‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 117 sur 219 · SUR LA MORT DE HENRI LE GRAND · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE HENRI LE GRAND

STANCES

(( Enfin l'ire du ciel et sa fatale envie,

Dont j'avois repoussé tant d'injustes efforts,

Ont détruit ma fortune, et, sans ni'ôter la vie, M'ont mis entre les morts.

« Henri, ce grand Henri, que les soins de nature b

àvoient fait un miracle aux yeux de l'univers, Comme un homme vulgaire est dans la sépulture A la merci des vers.

a Belle âme, beau patron des célestes ouvrages,

Qui fus de mon espoir l'infaillible recours, il)

Quelle nuit fui pareille aux funestes ombrages

où tu laisser mes jours'!

l Vl. — Ces stances, composées à L'occasion de la mort du roi,

- £ m' le 14 mai 1610, et auxquelles, suivant Racan, Malherbe travailla jusqu'à la fin de sa vie. ne parurent, pour la première fois, que dans l'édition de 1630. L'Alcippe, clans la bouche duquel le poète met ses stances, ne serait autre que le due de Bellegarde, suivant Ménage, qui l'avait appris de Racan.

o. — Voyez la même expression dans la pièce LV. 28.

8. — Nous avons déjà rencontré cette image (XIII, 24), tii • réalités de la mort. .Vous la retrouverons dans la paraphrase du psaume CXLV.

il. — 0mbr<ujcs, obscurité.

« C'est bien à tout le monde une commune plaie, El le malheur que j'ai, chacun l'estime sien ; Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie, îr»

Comme elle est dans le mieu !

h Ta fidèle compagne, aspirant à la gloire One son affliction ne se puisse Imiter, Seule de cet ennui me débal la victoire.

Et me la fait quitter. 20

« L'image de ses pleurs, dont la source féconde Jamais depuis ta mort ses vaisseaux n'a taris, G'esl ta Seine en fureur qui déborde son onde Sur les quais de Paris.

« Nulle heure de beau temps ses orages n'essuie, 23 Et sa grâce divine endure en ce tourment Ce qu'endure une fleur que la bise ou la pluie Bat excessivement.

i Quiconque approche d'elle a part à son martyre,

Et par contagion prend sa triste couleur; 30

21. — On a critiqué la comparaison que Malherbe fait des pleurs de la reine au débordement de la Seine. L'exagération est moins dans l'image elle-même que dans la trop grande précision des détails. La métaphore eût mieux valu que la comparaison. C'est ainsi que la Fontaine a employé cette image avec un art inimitable :

Pleurez, nymphes de Vaux, faites croître vos ondes.

23. — Déborder, employé activement. Le vers de Malherbe est le seul exemple cité- par M. Littré. Au quinzième et au seizième siècles, on disait d'une rivière qu'elle se déborde.

28. — Voy. l,i même image, L, ôô. — Ronsard, Amours, II, Chanson :

Et comme un lys par trop lavé I»e quelque pluye printanière...

Car, pour la consoler, que lui sauroit-on dire En si juste douleur!

« Reviens la voir, grande âme ! ôte-lui cette nue Dont la sombre épaisseur aveugle sa raison, Et fais du même lieu d'où sa peine est venue 35

Venir sa guérison.

1 Bien que tout réconfort lui soit une amertume, Avec quelque douceur qu'il lui soit présenté, E11-- prendra le tien, et selon sa coutume

Suivra ta volonté. 40

a Quelque soir en sa chambre apparois devant elle, Non le sang en la bouche et le visage blanc, Comme tu demeuras sous l'atteinte mortelle Qui te perça le flanc.

« Viens-y tri que tu fus, quand aux monts deSavoie 15 Hymen en robe d'or te la vint amener," Ou t'-l qu'à Saint-Denis, entre nos cris do joie, Tu la Ils couronner.

53 et suiv. — « On a voulu impliquer la reine Marie de Médicis (dit Sainte-Beuve, en citant cette belle prosopopée, .V. L., XIII, p. 591) dans l'attentat qui ravit, à la France et à elle, son héroïque époux : une réfutation morale qui suffirait is'il en était be- ■ 'es! la manière d int Malherbe, cet homme de sens, ce clairvoyant et probe témoin, lui parle de Henri IV, le lendemain de cette lamentable mort. »

i'j — Voyez la même tournure et le même mouvement poétique dans André Chénier, Fragm., I. à D>'.cchus, p. 1-21.

46 — ■ Vers magnifiquement nuptial, » a dit Sainte-Beuve, .V. L ., XIII. p. 592.

. Après ce! essai fait, s'il demeure inutile, Je ne connais plus rien qui la puisse toucher: 50

El sans doute la France aura, comme Sipyle, Quelque laineux rocher.

« Pour moi, dont la foiblesse à l'orage succombe, Quand mon heur abattu pourroit se redresser, J'ai mis avecque toi mes desseins en la tombe ; b§

Je les y veux laisser.

« Quoi que pour m'obliger fasse la destinée,

Et quelque heureux succès qui me puisse arriver.

Je n'attends mon repos qu'en l'heureuse journée

Où je t'irai trouver. » 60

Ainsi, de cette cour l'honneur et la merveille, Âlcippe soupiroit, prêt à s'évanouir.

On l'auroit consolé, mais il ferme l'oreille, De peur de rien ouïr.

49- — Si Malherbe eût rencontré ce premier hémistiche dans Desportes, il n'eût pas manqué de le marquer d'un ce tè se fè

51. — Le Sipyle, c'est la montagne sur laquelle pleurait éternellement Mobé changée en rocher.

64. — Rieîi, quelque chose. « C'est, dit M. Littré, le sens étymologique, le sens propre, qui a été longtemps le sens essentiel et qui est encore conservé. »

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