‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 148 sur 219 · SUR LA MÊME GUERRE · texte numérisé non relu

SUR LA MÊME GUERRE

PB A 6 M E N ï

Ames pleines de vents, que la rage a blessées, Connoissez votre faute et bornez vos pensées

En un juste compas ; Attachez votre espoir à de moindres conquêtes ; Briare avoit cent mains, Typhon avoit cent tètes, 5

Et ce que vous tentez leur coûta le trépas.

Soucis, retirez-vous, laites place à la joie. Misérable douleur dont nous sommes la proie ;

jNos vœux sont exaucés.

Les vertus de la reine et les bontés célestes m

Ont fait évanouir ces orages funestes, Et dissipé les vents qui nous ont menacés.

LXXI. — ■ On a de Malherbe, a dit Sainte-Beuve [fi. dû L , Mil. p. 5»), quelques belles strophes d'attente qui étaient toutes taillées pour des odes qui ne sont point venues; ce sont des ébauehes fiéres, un peu roides, des jets de marbre coupés court, mais qui sentent un mâle ciseau. » Le lecteur pourra appliquer cette juste remarque à presque tous les fragments.

CHANSON

Ils s'en vont ces rois de ma vie,

Ces yeux, ces beaux yeux.

Dont l'éclat fait pâlir d'envie Ceux même des deux.

Dieux, amis de l'innocence. o

Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter '.'

Elle s'en va cette merveille,

Pour qui nuit et jour. 10

Quoi que la raison me conseille.

Je brûle d'amour.

LXXII. — On ne sait pas au juste pour qui Malherbe lit cette chanson. Selon Racan, ce serait pour madame de Rambouillet; selon Ménage, ces vers s'adresseraient à Caliste, c'est-à-dire à la vicomtesse d'Auehy. Cette chanson parut, en 1615. dans les^trs de cour, avec la musique de Boesset. Elle a été mise en musique de nos jours par Reber

I. — « Dans le sérieux, dans le tendre, en toute occasion, Malherbe a de ces beaux débuts a dit Sainte-Beuve. A'. L., XIII. p. 412). Que «f soit un sonnet, nue ode, une chanson, Malherbe entonne son chant avec bonheur, avec brusquerie; il l'attaque par une note qui entre et qui pénétre. Il a le geste haut et souverain, ce que j'appelle le coup d'archel • — M. Lalanne cite un sonnet du cardinal Duperron, antérieur a cette chanson, et qui débute par ce vers :

Us s'en vont ces beaux yeux, ces soleils de ma vie.

Dieux, amis de riiinoccnce, - Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence 15

Me \;i précipiter?

En quel effroi de solitude

Assez écarté Mettrai-je mon inquiétude

En sa liberté ? 20

Dieux, amis de L'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis uù cette absence Me v,i précipiter !

Les affligés ont en leurs peines 2.:>

Recours à pleurer :

Mais quand mes yeux seroienl fontaines,

Que puis-je espérer ï Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter 50

Les ennuis où cette absence Me va précipiter ?

"27. — Ménage cite ce vers de Pétrarque :

0 occhi miei, occhi non gin, ma f'onli.

Ronsard, Odes, III, x\ : Mon luth,

L;is ! de mes yeux larmoyons Ne tarit point les lontaines.

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