‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 7 sur 219 · Son tabouret · texte numérisé non relu

Son tabouret

xvin RAC AN.

Dieu; et quand on offense Dion, il faut, pour avoir absolution de son péché, Jeûner et donner l'aumône; c'est pourquoi je retiendrai cinq sols de votre dépense, que je donnerai aux pauvres à votre intention., pour l'expiation de vos péchés. »

* Étant allé visiter madame de Bellegarde au matin, un pou après la mort du maréchal d'Ancre ; comme on lui dit qu'elle étoit allée à la messe, il demanda si elle avoit encore quelque chose à demander à Dieu, après qu'il avoit délivré la France du maréchal d'Ancre.

* Un jour que M. de Mésiriac, avec doux ou trois de ses amis, lui apporta un livre d'arithmétique d'un auteur grec nommé Diophante. que M. do Mésiriac avoit commenté, et ses amis lui louant extraordinairoment ce livre, comme un travail fort utile au public. M. de Malherbe leur demanda s'il feroit amender le pain et le vin. R. '

* 11 lit presque une mémo réponseà un gentilhomme delà religion qui fimportunoit do controverse, lui demandant pour toute réplique si on beiroit do meilleur vin, et si on vivroit de meilleur blé à la Rochelle qu'à Paris. L.

* Il n'estimoit aucun des anciens poètes françois, qu'un peu Bertaut ; encore disoit-il que ses stances étoient nichil au dos ', et que pour trouver une pointe à la lin, il faisoit les trois premiers vers insupportables.

* Il avoit été l'ami de Régnier lo satirique, et l'estimoit en son genre à l'égal des Latins ; mais la cause de leur divorce arriva de ce qu'étant allés dîner ensemble chez M. Desportes, oncle de Régnier, ils trouveront que l'on avoit déjà servi les potages. M. Desportes reçut M. de Malherbe avec grande civilité, et offrant do lui donner un exemplaire de ses Psaumes qu'il avoit nouvellement faits, il se mit en devoir de monter on sa chambre pour l'aller quérir. M. de Malherbe lui dit qu'il los avoit déjà vus. que cela ne valoit pas qu'il prit la peine de remonter, et que son potage valoit mieux que

Psaumes. Il ne laissa pas de dîner avec M. Desportes, >ans se dire mot. et aussitôt qu'ils furent sortis do table, ils se séparèrent et ne se sont jamais vus depuis. Cela donna lieu à Régnier de faire la satire contre Malherbe, qui commence :

Rapin, lo favori d'Apollon et des Muses... C.

1 Pour nihil au dos, rien au dos; seulement parées par devant, par allusion aux pourpoints dont le derrière était fait d'étoffe grossière.

VIE DE MALHERBE. xix

Il n'estimoit point du tout les Grecs, et particulièrement il s'étoil déclaré ennemi du galimatias de Pindare. D.

' Pour les Latins, celui qu'il estimoit le plus étoit Stacc. qui a fait la Théèaïde, el après Sénèque le Tragique, Horace, Juvénal, Ovide, Martial.

* Il rstiiiiuit for! peu les Italiens, et disoit que tons les sonnets de Pétrarque étoient à la grecque, aussi bien que les épigrammes de mademoiselle de Gournay. E.

* Il se faisoit presque tous les jours, sur le soir, quelque petite conférence, où assistoient particulièrement Colomby, Maynard, Racan, Dumoustier, et quelques autres dont les noms n'ont pas été connus dans le monde; et, un jour, un habitant d'Aurillac où Maynard étoit alors président, vint heurter à la porte en demandant : « Monsieur le président est-il point ici ? » Cela obligea M. de Malherbe à se lever brusquement pour courir répondre à cet habitant : ■■ Quel président demandez-vous ? Apprenez qu'il n'y a point ici d'autre président que moi. » F.

* Quelqu'un lui disant que M. Gaumin avoit trouvé le secret d'entendre le sens de la langue punique, et qu'il y avoit fait le Pater ttoster, il dit à l'heure même assez brusquement, à son ordinaire : « Je m'en vais à cette heure y faire le Credo; » et à l'instant il prononça une douzaine de mots qui n'étoient d'aucune langui1, en disant : « Je vous soutiens que voilà le Credo en langue punique : qui est-ce qui me pourra dire le contraire? » ,

* 11 s'opiniàtra fort longtemps avec un nommé H. de la Loy à faire des sommets licencieux». Colomby n'en voulut jamais faire et ne les pouvoit. approuver ; Racan en lit un ou deux, mais ce fut le premier qui s'en ennuya, et comme il en vouloit divertir M. de Malherbe, en lui disant que ce n'était pas un sonnet si l'on n'obseï voit les règles ordinaire- de rimer les deux premiers quatrains, M. de Malherbe lui disoit : ". Eh bien. Monsieur, si ce n'est un sonnet, c'est une sonnette. » Toutefois à la fin il s'en ennuya, et n'y a eu que Maynard, de tous ses écoliers, qui a continué à en faire jusques à la mort. M. de Malherbe les quitta lui-même, lorsque Colomby ni Racan ne l'en persécutaient plus. C'étoit son ordinaire de s'aheurter d'abord contre le conseil de ses amis,

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