‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 84 sur 219 · GRAND ÉCUYER DE FRANCE · texte numérisé non relu

GRAND ÉCUYER DE FRANCE

A la fin, c'est trop de silence En si beau sujet de parler ;

XXX. — Ce quatrain, inscrit au bas du portrait de Montaigne, gravé par Thomas de Leu, qui se trouve en tête des éditions de Pari?. 1608 et Itjll. fut indiqué par M. G. Guizot à H. Lalanne, qui L'inséra au tome V des Œuvres de Malherbe, dans les Additions et corrections, p. XIV. C'est sur l'indication contenue dans une note manuscrite de Jamet que M. Payen, dans ses Documents inédits sur Montaigne (1847), avait restitué ce quatrain à Malherbe.

XXXI. — i Malherbe, dit Ménage, fit cette ode étant adomestiqué chez M. de Bellegarde, deux ans avant la mort du roi Henri le

Le mérite qu'on veut celer

Souffre une injuste violence.

Bellegarde. unique support 5

Où mes \n ni ont trouvé leur port,

Que tarde ma paresse ingrate,

Que déjà ton bruit nonpareil

Aux bords du Tage et de l'Euphrate

N'a vu 1*1111 cl l'autre soleil? 10

Le- Muses hautaines et braves

Tiennent le flatter odieux,

Et connue parentes des dieux

Ne parlent jamais en esclaves ;

Mais aussi ne sQnt-elles pas 15

Grand. » Elle parut, en 1603, dans le Nouveau Parnasse. Le texte des premiers recueils diffère beaucoup de celui de l'édition de 16"0; c'est une des pièces auxquelles Malherbe fit le plus de corrections. On trouvera le texte primitif soit dans l'édition de Saint- Marc, p. 458, soit dans l'édition de 1862, p. 117. — A propos du début de cette pièce, Ménage remarque que Scarron a visé cet endroit de Malherbe dans son Ode à madame d'Aiguillon :

Or çà, tout de bon je commence.

Aussi bien c'est trop de silence En si beau sujet de parler.

Ces vers sont ici d'importance :

J'ai fort bien fait de les voler.

H. — Braves, belles, d'une beauté qui décèle une âme vaillante, qui ont un juste orgueil peint sur les traits. C'est avec ce sens très-relevé, dont M. Littré ne fait pas mention, que Ronsard emploie ce mot dans le deuxième chant de la Franciade :

Tuis, comme un astre, entra dedans la salle Brave d'orgueil et de pompe royalle.

Voy. VIII, i.

ii. — Après avoir cité ces beaux vers, Sainte-Beuve (N. L., XIII, p. 587) dit, en appréciant comme il convient le cour liant placé de Malherbe malgré son souci du positif : « On ne fait pas ainsi résonner de telles cordes quand on ne les a pas en soi. » Malherbe s'est inspiré, dans le commencement de cette pièce, de l'ode que

De ces beautés dont les appas

Ne sont que rigueur et que glace,

Et de qui le cerveau léger,

Quelque service qu'on leur lasse,

Ne se peut jamais obliger ! -20

La vertu, qui de leur étude Est le fruit le plus précieux, Sur tous les actes vicieux Leur fait haïr l'ingratitude :

Et les agréables chansons. 2j

Par qui les doctes nourrissons

Savent charmer les destinées,

Récompensent un bon accueil

De louanges que les années

Ne mettent point dans le cercueil. 30

Les tiennes par moi publiées,

Je le jure sur les autels.

Ronsard adresse aux filles de Henri II, et dans laquelle il dit aux Muses :

Vous savez, pucelles chères,

Que libre oncques je n'appris

De vous faire mercenaires

Ni chétives prisonnières.

Vous vendant pour quelques pris ;

Mais, sans être marchandées,

Vous savez que librement

Je vous ai toujours guidées

Ks maisons recommandées

Pour leurs vertus seulement.

•20. — S obliger i se lier par la reconnaissance. La pensée de

Malherbe est que les Muses sont fières et franches, mais ne sont ni froides ni ingrates.

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