‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 134 sur 149 · LOUIS DE LEON · texte numérisé non relu

LOUIS DE LEON

L'effroi, les flammes vengeresses,* La désolation, la guerre, le trépas,

Rodrigue, en tes coupables bras

Voilà , voilà ce que tu presses !

Source horrible de maux pour toi , pour tes soldats !

Pour ceux dont la terre féconde

Voit l'antique Bétis rouler avec fierté, Pour le Lusitain indompté , Ceux chez qui l'Ebre épand son onde,

Enfin la triste Espagne en son immensité !

Julien, plein d'impatience.

Est déjà dans Cadix ; il veut sacrifier

Sa renommée à sa vengeance ;

Et sa perfide diligence Contre un roi ravisseur appelle un peuple entier.

Entends-tu la trompette altière

Qui porte jusqu'au ciel ses terribles accents?

L'Arabe, l'Afrique guerrière.

Tout se rassemble; et leur bannière

Est déjà déployée , et flotte au gré des vents.

Le Maure, de carnage avide, Déjà brandit sa lance, et, suivant ses drapeaux.

Frappe l'air d'un glaive homicide ;

Je vois en un moment rapide Naître un immense amas d'innombrables vaisseaux.

a54 POÉSIES ESPAGNOLES.

Cubre la gente el suelo, Debaxo de las vêlas desparece La mar, la voz al cielo Confusa y varia crece ; El polvo roba el dia, y le oscurece.

Ay! que ya presurosos Suben las largas naves! ay! que tienden Los brazos vigorosos A los remos , y encienden Las mares espumosas por do hienden.

El Eolo derecîio

Hinctie la vêla en popa; y larga entrada Por el Herciîleo estrecho, Con la punta acerada,

£1 gran padre Neptuno da à la armada.

Ay triste ! Y aun te tiene El mal dulce regazo ? Ni Uamado Al mal que sobreviene No accorres? Ocupado No ves ya el puerto a Hercules sagrado ?

Acude, corre, vuela, Traspasa el alta sierra, ocupa el llàno, No perdones la espuela, No des paz a la mano , Menea fulminando el hierro insano.

LOUIS DE LÉON. a55

Les hordes couvrent le rivage ; Sous les voiles la mer disparaît à son tour;

De cris et d'un confus langage ^ L'air frappe résonne à l'en tour; La poussière obscurcit et dérobe le jour.

Vois de quelle ardeur prompte et vive Tous, se précipitant, montent leurs longs vaisseaux! Leurs bras nerveux à coups égaux Frappent l'onde ; et la rame active Fait d'une ardente écume étincelèr les eaux.

D'un souffle à leurs vœux favorable, Eole enfle la voile; et, d'une forte main.

Mouvant son trident formidable , Neptune à ce peuple indomptable , Par le détroit d'Hercule, ouvre un large chemin:

Malheureux ! ton cœur faible et tendre Brûle encor, quand un peuple, au désespoir livré. T'appelle en vain pour le défendre! , Quand l'Arabe vient de descendre Au port que de son nom Hercule a consacré!

Quitte un fol amour; va, cours, vole, Franchis le mont, la plaine, occupe le chemin; Presse ton coursier, frappe , immole , Arme contre un peuple inhumain. Arme d'un glaive en feu ta foudroyante main.

Ay ! quànto de fatiga !

Ay quànto de dolor esta présente Al que viste loriga , Al infante valiente,

A hombres y caballos juntamente !

Y tu , Bétis divino , De sangre agena y tuya amancillado, Darâs al mar vecino Quànto yelmo quebrado!

Quànto cuerpo de nobles destrozado !

El furibundo marte Cinco luces las haces desordena , Igual à cada parte:

La sexta! ay! te condena O cara patria, à bàrbara cadena.

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