‹ Poésies de Félix ArversChapitre 47 sur 60 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Précédens ; LISETTE, entrant.

LISBTTE, s'arrétant sur la porte.

Fort bien ; ne vous dérangez pas.

ISABELLE

Ah, seigneur! me jeter en pareille épouvante ! Me forcer à rougir devant une suivante ! Je ne saurais rester céans ; vous, désormais. Epargnez-vous le soin d'y revenir jamais.

(Elle sort.) VALÈRE.

Cette fille avait bien besoin de nous sui'pfendre !

LISETTE

Eh bien ! c'était pourtant un service à vous rendre. — Je me suis tout d'abord senti de l'amitié

Pour vous, et franchement vous me faites pitié.

VALÈRE

Je me tiens honoré que Dorine... ou Rosette... Comment te nomme-t-on, au fait?

LISETTE

J'ai nom Lisette.

(Avec une révérence.)

Pour vous servir.

VALÈRE

Eh bien, je suis flatté vraiment D'inspirer à Lisette un pareil sentiment. Mais puis-je un peu savoir ce qui me vaut, ma belle, L'heur d'être plaint par toi ?

LISETTE

Vous aimez Isabelle ?

VALÈRE

Hélas !

LISETTE

Mais un amour né d'hier seulement Ne doit pas vous tenir au cœur bien fortement.

VALÈRE

Ah ! j'ai peur du contraire.

LISETTE

Eh bien, quoi qu'il en coûte, Il y faut renoncer. — Ecoutez-moi.

VALERE

J'écoute.

LISETTE

On se moque de vous.

VALÈRE

Que dis-tu là?

Je dis, Seigneur, qu'on donne ici la chasse aux étourdis. Mon maître a fait serment d'en extirper la race ; Sitôt qu'il en tombe un sous sa main, pas de grâce. J'étais bien du complot, mais vous me paraissez Un honnête jeune homme, et vous m'intéressez ; Je dois donc vous donner cet avis, en amie :. C'est qu'on abuse ici de votre prudhomie.

VALÈRE

Explique-toi, vraiment !

LISETTE, continuant.

Et que, pour commencer, Celle que le seigneur Pandolphe fait passer Pour sa fille, est sa femme.

VALÈRE

Oui-dcà ! mais pourquoi faire Inventer?...

LISETTE

Ah ! voilà : c'est le fin de l'affiiire ;

C'était un hameçon : quand vous auriez mordu

Comme il faut à l'appât qu'on vous avait tendu,

Et donné pleinement dans la supercherie,

On vous eût fait l'aveu de la plaisanterie,

Et fermé poliment la porte sur le né ;

Puis on vous eût berné, bafoué, chansonné,

Et par toute la ville enfin, à son de trompe...

VA LE RE

Ah ça, je crois vraiment que, si je ne me trompe. On m'a pris pour un sot.

LISETTE, hochant la lête.

Mais...

VALÈRE

Pardieu ! l'on verra Si je suis un bélître, et qui des deux rira. Isabelle était donc aussi de la partie?

LISETTE

A contre-cœur.

VALÈRE

Au fait, cet air de modestie...

Mais ce n'est pas cela. Le tout en ce moment, Lisette, est de parer la botte adroitement.

(Marchant à grands pas.)

Ah ! mon petit bourgeois, il vous prend fantaisie De faire à nos dépens rire la bourgeoisie !

(A Lisette.)

Toi, ma chère, il me faut servir absolument ;

Tu n'e's pas sans avoir quelque petit amant...

LISETTE

Seigneur, j'aime Crispin, le valet de Dorante ; En tout bien tout honneur !

Vingt-cinq louis de rente Te conviendraient-ils?

LISETTE

Fort.

VALÈRE

Eh bien ! tu les auras ; Ce sera ta dot. Mais tu me seconderas.

LISETTE

D'accord; mais pour cela, seigneur, que faut-il faire?

VALÈRE

Ce n'est pas malaisé. Le succès de l'affaire Dépend de ton silence ; il faudra seulement Te taire, si tu peux.

LISETTE

On le pourra vraiment.

VALÈRE

Il faut, entends-tu bien, Lisette, que personne, Et surtout le seigneur Pandolphe, ne soupçonne Que nous nous sommes vus, et que tu m'as' parlé.

LISETTE

Et j'aurai pour cela les trente...

VALERE

Il m'a semblé Que j'avais dit vingt-cinq

Oh ! vous avez dit trente.

VALÈRE

Va pour trente louis.

LISETTE, appuyant.

Trente louis de rente.

VALÈRE

C'est dit.

LISETTE

Non que ce soit l'intérêt, Dieu merci,

Qui m'engage, seigneur, à vous servir ainsi.

VALÈRE

Je le vois bien, pardicu !

LISETTE, après avoir écoulé à la porte.

Mais tenez, il me semble Que j'entends l'ennemi ; s'il nous voyait ensemble Le coup serait manqué : je me sauve.

(Elle sort.)

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