ACTE V, SCENE L
Qu'ils viennent) tout sanglant y m'arracher de vos bras !
ANNIBAL
Je veux seul...
NIGOMEDE.
Comment même assurer votre fuite?
A^irNIfiAL.
Laissez-moi de mon sort régler seul la conduite.
NIGOMEDE.
Ils viendront...
AiririBAL.
Écoutez. Redoutant à la fois Et la haine de Rome , et la faveur des rois , Je voulus, une nuit, sous leurs plus sombres voûtes, Des tours de ce palais sonder les longues routes ; J'observais tout : je crus m'aperceyoir enfin Qu'un mur devait fermer un conduit souterrain ; Il s'ouvrit sous le fer; et bientôt , avec joie. Je vis se prolonger une secrète voie.
Dont l'oblique détour conduisait vers le port.
NIGOBIEDE.
Suivons l'heureux chemin que nous offre le sort. Bientôt tout recevra vos ordres, je l'espère. Venez.
AITNIBAL.
Moi, prince, armer le fils contre le père!
NIGOMEDE.
Un père! Ah, le héros qui daigne me former, Qui me guide à la gloire, et me la fait aimer, Qui, lorsque tant de rois sont indignes de l'être. Seul m'instruit à régner, est mon ami, mon maître.
76 ANNÏBAL.
C'est mon père. Marchons; qui peut nous retarder? Quand on a tout à craindre, il faut tout hasarder.
AITNIBAL.
Non, prince.
iriGOMEDE.
Mais je crains un complot homicide, Le roi même.
ANKIBAL.
Son cœur est faible, et non perfide.
NIGOMEDE.
C'est moi seul qui vous perds.
AITNIBAL.
Non ; croyez-moi, mon fils , Ce n'est point vous; c'est Rome, et les dieux ennemis.
NIGOMEDE.
Vous me quittez ! .
ANNIBAL
Je dois, au risque de ma vie, Dans ses propres remparts défendre ma patrie. Ses enfants, quels qu'ils soient, de son sein exilés. Sans doute en ses remparts vont être rappelés. Rome a juré, dit-on, de détruire Carthage :
Le temps me permet-il de tarder davantage ?
(U ôte son casque.)
Voyez ces cheveux blancs ; elle est près de périr ; Je pars : de moi, cher prince, apprenez à souffrir.
NIGOMEDE.
Tout l'opprime, les siens, Roirie, et moi : son courage S'affermit sous le faix du malheur et de l'âge.
ANNIBAL
Dans tes nobles travaux , ô mon dernier appui ,