POÉSIES DE F. H A L H E 1 \ B Y
Dont jamais âme fut blessée !
Quel excès de frayeur m'a su faire goûter
Cette abominable pensée, Que ce que je poursuis me peut assez coûter?
D'où s'est coulée en moi cette lâche poison, •: S
D'oser impudemment faire comparaison
De mes épines à mes roses ?
Moi. de qui la fortune est si proche des deux,
Que je vois sous moi toutes choses, Et tout ce que je vois n'est qu'un point à mes yeux. 50
N<>n. non, servons Chrysanthe, et, sans penser à moi, Pensons à l'adorer d'une aussi ferme foi
Que son empire est légitime.
Exposons-nous pour elle aux injures du sort ;
Et s'il faut être sa victime, 53
En un si beau danger moquons-nous de la mort.
Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités
Font dessus leurs tombeaux graver des qualités
Dont à peine un dieu seroit digne ; Moi, pour un monument et plus grand et plus beaiii 40
Je ne veux rien que cette ligne :
« L'exemple des amants est clos dans ce tombeau. »
55. — Littré, Dict. : « Poison était autrefois féminin, comme le vont i'étymologie » potionem, potion). C'est vers le seizième siècle qu'un retrouve les premières traces de cette modification de genre. Cf. Jaubert, Gloss. (ht centre de la France.