ARBAT
Que reste-t-îl alors des cent mille soldats Qu'au travers des périls, à de lointains combats Il traînait après soi du fond de la Libye ?
iriGOMEDE.
Ce qui reste? Aniiibal. Dirai-jé la Trébîe; Trasymène, témoin d'un triomphe plus beau; Cannesf, qui des Romains fut presque le tombeau ; Tant d'illustres .combats 9 de savantes retraites , Et leur pays entier fameux par leurs, défaites ? Nommerai-je les chefs qu'Annibal a vaincus ?
Non pas Sempronîus, Varron, Flaminius, Mais leurs plus grands guerriers, Gracchus et Paul-Émile; Marcellus , fier encor d'avoir pris cette ville Dont le sage Archimède avait su par son art, Mieux que tous les guerriers, défendre le rempart; Scipion , que d'un fils le généreux courage Déroba tout sanglant aux chaînes de Carthage; Enfin, vers Métapont, le sauveur des Romains, Fabius, par miracle échappé de ses mains.
ARBATE.
Loin de moi le dessein d'abaisser un tel homme ! Mais, quel était son but? c'était de prendre Rome : L'a-t-il prise ? A ce chef quels dieux en ont ôté Tantôt l'occasion , tantôt la volonté?
Il n'obtint en effet qu'une gloire stérile.
Redouté, mais errant; vainqueur, mais sans asile, D'un chimérique espoir sans cesse il a vécu ; Il fallait toujours vaincre.
NI COME Dit.
Il a toujours vaincu.
^2 ANNIBAL
ARBATE.
Heureux que la fortune à ses talents uàie..k !
ir I c o M E D E.
La fortune est toujours aux ordres du génie.
ARBATE.
En Afrique pourtant le jeune Scipion...
NICOMEDE
Quoi ! les causes, les temps , les lieux, l'occasion, Vous n'examinez rien; et, comme le vulgaire, Par l'événement seul vous jugez de la guerre ! En Italie, Arbate, osa-t-on l'attaquer?
Là, sans espoir, il voit tout secours lui inanquer; Et, d'une faction souffrant l'injuste empire, Carthage pour le perdre avec Rome conspire.
Enfin, après seize ans, seul, des siens oublié, Afrique, Espagne, impôt, soldat, place, allié, Autour de lui tout tombe , excepté son courage : Et Rome , déjà prête à renverser Carthage , N'ose pas même alors affronter le regard D'un homme qui n'a plus que son nom pour rempart, Et formidable encore, au fond de l'Hespérie, Défend, malgré les dieux, son ingrate patrie.
ARBATE.
Mais Zama...
NIGOMEDE.
Malgré lui n'y reçut-il donc pas L'ordre, le lieu, le jour, l'heure enfin des combats?
ARBATE.
Devait-il obéir?
NICOMEDE
Il eût mieux fait peut-être