‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 53 sur 149 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

J'ai cru sauver le roi, vous sauvant de leurs mains.

ANNIB AL

Et coupable envers lui d'une si grave offense, Rebelle enfin, le roi vous surprend sans défense! Vous avez donc, vainqueur et sortant des combats, Vous-même renvoyé vos gardes , vos soldats?

IVIGOMEDE.

Avec quel art profond et quel adroit langage. Menaçant les Romains, vantant notre courage, Il offrit aux guerriers un repos glorieux !

Comme il sut, élevant Annibal jusqu'aux cieux. Du cœur d'un fils trompé bannir la défiance!

Mais craignez du Romain quelque lâche vengeance; Partez.

AITNIBAL.

Croyez-vous donc qu'un monarque irrité.

Quand son ordre à son fils ravit la liberté.

Laisse la mienne entière, et souffre que l'armée A délivrer son fils par moi soit animée ?

Eh bien! qu'il se condamne à souffrir des mépris; Qu'il serve : c'est vous seul, vous que je plains, mon fils, Digne de plus de gloire, et d'une autre fortune. Des princes que j'ai vus l'ame faible et commune Toujours au nom de Rome a tremblé devant moi ; ' Je n'ai que dans vous seul trouvé l'ame d'un roi. Si l'univers entier brigue un lâche esclavage, Je mourrai libre.

NICOMEDE

Et moi , de Rome indigne otage , Sans guide , sans espoir, et la mort dans le sein ,

74 ANNIBAL

Seul, pleurant Annibal, je verrai ce Romain, Qui , pour me consoler, me promettra peut-être Un sceptre criminel , teint du sang de mon maître. Dieux I

ANNIBAL

Oïl donc est ce cœur dans les maux affermi?

Quoi! vous pleurez?

NICOMEDB.

Ma faute a perdu mon ami , Et vous vous étonnez que je verse des larmes!

ANNIBAL

Ton amitié pour moi n'est pas sans quelques charmes. Pour les maux des humains j'avais peu de pitié ^ Même pour mes malheurs : mais ta vive amitié. Au moment où je souffre une cruelle injure, De mon ame ulcérée adoucit la blessure.

NIGOMEDE.

Tandis qu'en votre honneur tout un peuple joyeux De ses cris triomphants fait retentir les cieux , La garde du palais vous menace peut-être.

Je crains Flaminius; oui, je crains que ce traître, Aide d'Arbate, ici ne vous vienne accabler. Tous deux, même à présent...

ANNIBAL

Cessez de vous troubler.

Prince , j'ai mes desseins.

NIGOMEDE.

Non, rien ne me rassure; Je crains la trahison, l'intérêt, le parjure. Quels que soient leurs projets, je ne vous quitte pas;

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