‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 12 sur 219 · TALLEMANT DES RÉAUX, BALZAC, ETC · texte numérisé non relu

TALLEMANT DES RÉAUX, BALZAC, ETC

Extraits de TaUcmant des Réaux (Hist. de Malherbe1).

A. M. le Grand-Prieur fut tué par un nommé Altovili, qui avoit été corsaire, alors capitaine de galère, après avoir enlevé une fille de qualité, la belle de Rieux-Chasteauneuf, qu'Henry IIIe pensa épouser. Ce fut elle qui luy dit qu'il parlast pour luy, un jour qu'il luy parloit pour un autre. Henry IIIe le tenoit comme espion auprès de M. le Grand- Prieur, qui, l'ayant descouvert, alla chez luy en dessein de lui faire affront. Mais Altoviti, blessé à mort par ce prince, luy donna un coup de poignard dont il mourut. Il est vrai qu'il receut cent coups après sa mort, car les gens du Gouverneur se jettèrent tous sur luy.

Un jour, ce M. le Grand-Prieur, qui avoit l'honneur de faire des meschans vers, dit à du Perrier : « Yoylà un sonnet ; si je dis à Malherbe que c'est moy qui l'ay fait, il dira qu'il ne vaut rien; je vous prie, dittes-luy qu'il est de vostre façon.); Du Perrier monstra ce sonnet à Malherbe en présence de M. le Grand-Prieur. « Ce sonnet, luy dit Malherbe, est tout comme si c'estoit M. le Grand-Prieur qui l'eust fait. »

B. Il avoit trente ans quand il fit cette pièce à M. du Perrier, qui commence :

Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle? 1. Éd. P. Paris, 1854, 1. 1, p. 270-306. V. p. va, note 1-

xxxvi TALLEMANT DES REAUX, BALZAC.

Ses premiers vers estoient pitoyables; j'en ay veû quelquesuns, et entre autres une élégie qui débute ainsy1 :

Doncques tu ne vis plus, Geneviefve, et la mort En l'avril de tes ans, te montre son effort, etc.

Il n'avoit pas beaucoup de génie; la méditation et l'art l'ont fait poète. Il luy falloitdu temps pour mettre une pièce en estât de paroistre. On dit qu'il fut trois ans à taire l'Ode pour le premier président de Verdun, sur la mort de sa femme, et que le président estoit remarié avant que Malherbe luy eust donné ces vers.

Balzac dit en une de ses lettres que Malherbe disoit que quand on avoit fait cent vers ou deux feuilles de prose, il l'alloit se reposer dix ans. Il dit aussy que le bonhomme barbouilla une demy-rame de papier pour corriger une seule stance. C'est une de celles de l'Ode à M. de Bellegarde ; elle commence ainsy :

Comme en cueillant une guirlande L'homme est d'autant plus travaillé, etc.

C. Des Portes, Bertaut et des Yveteaux mesme, critiquèrent tout ce qu'il fit. Il s'en mocquoit, et dit que, s'il s'y mettoit, il feroit de leurs fautes des livres plus gros que leurs livres mesmes2.

Des Yveteaux lui disoit que c'estoit mie chose desagréable à l'oreille que ces trois syllabes : ma la pla toutes de suitte, dans un vers :

Enfin cette beauté m'a la place rendue.

« Et vous, luy respondit-il, vous avez bien mis : pa ra bla la fia. — Moi ? reprit des Yveteaux, vous ne sauriez me le monstrer. — N'avez-vous pas mis, répliqua Malherbe :

Comparable à la flamme? »

D. Virgile n'avoit pas l'honneur de luy plaire. Il y trouvoit beaucoup de choses à redire. Entre autres ce vers où il y a :

. . . Euboïcis Cumarum allabitur oris,

ui sembloit ridicule. « C'est, disoit-il, comme si quelqu'un

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