FIN D'UNE ODE POUR LE ROI
frac M r. s r 160G
Je veux croire que la Seine Aura des cygnes alors, Qui pour toi seront en peine De faire quelque- efforts.
Mais vu le no m que me donne Tout ce que ma lyre sonne, Quelle sera la hauteur De l'hymne de ta victoire.
Quand elle aura cette gloire, Que Malherbe en soit l'auteur!
218. — « Couronner quelqu'un d'amarante, dit Ménage, estime façon de parler très-belle el três-p létique pour Air&lui donner Vimmortalité, l'am irante étant une fleur qui ne se flétrit pas, comme le marque son 00m, et qui pour cela est appelée l'immortelle. »
XXIV. —Publiée en 1630. Ces vers, comme l'a dit M. Lalanne.se rapportent très-vraisemblablement à la pièce XXIII.
[Belle strophe. Les premiers vers sont charmants par l'image et par l'allusion. Au reste, il parait que ces vont ries poétiques étaient dans. Malherbe une simple imitation des anciens, principalement des lyriques. 11 avait prévu qu'il pourrait terminer plusieurs odes par
CHANSON
Qu'autres que vous soient désirées, Qu'autres que vous soient adorées.
Cela se peut facilement ; Mais qu'il soit des beautés pareilles A vous, merveille des merveilles.
Cela ne se peut nullement.
Que chacun sous telle puissance Captive son obéissance.
Cela se peut facilement ;
quoique? strophes de ce genre, que l'enthousiasme et le délire rendent excusables et même aimables dans les grands poètes; et, pour ce! effet, il s'était sans doute exercé à les tourner de plusieurs manières, afin de les trouver toutes prêtes et de les clouer au besoin.
C'e-t ainsi, mais avec moins de succès, qu'il avait pris une maîtresse poétique, une daine de ses pensées, à qui il pût adresser ses vers d'amour. Mais ces vis- là même prouvent qu'il n'a jamais aimé. Ce sont de froides et galantes fadaises qui n'ont aucun poison, et le jeune amoureux peut les lire sans danger. A. CnÉMr.R.]
XXV. — Cette chanson, imprimée, en 1607, dans le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps, avait été faite, selon Ménage, dans la chambre de madame de Bellegarde, par elle, parRacan et par Malherbe, à l'imitation d'une chanson espagnole. Berthelot lit de cette pièce une parodie qu'on trouvera dans les notes de Méii ; deux ou trois couplets seuls ont quelque sel : Malherbe, assure Ménag - gea de Berthelot en lui faisant donner des
- de 1' 'fui.
S. — Captive, rende captive, enchaîne.
Mais qu'il soit une amour si forte 10
Q œlle-là que je vous porte,
Cela ne se peut nullement.
Que le fâcheux nom do cruelles
Semble doux à beaucoup de belles,
Cela se peut facilement; 13
Mais qu'en leur âme trouve place
Rien de si froid que votre glace,
Cela ne se peut nullement.
Qu'autres que moi soient misérables
Par vos rigueurs inexorables, 2o
Cela se peut facilement;
Mais (pie la cause de leurs plaintes
Porte de si vives atteintes,
Cela ne se peut nullement.
Qu'on serve bien, lorsque l'on pense 25
En recevoir la récompense,
Cela se peut facilement ;
Mais qu'une autre foi que la mienne *
N'espère rien et se maintienne,
Cela ne se peut nullement. 50
Qu'à la fin la raison essaie
Quelque guérison à ma plaie,
Cela se peut facilement ;
Mais que d'un si digne servage
La remontrance me dégage, zn
Cela ne se peut nullement.
11 i POÉSIES DE F. MALHERBE.
Qu'en mi seule morl soient finies Mes peines el vos tyrannies,
Cela se peut facilement ;
Mais que jamais par le martyre 40
De vous servir je me retire,
Cela ne se peut nullement.
POUR M. DE BELLEGÀRDE
Philis, qui me voit le teint blême,
Les sens ravis hors de moi-même.
Et les yeux trempés tout le jour.
Cherchant la cause de ma peine.
Se figure, tant elle est vaine.
Qu'elle m'a donné de l'amour.
Je suis marri que la colère Me porte jusqu'à lui déplaire ;
XXVI. — Ces stances imprimées, en 1607, dans le Parnasse des )/lus excellents poètes de ce temps, fuient faites, dit Ménage, pour B illegarde, au sujet d'une fille qui s'était imaginé que M. de Belle-garde l'aimait.
T. — Marri, fâché, terme vieilli.
Mais pourquoi ne m'est-il permis
De lui dire qu'elle s'abuse, 10
Puisqiui ma honte «'11*1 s'accuse
De ce qu'elle n'a point commis ?
En quelle école nonpareille
Auroit-elle appris la merveille
De si bien charnier ses appas, io
Que je pusse la trouver belle,
Pâlir, transir, languir pour elle.
Et ne m'en apercevoir pas?
Oh! qu'il me seroit désirable
One je ne fusse misérable 20
Que pour être dans sa prison !
Mon mal ne m'étonneroit guères, Et les herbes les plus vulgaires M'en donneraient la guérison.
Mais, ô rigoureuse aventure ! 2."i
Un chef-d'œuvre de la nature,
Au lieu du monde le plus beau,
Tient ma liberté si bien close,
Que le mieux que je m'en propose
C'est d'en sortir par le tombeau. 30
Pauvre Philis mal avisée, Cessez de servir de risée,
15. — C'est mal à propos que Chevreau blâme Malherbe d'avoir employé charmer dans le sens de rendre charmant; ce mot est ici pris dans son acception propre. Charmer ses appas, c'est exercer une influence magique sur ses appas.
El souffrez que la vérité
Vous témoigne votre ignorance,
Afin que, perdant l'espérance, 55
Vous perdiez la témérité.
C'est de Glycère que procèdent
Tous les ennuis qui me possèdent.
Sans remède et sans réconfort.
Glycère fait mes destinées ; 40
Et, comme il lui plaît, mes années
Sont ou près ou loin de la mort.
C'est bien un courage de glace,
Où la pitié n'a point de place,
Et que rien ne peut émouvoir ;
Mais quelque défaut que j'y blâme, 45
Je ne puis l'ôter de mon âme,
Non plus que vous y recevoir.
AU ROI HENRI LE GRAND
S 0 K SE 1 ICOI
Je le connois, Destins, vous avez arrêté Qu'aux deux Dis de mon roi se partage la terre,
IXV1I. — Ce sonnet, imprimé pour la première fois, en 1611, dans le Temple d'Apollon, fut composé à l'occasion <Jl- la naissance du
Et qu'après le trépas ce miracle de guerre Soit encore effroyable eu sa postérité- Leur courage aussi grand que leur postérité 5 Tous les forts orgueilleux brisera comme verre ; Et qui de leurs combats attendra le tonnerre Aura le châtiment de sa témérité.
Le cercle imaginé qui de même intervalle
Du Nord et du Midi les distances égale, 10
De pareille grandeur bornera leur pouvoir :
Mais étant fils d'un père où tant de gloire abonde, Pardonnez-moi, Destins, quoi qu'ils puissent avoir, Vous ne leur donnez rien s'ils n'ont chacun un monde.
second fils du roi, ce petit duc d'Orléans qui, né le 16 avril 1607, mourut le 17 novembre 1611, et dont Malherbe composa l'épitaphe (voy. LIV).
4. — Effroyable, dans le sens de effrayant, redoutable, ainsi (pie le remarque M. Littré.
XXYIII
AU ROI HENRI LE GRAND
SONNET
Mon roi. s'il est ainsi que des choses futures L'école d'Apollon apprend la vérité, Quel ordre merveilleux de belles aventures Va combler de lauriers votre postérité !
Que vos jeunes lions vont amasser de proie, 5
Soit qu'aux rives du Tage ils portent leurs combats Soit que de l'Orient mettant l'empire bas, Ils veuillent rebâtir les murailles de Troie !
Ils seront malheureux seulement en un point :
C'est que. si leur courage à leur fortune joint 10
Avoit assujetti l'un et l'autre hémisphère.
Votre gloire est si grande en la bouche de tous,
Que toujours on dira qu'ils ne pouvoient moins faire,
Puisqu'ils avoient l'honneur d'être sortis de vous.
XWI1I — Ce sonnet, composé dans la même occasion que le précédent, parut, en 1609, dans le Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps. Il est irrégulier.
-2 Les anciens décoraient les poètes du nom de prophètes ou de devins sacrés, sacri vates.