‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 85 sur 219 · Charmer, exercer un charme mu · texte numérisé non relu

Charmer, exercer un charme mu

POÉSIES DE F. MALHERBE. lk23

En la mémoire des mortels

H seront jamais oubli/' -

El l'éternité que promet 55

La montagne au double sommet

N si que mensonge et 4110 fumée,

Ou je rendrai cet univers

Amoureux de ta renommée,

Autant que tu l'es de mes vers. 10

Comme, en cueillant une guirlande,

L'homme est d'autant plus travaillé

Que le parterre est émaillé

D'une diversité plus grande;

Tant de fleurs de tant de côtés 45

3«V — Il dési^nt1 le Tarnassc par une image empruntée aux poëtes anciens.

•11-00. — Ce passage, comme l'a remarqué Ménage, a été vraisemblablement imité de ces vi rs de l'ode de du Bellay au prince de Melfe :

Mais comme criant par une prée.

De diverses (leurs diaprée, La vierge souvent n'a loisir.

Parmi tant île beautés nouvelles.

De reconnoHre les plus belles.

Et ne sait lesquelles choisir ;

Ainsi confus de merveilles, Pour tant de vertus pareilles, Qu'en toi reluire je ?oi, Je perds toute connoissance.

Et pauvre par l'abondance, Ne sait que eh usa eu loi.

F.t les ters de Malherbe, à leur tour, ont été, non pas imités par Scarron, mais enchâssés par lui dans son Ode à la duchesse d'Aiguillon :

Vous serez encore pillé.

Prince de la rime normande:

Comme en cueillant une guirlande

On a l'esprit tort travaillé.

Quand d'une diversité grande I..' jardin se trouve émaillé.

Faisant paroître en leurs beautés

L'artifice de la nature,

Qu'il tient suspendu son désir,

Et ne sait en cette peinture

Ni que laisser, ni que choisir : 50

Ainsi quand, pressé de la honte

Dont me fait rougir mon devoir,

Je veux mon œuvre concevoir

Qui pour toi les âges surmonte,

Tu me tiens les sens enchantés 55

De tant de rares qualités

Où brille un excès de lumière,

Que plus je m'arrête à penser

Laquelle sera la première,

Moins je sais par où commencer. GO

Si nommer en son parentage

Une longue suite d'aïeux

Que la gloire a mis dans les cieux

Est réputé grand avantage,

De qui n'est-il point reconnu 65

Que toujours les tiens ont tenu

Les charges les plus honorables,

Dont le mérite et la raison,

Quand les Destins sont favorables,

Parent une illustre maison ? 70

Cl. — Parentage, union par les liens du sang ou par des alliances.

67. — Voyez, clans Brantôme, la Vie du maréchal de Termes et celle du maréchal de Bellegarde. Le premier contribua puissamment au gain de la bataille de Cérisoles, où il fut tait prisonnier. (Ed. 1862.)

POÉSIES DE' F. MAUIERP.E. 125

Qui ne -.ut de quelles tempêtes

Leur fatale main autrefois,

Portant la foudre «le nos rois,

Des Alpes a battu les tètes?

Qui n'a vu dessous leurs combats 7o

Le Pô mettre les cornes bas,

Et les peuples de ses deux rives,

Dans la frayeur ensevelis.

Laisser leurs dépouilles captives

A la merci des fleurs de lis ? 80

Mais de chercher aux sépultures

Des témoignages de valeur,

C'est à ceux qui n'ont rien du leur

Estimable aux races futures ;

Non pas à toi qui, revêtu K-ô

De tous les dons que la vertu

Peut recevoir de la Fortune,

Connois que c'est que du vrai bien,

Et ne veux pas, comme la lune,

Luire d'autre feu que du tien. 90

Quand le monstre infâme d'Envie, A qui rien de l'autrui ne plaît, Tout lâche et perfide qu'il est,

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