‹ Poésies de Félix ArversChapitre 37 sur 60 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

FRANÇOIS le' ; GUILLAUME COP ; D'ANNEBAUT ; HENRI, dauphin ; GUILLAUME PETIT, confesseur du Roi ; PIERRE DUCHATEL, lecteur du Roi ; Archers.

FRANÇOIS jer, à Cop.

Ah ! foi de gentilhomme ! arrivez : de ma vie,

(*) Voir pour les détails de ce dernier voyage du roi, les Mémoires de Dubellajr, Livre X, dont ces vers ne sont qu'un assez mauvais abrégé. {Noie de l'auteur.)

De vous voir près de moi je n'eus si grande envie, Maître Cop ; j'ai besoin de tout votre latin : Faites vite !

COP

Comment se trouve ce matin Votre majesté?

FRANÇOIS I^r.

Mais cette nuit s'est finie Assez tranquillement ; la Vierge en soit bénie !

LE DAUPHIN

Mon père, puissiez-vous vous voir bientôt guéri ! Fasse Dieu que dans peu l'Europe sache...

FRANÇOIS I«r.

Henri, Je suis fort mécontent de vous : je viens d'apprendre Des choses qui vraiment ont droit de me surprendre. Je savais que déjà, depuis six mois entiers. Conspirait avec vous madame de Poitiers Contre moi, votre père et roi, contre une femme Que je ne souffrirai jamais que l'on diffame. Comme vous avez fait tous deux: j'ai tout appris.

LE DAUPHIN

Sire, qui vous a pu?...

FRANÇOIS Pr.

Vous paraissez surpris.

LE DAUPHIN

Que je meure à vos yeux, que la fièvre quartaine..,

FRANÇOIS ler.

Ce n'est pas tout : je sais de science certaine Que vous continuez d'entretenir ici Un commerce secret avec Montmorenci.

C'est, foi de gentilhomme, une rare impudence !

LE DAUPHIN

Mon père, croyez bien...

FRANÇOIS ler.

Une correspondance Avec un ennemi de l'Etat! s'être uni Avec un déloyal sujet que j'ai banni ! Avez-vous oublié si tôt sa perfidie, Et quelle trahison cet homme avait ourdie, Quand l'Empereur, sachant ceux de Gand révoltés. Me demanda passage...

LE DAUPHIN

On abuse...

FRANÇOIS ler.

Écoutez !

Et n'interrompez pas. — Que si ma prudhomie. Sur sa foi d'empereur, s'est si bien endormie, C'est grâce au connétable. Ah! messieurs, il fallait Que je fusse, pardieu ! plus fou que Triboulet.

GUILLAUME PETIT

Peut-être avez-vous cru des bruits peu charitables.

FRANÇOIS I^i".

Messieurs, je ne fus pas heureux en connétables ! Bourbon, que j'ai comblé de biens, à qui je fis L'honneur d'offrir ma mère et de tenir un fils, ' Que j'avais mis si haut et si proche du trône Que son manteau ducal valait une couronne ; II plaide avec les miens, et pour comble d'horreur, Le traître, il court offrir son bras à l'Empereur ! Au moins les saints du ciel, dans leur juste colère, N'ont pas voulu laisser le crime sans salaire ; Il a pu voir son nom flétri sur le Missel, Par la main du bourreau son champ semé de sel. Son hôtel barbouillé de jaune, et comme on prise. Même chez l'ennemi, la fourbe et la traîtrise.

GUILLAUME PETIT

Le ciel l'a rappelé ; paix aux morts !

FRANÇOIS F"", continuant.

Et voici Qu'un homme qui nous dit : J'ai nom Montmorenci, Abandonne à son cours ma cause, et que l'Epée, En s'adressant à lui, s'est encore trompée ! Je devais le bannir : Ecouen ou Chantilly, Quel que soit le retrait qui l'aura recueilli. Je veux bien l'ignorer ; mais qu'un dauphin de France

Entretienne à ma cour sa coupable espérance !

COP

Monseigneur, calmez-vous !

FRANÇOIS |er.

Eh ! ne voyez-vous pas Que me voilà touchant aux portes du trépas? Faut-il donc jusqu'au bout que le ciel me destine A voir dans ma maison la discorde intestine ? Pauvre père, vraiment ! mon François, mon aîné, L'héritier de mon nom, ils l'ont empoisonné ! Mon d'Orléans est mort ; et le seul qui demeure Pour consoler son père, en attendant qu'il meure. Détruisant l'avenir que je m'étais promis, S'unit traîtreusement avec mes ennemis ! J'ai payé rudement mon tribut à la terre I

(Entre un officier, tenant une lettre scelle'e d'un cachet noir.)

du 'est-ce ?

l'officier.

Sire, un message arrivé d'Angleterre.

FRANÇOIS F*" lit» et tombe dans une profonde rêverie. Apre» quelques instans « de silence, il reprend avec abattement

Ah ! voilà mon cousin d'Angleterre parti ! Je me dois, à mon tour, tenir pour averti : Il était mon aîné ; ce n'eût été justice. Au fait, que ce fût moi le premier qui partisse. '— Et j'ai cette raison de plus d'être affligé. Que sa fille a, dit-on, fait défense au clergé

De rendre les derniers honneurs à ce pauvre homme, A cause qu'il est mort en disgrâce de Rome : Pour moi, je n'entre pas dans tous ces démêlés ; Qu'on lui fasse un service à Notre-Dame. — Allez.

(L'officier sort.) DUCHATEL.

Sire, vous paraissez rêveur : si d'aventure Il vous plaisait ouïr quelque docte lecture. Jadis je vous lisais au repas, et le soir Près de votre chevet je me venais asseoir : 11 est dans les anciens un baume salutaire Merveilleux à guérir les peines de la terre ; Ces hommes étaient grands, et n'avaient de mortel Que ces liens du corps...

FRANÇOIS ler.

Mon brave Duchâtel, Si j'étais moins souffrant, j'en aurais belle envie ; Car vous êtes le seul de tout ce qu'en ma vie J'ai trouvé de docteurs graves et bien disans Dont je n'aie épuisé la science en deux ans.

(A Cop.)

Mais où donc est Paré? l'on m'a dit, ce me semble, Que vous étiez venus ici tous deux ensemble ? Messieurs, c'est un garçon qui fera son chemin, Qui lit à livre ouvert au fond du corps humain ; Il n'est guère besoin, je crois, qu'on vous apprenne

Comme il fut le sauveur de monsieur de Lorraine, Lorsqu'il eut, l'an dernier, reçu,. près de Calais, Cet effroyable coup de la main d'un Anglais. J'ai grand espoir en lui : si jamais sa doctrine Peut arracher ce mal qui ronge ma poitrine. Je fais le vœu d'aller, quand je serai guéri, Comme après Marignan, à pied à Chambéry !

AMBROISE PARÉ, entrant.

Sire, daignez m'entendre, et que votre indulgence Ne prenne en ce retard soupçon de négligence : Un pèlerin est là, dans la pièce à côté. Qui veut absolument voir votre majesté ; il possède, a-t-il dit, la grande panacée.

FRANÇOIS ler.

Je ne le verrai point.

AMBROISE PARÉ

Moi, dans cette pensée.

J'ai refusé d'abord.

FRANÇOIS ler.

C'est bien : depuis huit ans J'ai vu, pour mon malheur, assez de charlatans.

AMBROISE PARÉ

Il n'a pas lâché prise : il était nécessaire. Disait-il, d'appliquer de suite à votre ulcère Un remède nouveau que lui seul connaissait ; Et, comme je doutais de ce qu'il avançait,

II m'a dit, sans faillir un seul point, chaque crise Où votre majesté s'était dû voir surprise, Tous les signes du mal, un par un, et comment Vous éprouviez parfois quelque soulagement : Ces choses m'ont paru dépasser le domaine Que le ciel a permis à la science humaine ; Je m'en réfère à vous, et vous dois confesser Qu'au vrai je ne sais plus ce qu'il en faut penser.

GUILLAUME PETIT

Pour relever l'espoir de quelque noble race, II se peut que le ciel daigne mettre sa grâce En des hommes choisis parmi tous les humains, Êtres simples et bons qui suivent ses chemins.

AMBROiSE PARÉ.

II veut vous voir tout seul.

LE DAUPHIN

Recevez-le, mon père !

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