‹ Poésies de Félix ArversChapitre 45 sur 60 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Précédens, PANDOLPHE, VALÈRE.

PANDOLPHE

Entrez, seigneur Valère.

Après vous.

V PANDOLPHE, d'un air fin.

Après vous, — pourquoi tant de façons, Bon Dieu ! depuis le temps que nous nous connaissons? — Lisette, laisse-nous.

(Lisette sort. Valère s'approche d'Isabelle et s'incline respectueusement.)

Saluez, Isabelle.

(Isabelle fait la révérence.) (A Valère.)

Comment la trouvez-vous aujourd'hui?

VALÈRE

Toujours belle !

(Se tournant vers Isabelle.)

Mademoiselle, hier ce seigneur m'a permis

De me compter au rang de ses plus chauds amis ;

Mais quoi qu'il ait pu faire, et que sa complaisance

Autorise céans l'ennui de ma présence,

J'ai peur, je le confesse, en cette occasion,

D'avoir usé trop tôt de la permission ;

Je crains...

Que pouvez-vous craindre, seigneur Valère?

VALERE, toujours à Isabelle.

Que cet empressement n'ait pas l'heur de vous plaire, Et me veux mal de mort d'avoir trop tard songé A ne m'offrir à vous que sur votre congé.

PANDOLPHE

Bon, bon ! voilà déjà trop de cérémonie ;

C'est pour nous désormais une affaire finie.

Et, grâce à Dieu, ma fille est dans des sentimens

A ne résister point à mes commandemens.

— Savez-vous bien, seigneur, que j'ai l'âme ravie

De vous avoir ainsi rencontré? — Dans la vie,

La fortune a des coups d'un bonheur surprenant !

(A Isabelle.)

Nous avons découvert, tout à l'heure, en venant, Que j'avais fort connu son père en Italie, Où nous avons jadis fait plus d'une folie, Pour le dire en passant ; un fort homme de bien ! Voilà déjà du temps.

VALÈRE

Mais oui.

PANDOLPHE

Voyons... combien?

Mais vingt ans; c'était lors de la dernière guerre.

PANDOLPHE

Savez-vous que cela ne nous rajeunit guère?

Mais parlons d'autre chose : au point où nous voici,

Nous aurions tort, je crois, de nous gêner ici.

VALÈRE

Vous m'obligerez fort d'en user de la sorte.

PANDOLPHE

Une affaire importante exige que je sorte ; Quand vous m'avez trouvé, tout à l'heure, j'allais Jusque chez mon notaire, à côté du Palais, Et si vous permettez...

VALÈRE

Je vous suis.

PANDOLPHE, l'arrêtant.

Pourquoi faire?

Un mariage aussi n'est-il pas une affaire, Un marché liasardeux, dont la conclusion Ne saurait demander trop de réflexion.

ISABELLE

Eh quoi ! vous nous laissez ! et pendant cette absence..,

PANDOLPHE

J'ai de vos sentimens assez de connaissanee Pour me fier à vous, et croire qu'en effet Il ne se fera rien qui ne doive être fait.

(Il sort.)

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