SCENE IL
ANNIBAL
Qiîe me font ces honneurs , ces vœux, ces sacrifices? Ai-je donc en effet les dieux assez propices Pour aller de présents surcharger leurs autels ? Et que peut demander ce peuple aux immortels, Que Pergame conquise expire dans la flamme ?
a6 ANNIBAL.
Dieux, exterminons Rome! et conservez Pergame : C'est Rome que je hais. Oui, quand de toutes parts, Du haut de TAveûtin prolongeant mes regards, J'aurai vu devant moi les légions romaines Ne fuir que pour trouver ou la mort ou des chaînes; D'un sacrifice alors donnant l'heureux signal : Rome en cendres, voilà l'offrande d'Annibal ! Que dis-je? vœu tardif, espérance frivole!
Il me fallait marcher de Canne au Capitole, Quand, sur le Vergellus, je vis mes Africains Se faire un pont nouveau de cadavres romains , Écrasant tout, consuls, légions et cohortes : Mes mains de Rome alors pouvaient briser les portes; Alors je commandais d'invincibles guerriers.
Je ne t'enverrai plus de superbes courriers, Carthage ! elle a péri notre fortune antique : Mon frère n'ira plus sur ta place publique, Près d'un sénat jaloux, trois fois, à pleins boisseaux, Des chevaliers romains répandre les anneaux.
J'ai parcouru l'Afrique, et l'Europe, et l'Asie, 3'ai voulu contre Rome armer leur jalousie; Tout lui cède : et moi seul , en ma haine affermi , En vain dans l'univers lui cherche un ennemi. Mais d'un roi cependant j'obtiens la confiance ; Et son fils, qui de Rome abhorre la puissance, Prête à mes plans contre elle un soutien assuré. J'ai su gagner aussi le pontife sacré Qui d'un ciel plus clément m'a promis les présages; Il fut séduit par l'or qu'enferment les images Des grands dieux qu'avec moi je traîne, et dont le sein