenir d'Horace {Odes, II, ix) ramène cependant toujours aux amants ou aux malheureux. ■ Chénier, Élégies, I, x, p 178

Faisoil connoître que ses plaintes Etoienl moindres que sa douleur, co

Oranthe, qui par les zéphyrs

Reçut les funestes soupirs

D'une passion si fidèle,

Le co ur outré de même ennui,

Jura que s'il mouroit pour elle, G5

Elle mourroit avecque lui.

lu POUR MADEMOISELLE DE GONT1

N'égalons point cette petite Aux déesses que nous récite L'histoire des siècles passés ; Tout cela n'est qu'une chimère Il faut dire, pour dire assez :

Elle est belle comme sa mère.

LU. — Ces vers furent écrits â l'occasion de la naissance de la Qlle de Louise de Lorraine, princesse de Conti. Cette enfant, née le s mars 1610, mourut douze jours après. (Voy. la pièce suivante.) Us furent publiés, en 10*27, dans le Recueil des plus beaux vers de Messieurs de Malherbe, Racan. ete.

lui ÉPITAPHE DE MADEMOISELLE DE GONTI

SONNET

Tu vois, passant, la sépulture D'un chef-d'œuvre si précieux, Qu'avoir mille rois pour aïeux

Fut le moins de son aventure.

0 quel affront à la nature Et quelle injustice des cieux, Qu'un moment ait fermé le> yeux D'une si belle créature !

On doute pour quelle raison

Les Destins, si hors de saison, tu

De ce monde l'ont appelée :

Mais leur prétexte le plus beau, C'est que la terre étoit brûlée, S'ils n'eussent tué ce flambeau.

LUI. — Voyez la pièce précédente. Imprimée dans le même recueil.

5. — Mille; Malherbe condamnait l'emploi de ce nombre vague. Voy. plus loin LXXXVI1I, 1.

13 et 14. — Malherbe fait usage ici d'une hyperbole extravagante et peu touchante qui avait été fort à la mode au seizième siècle. Ronsard l'a tournée et retournée en cent façons jusqu'à satiété.

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