‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 122 sur 149 · ACTE V, SCENE X. ai i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE X. ai i

CASTRO, tenant le IWre.

a Tout meurtrier, a Quel qu'il soit, doit mourir. Le sang doit s'expier. a Tout conseiller du crime en sera responsable ; a II mourra , si le roi ne pardonne au coupable. »

DOIT PÈDRE, st levant.

Cet arrêt, Alvarès, vous l'avez entendu!

BLANCHE

Dieu!

DOW PÈDRE

Que du meurtrier le sang soit répandu.

Le fer doit d' Alvarès déchirer les entrailles; Le feu , brûler son corps privé de funérailles : Jetez sa cendre aux vents.

(On entraîne Alvarès.) CONSTANCE.

Ciel!

DON PÈDRE

Et vous, Blanche, vous!

Sortez. Allez paraître aux yeux de votre époux. Oui , quoique votre front ait porté la couronne. Le roi vous condamnait ! mais Inès vous pardonne.

FIN

Page i33, V. a.

Don Pèdre la nomma « La Fontaine des larmes. »

louT ce lieu, situé près de Coïmbre, est très-célèbre. Sur la rive gauche du Mondégo est cette fontaine , qui sort d un rocher : assez près , le Jardin des larmes ou des amours; ensuite, on voit leglise de Sainte-Claire, où Inès fut enterrée. Elle commence à être attérie par un sable très-fin, déposé sans cesse par le Mondégo, qui roule lentement une onde extrêmement limpide. Plus loin se distingue un pont élevé sur le vieux pont bâti par les Romains, mais entièrement attéri par les sables du Mondégo. En traversant le pont, on voit à gauche la ville de Coïmbre; un peu plus près du pont, l'université fondée par Deniz, aïeul de don Pèdre; ensuite, deux tours bâties par les Sarrasins, et tout près, mais à droite en remontant le fleuve, un bel aqueduc bâti par les Maures : en redescendant vers le Mondégo, on trouve des oliviers, ensuite des rochers, et, presque en face de la Fontaine des larmes , la Vallée des regrets; sur le bord du fleuve sont des orangers.

2i6 NOTES.

Page 134) v. i4-

Ce qu'ils seront? dit-il : l'un roi de Portugal.... L'autre....

Don Juan , fils de don Pèdre et dlnès , devait régner après la mort de Ferdinand , fils de Constance ; mais au moment de la vacance du trône, il se trouva malheureusement en Castille, où il fut arrêté et emprisonné par Tordre du roi, qui prétendit avoir des droits au trône de Portugal.

Léonûre, petite-fille dlnès et de don Pèdre, épousa Ferdinand, surnommé le Juste, qui fut roi d'Aragon et de Sicile.

Page i35, v. 17.

Inès est de don Pèdre épouse légitime.

Les personnes instruites de Thistoire de Portugal savent bien que c'est Constance qui a été déclarée publiquement l'épouse de don Pèdre, quoique don Pèdre , suivant les apparences, ei^t aimé déjà Inès avant d'épouser Constance. En eiffet, ce fut le fils de Constance et de don Pèdre qui, sous le nom de Ferdinand P', succéda à don Pèdre. Cependant le fils d'Inès et de don Pèdre pouvait régner avant Ferdinand , comme don Juan,^ grand-maître de l'ordre d'Avis, sous le nom de Jean T^, succéda à Ferdinand, au préjudice des enfants d'Inès, puisque Jean I*"" n'était le fils que de Thérèse, troisième épouse de don Pèdre.

NOTES. ai7

Oo pourrait encore répondre à des censeurs, partisans trop séFères de l'histoire, qu'il s'agit dans cette tragédie de J'épouse qu'Alphonse, après la mort de Constance, Toulait donner à don Pèdre, et qui, comme Constance, était petitcrfille de saint Louis.

Page i5i, V. ao.

Ma mère à l'Arçigon , la vôtre à la Castille.

Deniz, père d'Alphonse, épousa, en 1280, l'infante Elisabeth, fille de Pierre III, roi d'Aragon. Alphonse épou«a, en i3ii, l'infante Béatrix, fille de Sanche IV, roi de Castille.

Page x5i, V. 23.

Quand notre nation, fière, active, éclairée, Entre la vaste mer et les mont^ trop serrée, Ne peut plus en Europe étendre son pouvoir.

Je n'ai pu que faire entrevoir la découverte des Indes , qui n'eut lieu que i4o ans après la mort d'Alphonse. Sous le règne de ce prince, et sous celui de don Pèdre, la marine portugaise n'était rien encore.

Page 1 5a, V. 19.

Combien de sang paya TafFront que sans pudeur Le roi de la Castille a versé sur ma sœur!

Que de sang pour Constance allait couler encore, Si , l'éloignant du roi , l'indigne Léonore , etc.

Donna Marie, fille d'Alphonse IV, roi de Portugal, deu]| ans après son mariage avec Alphonse XI, roi de

2i8 NOTES.

Castille) fut sacrifiée, malgré sa jeunesse, ses vertus et sa beauté, à Léonore de Gusman, qui, à l'âge de trentequatre ans au moins , très-belle encore , mais surtout ambitieuse, abusa de son pouvoir sur le roi au point que Donna Marie n eut plus la liberté de parler à son époux , quen la présence de sa maîtresse : alors elle s'en plaignit hautement, et quelque temps après elle fut obligée de se réfugier auprès de son père, le roi de Portugal. Celui-ci menaça le roi de Castille , et lui déclara la guerre, qui nç tarda pas à se ralentir. Bientôt le roi de Portugal fit demander en mariage pour don Pèdre, son fils. Constance, fille de Manuel. Le roi de Castille reçut très-bien les ambassadeurs du roi de Portugal, ainsi que les présents d'usage, et parut consentir à cette union : mais , au moment où Constance allait sortir de ses états , il la fit enfermer au château de Toro. Ensuite il proposa à Constance de l'épouser, en l'assurant qu'il répudierait Donna Marie , fille du roi de Portugal , sous prétexte de parenté. Mais Léonore , qui redoutait encore plus la beauté de Constance que la guerre, lui dit qu'il ne fallait pas offenser à la fois don Manuel, le roi de Portugal et le ciel. La guerre continua, et quelque temps après, le roi de Castille fut contraint de renvoyer avec honneur Constance en Portugal.

Page i54, v. a.

C'est du bonheur du peuple et non du fol amour Qu'un prince à l'Eternel doit rendre compte un jour.

Alphonse dit à peu près à don Pèdre ce qui lui avait

NOTES. ai9

été dit à lui-même peu de temps après qu'il fut monté sur le trône. Un amour effréné de la chasse lui fit d'abord négliger ses devoirs, au point que les ministres lui re» présentèrent respectueusement que Dieu ne lui demanderait pas compte dés bétes qu'il aurait tuées , mais des soins qu'il se serait donnés pour gouverner sagement. Ces plaintes parurent téméraires à Alphonse, qui répondit très-yiyement aux ministres. Eux lui répliquèrent froidement qu'ils seraient obligés.... A quoi? interrompit Alphonse. — A choisir un autre roi, Alphonse , irrité contre eux, sortit du conseil; mais, après quelques réflexions, il reconnut l'importance de l'avertissement. Heureux les ministres qui ont de tels rois à conseiller, mais plus heureux encore les rois qui ont de tels ministres !

Page i57, v. 5.

Ferdinand et Louis, tes augustes aïeux,

Du ciel en ce moment sur toi jettent les yeux;

Puisse de ces rois saints, etc.

Juan Manuel, père de Constance, était petit-fils de Ferdinand-le-Saint, roi de Castille. La mère de Constance était petite-fille de saint Louis , roi de France.

Page i6o, V. 4.

Qui sut, rendant Tespoir à la Castille entière, Dompter à Tarifîa deux cent mille Africains.

C'est la fameuse bataille livrée à Tariffa en 1377, sur les bords d'une petite rivière nommé la Salado , qui

donna son nom à cette bataille. Alboacem envoya par toute l'Afrique des hommes qu*il estimait les plus dévots et les plus zélés entre les musulmans , afin d exciter lés peuples à prendre les armes pour la défense et l'accroissement de la religion de leurs ancêtres : ce fut une véritable croisade contre les chrétiens. Si Ion en croit les historiens espagnols et portugais , qui probablement ont exagéré les forces des ennemis, Alboacem assembla soixante et dix mille chevaux, quatre cent mille hommes d'infanterie, et composa une flotte de douze cent cinquante vaisseaux. Ce terrible appareil de guerre épouvanta le roi de Gastille , qui fit partir Donna Marie , son épouse, pour demander des secours au roi de Portugal, père de cette princesse. Alphonse promit de se mettre lui-même à la tête de ses troupes ; les deux rois sacrifièrent leurs querelles, et engagèrent dans leur ligue le roi d'Aragon. Le pape permit une croisade contre les Africains , à condition qu'on bâtirait des églises.

Le roi de Portugal arriva à Séville avec ses troupes. Sa présence dissipa la terreur qui y régnait. On tint un conseil où déjà l'on était d'avis de ne pas attaquer les Maures et de leur abandonner TarifFa, si la prise de cette ville pouvait les apaiser, lorsque Alphonse IV, roi de Portugal , se leva , et dit qu'il ne consentirait jamais qu'on abandonnât la moindre place aux infidèles; qu'il n'était pas sorti avec ses troupes de son royaume pour rester oisif, mais pour combattre, et pour préserver les chrétiens des fers dont les infidèles les menaçaient. La bataille s'engagea avec fureur : Alphonse y mérita le surnom de Brave : deux cent mille Maures périrent dans

NOTES. aat

Tactioa, tandis que les chrétiens ne perdirent que trente hommes.

La Clède^ historien estimé, qui ma fourni une grande partie de ces notes, trouve le fait incroyable, mais dit qu'il est attesté par tous les historiens du temps.

Page 160, V. 26.

Sachez que la justice est ma suprême loi.

Don Pèdre publia des lois, des ordonnances trèssages pour corriger les lenteurs, Tayarice et la cupidité des juges et des avocats. Par une de ses ordonnances, tout juge qui se serait laissé corrompre était digne de mort.

Il fit respecter la justice, peut-être même trop sévèrement. Un huissier s étant plaint qu'un gentilhomme lui avait donné un coup de poing, et lui avait arraché la barbe, lorsqu'il lui signifiait un exploit, don Pèdre ^ voyant près de lui le corrégidor, lui dit: Jai reçu un soufflet, et on m*a arraché la barbe. Le corrégidor comprit ce que le roi voulait dire; il sortit, fit arrêter ce gentilhomme, qui eut la tête tranchée. Voici un second exemple assez remarquable. Un prêtre, aveuglé par la colère, tua un maçon : le fils se plaignit aux magistrats; et les juges interdirent le prêtre de ses fonctions pour un an. Don Pèdre, informé de ce jugement, fit dire en secret au fils du mort qu'il pouvait se yenger du meurtrier de son père, ce qu'il exécuta. Lorsqu'on voulut faire signer au roi l'arrêt de mort prononcé contre le meurtrier, don Pèdre commua la peiné, en lui interdi-

aaa NOTES.

sant pour un an Fexercice de son métier. Par là il fit connaître qu il était^ instruit de tout ce qui se passait dans son royaume, et ce jugement contint tout le monde dans le devoir.

Au reste, don Pèdre était généreux, et connaissait l'art de donner. Il soulagea le peuple de plusieurs impôts, en disant qu'un prince ne pouvait jamais manquer lorsqu'il savait ménager ses revenus et dispenser ses grâces à propos. Il aimait non seulement à iihposer par un air majestueux, mais à plaire : il faisait part au peuple de ses plaisirs; et lorsqu'il arma chevalier don Juan Alphonse Telle, il fil établir plusieurs jours de suite des tables pour le peuple, et lui-même dansa publiquement avec tous ses courtisans, persuadé que rien ne pouvait dégrader la majesté du trône lorsqu'il s'agissait d'honorer la vertu. Ses largesses ne l'empêchèrent pas de laisser des richesses immenses à son successeur. Il est vrai qu'il avait joui d'une paix continuelle : et c'est dans la paix que les princes qui savent régner et qui ont de bons ministres réparent leurs finances épuisées. A sa mort, on eût dit que la joie publique, le bonheur et la prospérité de. l'état eussent été ensevelis avec don Pèdre; et Ton entendait dire partout qu'un tel roi ne devait jamais naître, ou qu'il ne devait jamais mourir.

Page i6a, v. 17.

Inès est mon épouse, elle a reçu ma foi.

Du temple de Garda , Jules vint à Bragance, etc.

Don Pèdre, en présence des seigneurs les plus cod-

NOTES. a23

sidérables du royaume, du clergé et du nonce du pape, jura solemnellement qu'il avait épousé, dans la yille de Bragance, Inès de Castro; il cita dom Gilles, évéque de Garda, et son chambellan Estévan Lobato. Us confir-mèrent par serment la vérité de la déclaration di; roi. L'évéque de Lisbonne et les grands déclarèrent au peuple le mariage de don Pèdre et dlnès. On publia les preuves, et la bulle de Jean XXII, que don Pèdre avait obtenue sous main , et qui lui accordait les dispenses nécessaires au mariage. Les enfants dlnès furent déclarés habiles à succéder à la couronne. L original fut déposé aux archives de Lisbonne.

Page i68, v. 23.

Tantôt en vers divins sa voix chantait sa flamme.

Don Pèdre composait des vers, à l'imitation des poètes provençaux qui, dans ce temps-là, faisaient fleurir en France lart de la poésie. On trouve ses pièces de vers dans les recueils des poètes du temps. Il savait plusieurs langues! Il établit à Goïmbre une académie des sciences et des beaux-arts, où il attira de toute l'Europe les plus savants hommes de son siècle.

Page 170, V. 2.

Viens, Inès; du palais Castro garde les portes.

Don Pèdre, secondé de Castro, frère dlnès, ravagea la province de Tras-os-Montes , parce que les assassins d'Inès y avaient tous leurs biens. Déjà ils marchaient

2a4 NOTES.

vers Porto dans le dessein de s'en rendre maîtres, lorsque Bëatrix, mère de don Pèdre, accompagnée de quelques prélats de la province d'entre Douro et Minho, et de Tras-os-Montes, effrayée des troubles qu'une pareille guerre allait causer, remontra au prince que, s'il ne réprimait sa colère, il allait perdre un royaume florissatit dont il était déjà presque le maître ,*puisque Alphonse, respectable par sa vieillesse et plus encore par ses grandes actions, touchait, pour ainsi dire, à ses derniers jours. Rien ne put fléchir don Pèdre; il ne voulait point de paix, à moins qu'on ne lui livrât le grand sénéchal Alvarès, Lopez, seigneur de Ferreira, et Coello, auxquels le roi Alphonse avait ordonné d'assassiner Inès. Alphonse refusait avec fermeté de consentir à un sacrifice aussi déshonorant pour lui. Cependant le Portugal était dans une affreuse consternation; chacun, dans l'espérance de profiter du trouble , prenait le parti du père ou du fils. On trouva enfin un moyen de satisfaire en partie don Pèdre : on exila hors du royaume les meur-* triers d'Inès, mais comblés de richesses par Alphonse. Dès qu'ils furent partis, don Pèdre mit bas les armes, et revint à la cour, où tout lui obéit.

Page i8o, V. i5.

Je veux apprendre à vivre, à mourir comme toi, O noble Elisabeth, mère auguste du roi.

Fleury, dans le tome xix de son Histoire ecclésiastique, dit qu'Elisabeth, femme de Detiiz, fit le voyage de Saint-Jacques en Galice, habillée en pauvre pèlerine.

à pied, et demandant l'aumône, accompagnée seulement de quelques femmes vêtues comme elle.

Page iSa, v. i.

... Et je vois un char couvert de deuil, Plus loin que Tœil humain ne peut franchir d'espace, Sortir des longs arceaux du cloître d'AIcobace.

On alla chercher d'Alcobace à Sainte-Claire, près de Coïmbre, le corps dlnès, qui fîit transporté au monastère d'Alcobace sur un magnifique char funèbre, que suivirent les plus grands seigneurs de la cour et les dames les plus qualifiées. Les hommes avaient la tête couverte d'un capuchon , signe de deuil en ce temps-là ; et les femmes portaient de grandes mantes blanches , avec de longues robes traînantes. La pompe funèbrC' marchait entre deux files de flambeaux , que tenait toute une population rangée des deux côtés depuis Coïmbre jusqu'à Alcobace, environ l'espace de dix-sept lieues.

Page 189, V. 16.

Béatrix, votre épouse, avait, seigneur, un frère: De l'hymen de sa fille il honora mon père.

Ferdinand Ruy de Castro, aïeul dlnès, avait épousé Violente Sanchez, fille bâtarde de don Sanche-le-Brave, frère de Béatrix, reine de Portugal, mère de don Pèdre.

aà6 NOTES.

Page 192, V. la.

Viens dans mes bras, Inès!

Alvarès, Lopez Pachéco et Pierre Coello, ennemis de la famille des Castro, inspirèrent au roi le dessein de faire assassiner Inès, et l'exécution n'en fut retardée que par l'irruption soudaine que firent dans les Algarves les Maures conduits par Aboumélie, fils d'Alboacem. Dès que ce prince fut vaincu, les conseillers du roi l'irritèrent contre Inès, et lui représentèrent sa mort comme nécessaire au bien de l'état. Alphonse, affermi dans le dessein de faire périr Inès , partit de Montemayor pour se rendre auprès de Goïmbre, où elle habitait alors. L'Infant était à la chasse lorsque le roi arriva à Coïmbre. Inès, ayant appris que le roi était arrivé, et qu'il venait au palais qu'elle occupait , dans le dessein de la faire mourir, s'avança jusqu'à la porte; là, elle se jeta à ses pieds, et lui présenta trois enfants qu'elle avait eus de son fils : elle et ses enfants embrassèrent les genoux du roi. La beauté d'Inès, celle de ses enfants, attendrirent le cœur d'Alphonse; il n'eut pas le courage de faire exécuter son projet. Il retourna à Coïmbre , où Alvarès et les autres ennemis d'Inès le firent rougir de sa faiblesse. Alphonse, n'ayant plus devant les yeux l'objet qui avait ému son cœur, donna son consentement au meurtre d'Inès. Les trois seigneurs retournèrent au palais , et y poignardèrent l'infortunée Inès, qu'ils laissèrent expirante entre les bras de ses femmes.

NOTES. aa7

Pagefto4y V. i3.

Vont vous percer le cœur, et, de sang dégouttantes. L'arracher par lambeaux de vos chairs palpitantes.

Avant de demander au roi de Castille les assassins dlnès, don Pèdre les déclara traîtres à la patrie, et fit confisquer leurs biens. Le roi de Castille, don Pèdrele-Cruel, consentit à les remettre entre les mains de don Pèdre, qui fit appliquer à la question Alvarès et Coello, et, par une fureur excusable peut-être dans un amant, mais indigne d'un roi, jfrappa dun coup de fouet au visage Coello. II les fit conduire tous deux sur lecha* faud devant les fenêtres du palais , d'où il reput ses yeux du spectacle le plus cruel et le plus terrible dont on eût jamais ouï parler en Portugal. On arracha le cœur de ces deux misérables encore vivants , à l'un par le sein , à l'autre par les épaules ; ensuite on brûla leurs cadavres, et leurs cendres furent jetées au vent. C'est six ans après la mort d'Inès que don Pèdre donna des témoignages d'un amour si profond pour elle, et d'une rage si extraordinaire contre les assassins de son amante.

Page 209, V. 5.

Près dlnès, que mes yeux n'osent plus regarder, Le trône m'attend; viens.

Don Pèdre se transporta dans l'égUse de Sainte-Claire, où il fit exhumer le corps de sa chère Inès , qu'on re-

vêtit des habits les plus magnifiques. Il fit élever deux trônes, sur l'un desquels fut placée Inès, portant une couronne sur la tête. Il ordonna à tous les principaux seigneurs de la cour, convoqués exprès, de la reconnaître pour souveraine, et de baiser, les uns disent sa main, les autres sa robe.

DonPèdre fit dresser deux tombeaux de marbre blanc, enrichis d ornements d'une sculpture très- soignée. Il destina l'un pour lui, l'autre pour Inès, qu'il fit représenter en grand sur son tombeau, et le front couronné , afin qu'après sa mort elle régnât dans la mémoire des hommes comme elle avait régné dans son cœur. Ces tombeaux furent placés dans le monastère d'Alcobace. Don Pèdre, prêt à mourir, ordonna que son corps fit transporté dans son tombeau , près de celui d'Inès.

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