‹ Poésies de Firmin DidotChapitre 56 sur 149 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Osez vaincre. Par vous Rome ëtait menacée; Oubliez-vous ainsi cette haute pensée ?

PRUSIAS

Puis-je y songer ? voyez les périls que je cours , I^s vôtres même. Eh quoi! si, malgré vos secours, Mes ennemis vaincus renaissent de leur cendre, SeuJ contre eux, loin de vous, pourrai-je me défendre? Souffrez que dans la paix coulent mes derniers jours, Ânnibal ; votre haine eut un assez long cours : Dans cet âge où pour nous le repos a des charmes, Pourquoi chercher la mort, tandis que, sans alarmes, Libre enfin des dangers où vous voulez courir...?

AmriBA.L.

Une m'importe point de vivre ou de mourir; Il m'importe de vivre et mourir avec gloire.

Moi! chercher le repos, moi! pouvez- vous donc croire Que sous le poids des ans je languisse énervé ? Fils du grand Amilcar, dans sa tente élevé.

Le travail des soldats avait pour moi des charmes; La terre était mon lit; jour et nuit sous les armes, Dompter la soif, dormir couvert d'un bouclier. Dresser pour les combats le plus fougueux coursier, Le front nu, défier et les vents et l'orage.

Gravir les monts, franchir les fleuves à la nage ; Tels ont été mes jeux : les armes , les drapeaux , Sont mes plaisirs, pour moi la guerre est un repos. Je devais, par votre ordre, attaquer l'Italie; N'accomplirez-vous pas le serment qui vous lie ?

PRUSIAS

Mais d'un fils imprudent le zèle factieux

8o ANNIBAL.

A de Rome irritée ouvert sur moi les yeux.

Pour s'engager d'ailleurs dans une telle guerre, Il faut de l'or.

ANNIBAL

Du fer; l'or est moins nécessaire.

Nos guerriers sauront bien, en marchant aux combats, Vivre de ce qu'ils ont , trouver ce qu'ils n'ont pas,

PRUStAS.

Mais de surprendre Rome avons-nous l'espérance? Quel roi peut avec nous tenter une alliance?

Il est temps, croyez-moi, de goûter en ces lieux. Après tant de périls, un repos glorieux : Rien ne troublera plus votre vie inquiète , Pourvu que du pays qui vous sert de retraite Vous fassiez le serment de ne jamais sortir ; J'ai pensé qu'un héros voudrait y consentir : Oui, Rome enfin permet que dans la Bithynie Annibal, plein de gloire, achève en paix sa vie.

ANNIBAL

Ainsi sans mon aveu vous disposez de moi?

PRUSIAS

Tout est changé. Cédez aux prières d'un roi.

ANNIBAL

A mon premier serment mon ame est enchaînée.

Mon père (alors j'entrais dans ma dixième année) Au temple de Junon sacrifiait un jour; J'y servais les autels : « Quitte enfin ce séjour, Viens dans les camps, » dit-il. Soudain son œil s'anime; Et me prenant la main : « Jure sur la victime

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