ARBA.TE
Faut-il le dire enfin? Le ciel à votre père
N'a fait dans Annibal qu'un funeste présent.
3'admire comme vous ce génie imposant
Qui, malgré les destins, n'écoutant que sa haine.
Fit long-temps chanceler la fortune romaine ;
Mais sa tête, déjà dévouée au malheur,
Cherche avec qui tomber, et vous choisit, seigneur.
Rome...
NICOMEDE
Que craignez-vous de Rome? Puis-je croire Que des faits d' Annibal vous ignoriez l'histoire. Et ce hardi trajet , le plus beau des exploits ? Quand vainqueur de l'Afrique, à l'âge où je me vois, Il subjugue l'Espagne, et marche vers Pyrène; C'est en vain que les dieux entre Rome et sa haine Placent les monts, les rocs, les fleuves, les marais ; Annibal franchit tout, les torrents, les forêts. Les Alpes dont la glace a hérissé la cime :
En vain, soldats, chevaux, éléphants, dans l'abyme L'un sur l'autre roulant s'entraînent, ce ffuerrier Vers le sommet du mont s'élance le premier; Et creusant des rochers la surface amollie .
Par leurs flancs calcinés il entre en Italie.