‹ Poésies de Félix ArversChapitre 48 sur 60 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

VALERE, puis PANDOLPHE.

A présent C'est affaire à nous deux, seigneur mauvais plaisant ! J'ai mon idée en tête, et palsambleu ! j'espère Souffleter le mari sur la face du père De si bonne façon, qu'il ne soit plus tenté De s'attaquer aux gens de notre qualité.

PANDOLPHE, entrant.

Eh bien, seigneur! comment les amours?

VA LE RE

Sur ma vie.

Jamais de vous revoir je n'eus si grande envie.

PANDOLPHE

J'ai tout lieu de juger, à cet empressement, Votre flamme en bon train.

VA LE RE

En fort bon train, vraiment; Et puisque vous voulez que la cérémonie

Entre amis comme nous soit désormais bannie, Je vous dirai tout net et sans plus biaiser. Que j'aime votre fille et la veux épouser.

PANEKDLPHE, ayant peine à cacher sa joie.

Votre façon d'agir est tout-à-fait pressante ; Mais croyez-vous aussi qu'Isabelle y consente ?

VALÈRE

J'en réponds.

PANDOLPHE, de même.

Ouais !

On a quelque lieu de penser Qu'un amour aussi tendre a su l'intéresser; Enfin, on se croit sûr de ne point lui déplaire ; Ainsi vous consentez...

PANDOLPHE

Tout beau, seigneur Valère !

Isabelle est bien jeune, et dans ces choses-là...

VALÈRE

Ainsi vous refusez.*

PANDOLPHE

Je n'ai pas dit cela.

— Mais c'est qu'un mariage est chose malaisée ; Et la conclusion veut en être pesée.

VALÈRE

A quoi tend ce discours?

PANDOLPHE, continuant.

C'est un pas hasardeux, Et dans notre intérêt, je crois, à tous les deux, Il vous faudrait attendre au moins un an.

VALÈRE

Attendre !

PANDOLPHE

Nous aurons toujours bien le temps de nous entendre : Vous pouvez jusque-là, si vous le souhaitez, Continuer céans vos assiduités.

(A part.)

Voilà mon oiseau pris, et grâce à mon adresse...

PANDOLPHE

Quoi! vous ne voulez pas avancer...

PANDOLPHE

V Rien ne presse.

Vous dis-je.

VALÈRE

Mais encor !...

PANDOLPHE

C'est un point résolu.

VALÈRE

J'en suis marri pour vous, mais vous l'avez voulu. — Je vous dois maintenant faire un aveu sincère : Votre obstination l'a rendu nécessaire.

Au moins.

PANDOLPHE

Expliquez-vous.

VALÈRE

Qu'il vous agrée ou non, Il faut absolument, pour vous, pour votre nom, Que j'épouse Isabelle, et tôt.

Seigneur Valère, Que veut dire ceci?

VALÈRE

J'encours votre colère, Je le sais ; mais enfin l'instant est arrivé. Ecoutez donc. Hier, quand je vous ai trouvé, Vous avez dû penser en cette conjoncture Que le hasard tout seul avait fait l'aventure, Et qu'Isabelle et moi nous rencontrions là Pour la première fois.

PANDOLPHE

Certes, j'ai cru cela.

VALÈRE

C'est une erreur.

PANDOLPHE

Comment ?

VALÈRE

C'est une erreur, vous dis-jc !

PANDOLPHE

Vous m'allcz, j'imagine, expliquer ce prodige !

VALÈRE

Voilà tantôt six mois que nous nous connaissofis.

Vous dites...

VALERE, continuant.

Pour ne pas donner prise aux soupçons Qu'un air d'intelligence en votre âme eût fait naître, Nous avons fait semblant de ne point nous connaître ; Mais la vérité pure est que, depuis ce temps, Nous nous aimons tous deux.

PANDOLPHE

Ah ! qu'est-ce que j'entends !

VALÈRE

Ce n'est pas tout.

PANDOLPHE, enrayé.

Ho ! Ho !

VALÈRE

Bah ! ce n'est rien encore ; Ecoutez la suite.

PANDOLPHE, se promenant h grands pas. (A part.)

Ah ! madame la pécore, Vous ne nous disiez pas...

VALÈRE

Voici donc le grand point.

Apprenez...

PANDOLPHE

Qu'est-ce encor ?

VALÈRE, avec tranquillité.

Ne m'interrompez point.

(Faisant comme s'il cherchait une date.)

Un soir que vous couchiez aux champs ; c'était... n'importe! Je gagne le portier, et j'obtiens que la porte Reste entr'ouverte ; j'entre et vous laisse à penser La façon dont la nuit aura dû se passer...

PANDOLPHE

J'étouffe !

VALÈRE, de même.

Ce n'est rien. — En voici bien d'une autre ! Jugez de l'embarras que dut être le nôtre. Quand nous sûmes un jour qu'Isabelle en son sein Portait le tendre fruit...

PANDOLPHE, hors de lui.

Au meurtre ! à l'assassin !

VALÈRE

Qu'avez-vousPC'est fâcheux, j'en conviens; mais, en somme,

Tout se peut réparer, et je suis galant homme ;

Je suis riche, bien fait, et sors d'une maison

Qui peut s'enorgueillir, je crois, de son blason ;

Ma famille à la cour est en bonne posture :

Prenons donc, s'il vous plaît, jour pour la signature ;

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Concluons cette affaire, et plus tôt que plus tard : Vous ne voudriez pas d'un petit-fils bâtard.

PANDOLPHE, parcourant le théâtre avec une extrême agitation.

C'est à faire tomber un pauvre homme en démence !

(S'approchant de Valère avec fureur.)

Jarnidieu ! c'est par toi qu'il faut que je commence ! — 11 ne pouvait savoir au fait... Mais conçoit-on Que ce portier?... Tu vas périr sous le bâton, Traître !

VALÈRE, à part.

11 enrage ; bon.

PANDOLPHE

Et cette autre innocente.

Avec son petit air ! 11 faut que je m'absente Une fois par hasard, et pendant ce temps-là... La chose ne se peut passer comme cela. Si jeune ! être à ce. point astucieuse et fausse ! Par la mortdieu ! je veux qu'un cul-de-basse-fosse M'en fasse raison !

VALÈRE

, Mais...

PANDOLPHE

Vous allez me prier Pour elle, n'est-ce pas?

VALÈRE

A quoi bon tant crier?

PANDOLPHE

(Appelant.)

Je veux crier ! — Hola ! viendrez-vous, mijaurées ?

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