Ingénieux et excellent. A. Chkmieb
Nous sommes sous uu roi si vaillant et si sage,
Et qui >i dignement a fait l'apprentissage
De toutes les vertus propres à commander,
Qu'il semble que cet heur nous impose silence, 10
Et qu'assurés par lui de toute violence,
Nous n'avons plus sujet de te rien demander.
Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos tètes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis, 15
Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paroître, En ce miracle seul il peut assez connoitre Quelle force a la main qui nous a garantis.
Mais quoi ! De quelque soin qu'incessamment il veille, Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille, -20
Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien, Comme échapperons-nous en des nuits si profondes, Parmi tant de rochers que lui cachent les ondes, Si ton entendement ne gouverne le sien?
(i) Un malheur inconnu glisse parmi les hommes, Qui les rend ennemis du repos où nous sommes :
ir>. — Voyez ci-dessus, XIV, 164.
2o. — [Élégant. A. Ciiê.mer.] Glisse, au neutre, pour se glisse, se coule, s*insinne. « Voici la belle strophe, dit Sainte-Beuve, pleine de -''lis. de prudence et de tristesse, une strophe à n'être appréciée que des esprits el îles entendements en leur maturité. Ces vers et les suivants, récités àhaute voix, n'auraient eu besoin, pour émouvoir et enlever tous les cœurs, pour renouveler, à leur manière, les anciens triomphes dus à la veine lyrique, et faire éclater les larmes avec 1rs applaudissements, «pie de rencontrer réunis dans une s die du Louvre ou du Palais les bons citoyens du Parlement, de l'Université, de la bourgeoisie sauvée par Henri IV et encore reconnaissante. » Il est juste d'ajouter que dans cette strophe, louée
La plupart de leurs vœux tendenl au changement ; El comme s'ils moiént des misères publiques, Pour les renouveler ils font tant de pratiques, Que qui n*;i point de peur n'a point de jugement. 50
En ce fâcheux état ce qui nous réconforte,
C'est que la bonne cause est toujours la plus forte,
Et qu'un bras si puissant t'ayanl pour sou appui.
Quand la rébellion plus qu'une hydre féconde
Auroit pour le combattre assemblé tout le monde, ô.'i
Toui le monde assemblé s'enfuiroit devant lui.
Conforme donc. Seigneur, ta grâce à nos pensées :
Ote-nous ces objets qui des choses passées
Ramènent à nos yeux le triste souvenir ;
Et comme sa valeur, maîtresse de Forage, • 40
A. nous donner la paix a montré son courage,
Fais luire sa prudence à nous l'entretenir.
par Sainte-Beuve, Malherbe parait s'être inspiré de Ronsard, dans son Discours sur les misères du temps, lorsque celui-ci, parlant de l'Opinion, fille de Fantaisie, qu'accompagnent * la jeunesse, l'erreur, l'orgueil et la manie, » s'écrie, avec une expression que n'a point laissé échapper Malherbe :
Ce mons Ire qui se ccvle en nos cerveaux après Va gagnant la raison laquelle habite auprès; F.t alors toute chose en l'homrne est desbordée Quand par l'opinion la raison est guidée.
32. — On pourrait trop facilement opposer à ce vers tous ceux que les poètes ont consacrés aux jugements de la Fortune. Voyez André Chénier, Odes, V, p. 450. La Fontaine a dit avec plus de vérité :
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
3i. — [Ces vers sont d'une expression grande, d'une tournure pleine de magnificence et de sublime. Ils feraient honneur à Racine. A (.iiKMEii.)
Il n'a point son espoir au nombre des armées,
Étant bien assuré que ces vaines fumées
N'ajouteni que del'ombre à nus obscurités. 45
L'aide qu'il veut avoir, c'est que tu le conseilles ;
Si tu le fais. Seigneur, il fera des merveilles. El vaincra nos souhaits par nos prospérités.
Les fuites des méchants, tant soient-elles secrètes.
Quand il les poursuivra, n'auront point décachettes ; 50
Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés ;
Il verra sans effet leur honte se produire.
Ht rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire
Aii: — i 1 0*t confondus comme délibérés.
La rigueur de ses lois, après tant de licence, ">5
Redonnera le cœur à la foible innocence.
Que dedans la misère on faisoit envieillir.
A ceux qui l'oppressoient il otera l'audace ;
Et sans distinction de richesse ou de race,
Tous de peur de la peine auront peur de faillir. 60
La terreur de son nom rendra nos villes fortes. (>n n'en gardera plus ni les murs ni les portes.
iô-iS. — [Vide! A. Ciiémer.]
51. — Éclairés, mis en pleine lumière, c'est-à-dire découverts.
06. — Le cœur. Aujourd'hui on mettrait plus volontiers du cœur. Corneille emploie tantôt l'une, tantôt l'autre expression. Les exem pies manquent dans le Lexique deM. Godefroy. On en trouvera plusieurs dans le Dictionnaire deM Littré.
'.>',. — Envieillir, pour s'envieillir.
60. — « C'est la traduction, dit Saint-Marc, de ce vers commun : Oderiint peccare mali formidine pœnae, lequel est parodié de celui d'Horace [Epit., I, xvi, 52) : Oderunt peccare boni virtutis amore. »
61 -- [Strophe excellente. Le premier vers est plein de sens et
Les veilles cesseront au somme! de nus tours :
Le fer mieux employé cultivera la terre,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs <le la guerre, 65
Si ce c'est pour danser, n'aura phis de tambours.
Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices,
L'oisive nonchalance et les molles délices.
Qui nous avoient portés jusqu'aux derniers hasards :
Les vertus reviendront de palmes couronnées, 70
Et ses justes faveurs, aux mérites données,
Feront ressusciter l'excellence des arts.
d'une expression nerveuse. Le troisième est pittoresque el d'une franchise, d'une pureté et d'une élégance de langage admirable; de même est le suivant. La pensée du dernier est excellente. A. Ciié.mer.]
b6. — L'édition que lisait André Chénier donne n'orra (futur du verbe ouïr), aussi ajoute-t-il à la note précédente : « N'orra n'est pas heureux. » Cette leçon, adoptée par Saint-Marc sur la foi d'un recueil de 1630, manque d'autorité el ne peut être admise. Saint- Marc a rapproché de ce passage des vers latins et italiens et un charmant fragment de Bacchylide sur la Paie, dont à la vérité il a arrangé quelquepeu la traduction pour l'occasion, en rapprochant «leux membres de phrase qui ne sont pas consécutifs. Cette strophe semble due à un souvenir de Ronsard (Odfs, I, i) :
Diversement, ô paix heureuse, Tu es la garde vigoureuse Des peuples et de leurs cités ; Des royaumes la clef tu portes, Tu ouvres des villes les portes Serenant leurs adversités.
En iieu du fer outrageux Des menaces et des flammes Tu nous rameines les jeux Le bal et l'amour des dames.
07. — [Celle-ci n'est pas moins belle el pour le sens et pour tout : peut-être même est-elle plus parfaite comme poésir. La belle image que celle du quatrième vers! Il n'y a rien en notre langue d'un style plus excellent que ces trois derniers vers-là. A. Chénier.]
La foi de ses aïeux, ton amour el ta crainte, liuiil il porte dans l'âme une éternelle empreinte, D'actes de piété ne pourront l'assouvir ; io
11 étendra ta -luire autant que sa puissance, Et n'ayant rien >i cher que ton obéissance, Où tu le fais régner, il te fera servir.
Tu nous rendras alors dos douces destinées :
Nous ne reyerrons plus ces fâcheuses années, SO
Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs. Toute sorte de biens comblera nos familles, La moisson de nos champs lassera les faucille.-. Et les fruits passeront la promesse des fleurs.
La fin de tant d'ennuis dont nous fûmes la proie ho
Nous ravira les sens de merveille et de joie ; Et d'autant que le inonde est ainsi composé, Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise,
73. — Ton amour et ta crainte; ici le pronom possessif, ton, ta, est employé pour legénitifdu pronom personnel, de toi (Dieu).