‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 87 sur 219 · Voyez ci-dessus, XXI. 171, la note d'André Chénier · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, XXI. 171, la note d'André Chénier

108 — Selon Racan, Malherbe blâmait les poètes de son temps qui faisaient rimer cour avec les mots terminés en our. car, à cette époque, cour s'écrivait court, suivant l'étymologie: Yoy., dans Littré, les exemples cités dans l'Historique du mot.

112. — c'est M. de Bellegarde qui avait été chargé d'accompagner Marie de Médicis lorsqu'elle vint en France.

Et jura qu'avecque Jason

Jamais Argonaute semblable

N'alla conquérir la Toison? 120

Tu menois le blond Hyménée, Qui devoit solennellement De ce fatal accouplement Célébrer l'heureuse journée.

Jamais il no fut si paré, 125

Jamais eu son lia hit doré

Tant do richesses n'éclatèrent ;

Toutefois les nymphes du lieu,

Non sans apparence, doutèrent

Qui de vous deux étoit le dieu. 130

De combien de pareilles marques,

Dont on ne me peut démentir,

Ai— jo de quoi te garantir

Contre les menaces des Parques ?

Si ce n'est qu'un si long discours 135

A de trop pénibles détours ;

Et qu'à bien dispenser les choses,

Il faut mêler pour un guerrier

A peu de myrte et peu de roses

Force palme et force laurier. 140

Achille étoit haut de corsage ; L'or éclatoit en ses cheveux,

15ô. — De cet accouplement prédit par les destins. Mais fatal ne relève pas suffisamment le mot accouplement , aussi Ménage aurait-il désiré que Malherbe eût dit : h- ce divin accouplement.

141. — Corsage, le buste. Ce mot, qui ne s'emploie plus guère qu'en parlant des femmes, était, aux seizième et'dix-sepUème siè-

Et les dames avecque vœux

Soupiroient après son visage ;

Sa gloire à danser et chanter, 145

Tirer de Tare, sauter, lutter,

A nulle autre n'étoit seconde :

Mais s'il n'eût rien eu de plus beau,

Son nom, qui vole par le monde,

Seroit-il pas dans le tombeau ? 150

S'il n'eût, par un bras homicide

Dont rien ne repoussoit l'effort,

Sur llion vengé le tort

Qu'avoit reçu le jeune Atride.

De quelque adresse qu'au giron 15?;

Ou de Phénix, ou de Chiron,

Il eut fait sun apprentissage,

Notre âge auroit-il aujourd'hui

Le mémorable témoignage

Que la Grèce a donné de lui ? îeo

C'est aux magnanimes exemples,

Qui, sous la bannière de Mars,

Sont faits au milieu des hasards,

Qu'il appartient d'avoir des temples ;

Et c'e>t avecque ces couleurs 165

Que l'histoire de nos malheurs

clés, du style élevé et héroïque, et était presque toujours accompagné de quelque martiale épithète : de haut, de vaillant cor-

143 et 144. — Ces deux vers présentent un curieux anachronisme de sentiment et d'expression.

1G5. — Couleurs n'est pas ici au figuré, mais au propre : C'est en peignant de tes liants faits un tableau héroïque...

Marquera si bien ta mémoire Que tous les siècles à venir N'auront point de nuit assez noire Pour en cacher le souvenir. 170

En ce long temps, où les manies

D'un nombre infini de mutins,

Poussés de nos mauvais destins,

Ont assouvi leurs félonies,

Par quels faits d'armes valeureux, 175

Plus que nul autre aventureux,

N'as-tu mis ta gloire en estime,

Et déclaré la passion

Contre l'espoir illégitime

De la rebelle ambition ? 180

Tel que d'un effort difficile

Un fleuve, au travers de la mer.

Sans que son goût devienne amer,

Passe d'Élide en la Sicile ;

Ses flots, par moyens inconnus, 185

En leur douceur entretenus,

Aucun mélange ne reçoivent,

Et dans Syracuse arrivant

181-190. — Chevreau dit que cette comparaison est tirée de Stace, Siives, I, «, 203; c'est une erreur. Stace, dans cet épilhalame, compare ta constance et les épreuves de l'amant à celles de l'Alphée qui traverse la mer pour s'unir à l'Aréthuse. Dans Malherbe, la comparaison porte sur le phénomène supposé de l'Alphée traversant l'onde amère en conservant la douceur de ses eaux. Voltaire, comme l'a remarqué M. Lalanne, a imité cette comparaison au neuvième chant de la Henriade, en parlant de Mornay.

Sont trouvés de ceux qui les boivent

Aussi peu salés que 'levant : 190

Tel entre ees esprits tragiques,

Ou plutôt démons insensés,

Qui de nos dommages passés

Tramoient les funestes pratiques,

Tu ne t'es jamais diverti 195

De suivre le juste parti ;

Mais, blâmant l'impure licence

De leurs déloyales humeurs,

As toujours aimé l'innocence

Et pris plaisir aux bonnes mœurs. 200

Depuis que. pour sauver sa terre.

Mon roi, le plus grand des humains,

Eut laissé partir de ses mains

Le premier trait de son tonnerre,

Jusqu'à la fin de ses exploits, 205

Que tout eut reconnu ses lois,

A-t-il jamais défait armée,

Pris ville, ni forcé rempart,

Où ta valeur accoutumée

N'ait eu la princip.de part? 210

Soit que près de Seine et de Loire Il pavât les plaines de morts,

195. — Se divertir est pris ici dans son sens propre, se détourner. Divertir pour détourner était autrefois d'un emploi très-fréquent. Corneille et Molière en offrent de nombreux exemples.

21-2. — Yoy. IX, 4. C'est une imitation ou une réminiscence de

Suit que le Rhône outre, ses bords

Lui vit faire éclater sa gloire,

Ne l'as-tu pas toujours suivi, 2lo

Ne l'as-tu pas toujours servi,

Et toujours par dignes Ouvrages

Témoigné le mépris du sort

Que sait imprimer aux courages

Le soin de vivre après la mort '.' 220

Mais quoi ! ma barque vagabonde Est dans les syrtes bien avant, Et le plaisir, la décevant,

Toujours l'emporte au gré de l'onde.

Bellegarde, les matelots 22u

Jamais ne méprisent les flots,

Quelque phare qui les éclaire ;

Je ferai mieux de relâcher,

Et borner le soin de te plaire,

Par la crainte de te fâcher. 230

L'unique but où mon attente

Croit avoir raison d'aspirer,

C'est que tu veuilles m'assurer

Que mon offrande te contente.

Donne-m'en d'un clin de tes yeux £3S

Ronsard, qui a dit, dans son Ode (III, v) à Henri III, alors duc d'An^ goulêmc :

Vainqueur, tu paveras espais

De corps morts toute la campagne:

213. — Outre, au delà. Littré : « Ce sens, qui est le sens propre, n'est plus usité, et il ne, subsiste aujourd'hui que dans certains mots composés. » Cependant M. Littré cite, un peu plus haut, un exemple tiré de l'Itinéraire de Chateaubriand.

Un témoigi g - ieux ; Et si tu la trouves petite,

Ressouviens- toi qu'une action

Ne peut avoir peu de mérite.

Ayant beaucoup d'affection. 240

Ainsi de tant d'or et de suie

Ton âge dévide son cours.

Que tu reçoives tous les jours

Nouvelles matières de joie !

Ainsi tes honneurs florissants -245

De jour en jour aillent croissants

Malgré la fortune contraire !

Et ce qui les fait trébucher.

De toi ni de Termes, ton frère.

Ne puisse jamais approcher !

Quand la laveur a pleines voiles.

Toujours compagne de vus pas.

Vous feroit devant le trépas avoir le front dans les étoiles,

Et remplir de votre grandeur -255

Ce que la terre a de rondeur.

Sans être menteur, je puis dire

•230. — Gracieux. Sur les fortunes diverses de ce mot, voyez la remarque de M. Littré.

i'ii. — Littré : « Poétiquement, avoir, porter le front dans tes étoiles, être au comble de la gloire. » La source de cette expression est vinnlienne.

— Rondeur; voy. Rond, XXIII, 185. Ronsard, Odes, I, i:

Elle la paix) tomba le large tour

De l'air qui cerne tout ai

Le rond du grand parc où nous sommes,

Peuplant sa grande rondeur dhommes.

Que jamais vos prospérités

N'iront jusques où je désire,

Ni jusques où vous méritez. 260

A M. DE FLURANCE

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