ACTE IV, SCÈNE I. î8i
Moi, je célébrerai l'hymen mystérieux
Qui joint la vierge-épouse au monarque des cieux,
INÈS
Jamais un cloître obscur ne sera votre asile, Et bientôt, croyez-moi , vous régnerez tranquille. La voix d'Elisabeth m'appelle de nouveau ; Votre asile est le trône , et le mien le tombeau. Mon destin s'accomplit.
CONSTANCE
Quel étrange déhre !
" Aux malheurs inouïs qu'on a su me prédire Rien ne peut me soustraire,
•CONSTANCE
Inès , sur votre sort Rassurez- vous ; le roi...
INÈS
Tout m'annonce la mort.
Cette nuit...
CONSTANCE
Cette nuit?
INÈS
(J'en suis encor tremblante) S'avance vers mon lit la figure sanglante D'un spectre qui m'entraîne à travers des tombeaux. A la sombre lueur de deux tristes flambeaux , Là , le front couronné d'une pâle lumière , Du roi depuis six ans dormait l'auguste mère. « Ma fille , reposez , » dit-elle , « en ce cercueil. » Tobéis. Et je vois un char couvert de deuil,
i8a LA REINE DE PORTUGAL.
Plus loin que Toeil humain ne peut franchir d'espace, Sortir des longs arceaux du cloître d'Alcobace. Tout un peuple en silence a bordé le chemin.
Guerriers^ nobles , prélats, un flambeau dans la main, Suivent le char funèbre. Et, sous la voûte antique, Déjà retentissait ce lugubre cantique Qui, portant jusqu'à Dieii le cri de nos remords. Fait descendre l'espoir sous la tombe des ttiorts : Un bruit soudain me frappe; et des lueurs funèbres De mon caveau moins sombre ont percé les ténèbres. Je frissonne. Je crois que par l'ordre du ciel, De son clairon fatal , aux pieds de l'Eternel , L'ange, appelant les morts des quatre parts du monde, Vient en ressusciter la poussière féconde :
Ma tombe est soulevée; on m'appelle trois fois; Et d'un mortel chéri je reconnais la voix :
C'était lui! Non, l'enfer, dans son gouffre de flamme, N'invente rien d'égal aux tourments de mon ame , Quand la Mort, s'avançant vers mon froid monument. De sa hideuse main m'offrit à mon amant.
Je crus lui faire horreur. Mais lui, plein de tristesse, Semblait encor pour moi redoubler de tendresse; Lui-même en gémissant s'accusait de ma mort; Sa voix , sa douce voix plaignait mon triste sort : Il avait son air noble et sa grâce touchante. Enfin, avec respect, auprès de son aniante^ Je vis se prosterner le plus beau des humains; Et je sentis ses pleurs qui coulaient sur tnes mains.
CONSTANCE
Quel sort ! il est horrible. Et pourtant je l'envie.