ACTE V, SCENE III. 8i
Que de Rome à jamais tu seras l'ennemi ! »
Je l'ai juré : toujours dans mon ame affermi Ce serment m'a, lui seul, chassé de ma patrie, A traîné ma vieillesse au fond de la Syrie, M'a conduit suppliant jusqu'en votre palais; Je suis ha! de Rome autant que je la hais.
J'en atteste les dieux et les mânes d'un père; J'irai chercher, seigneur, aux bornes de la terre, Des rois qui d'un œil fixe osent voir les Romains : Et, s'il n'est aucun d'eux qui me prête les mains, faurai vécu fidèle au serment qui m'enchaîne; Et mon dernier soupir exhalera ma haine.
PRUSIAS
Et voilà les fureurs qui d'un fils trop ardent
Exaltent tous les jours l'esprit indépendant!
Un autre vœu fermente en son cœur irritable ,
Et mon fils à vos plans prête un appui coupable.
Le prince est las du joug : pour lui rien n'est sacré;
Par des soldats son trône est déjà préparé ;
Mais ses nouveaux sujets pourraient, dans la journée,
Voir tomber dans leurs rangs sa tête couronnée.
Annibal, m'a-t-on dit, l'excite contre moi.
AIÏNIBAL.
S'il était vrai, seigneur, votre fils serait roi. A qui m'ose imputer une action si noire J'oppose un seul témoin.
iPRUSTAS.
Et quel est-il?
4NNIBAL.
Ma gloire.
8a ANNIBAL.
Pour gagner votre esprit je n'ai rien oublié. J'ai fait parler en vain la voix de l'amitié ; Votre ame ne connaît qu'une haine implacable: Je vais parler en roi. L'ordre est irrévocable. Avec Rome, à présent, je prétends vivre en paix: Qu'Annibal y consente, il peiit, en mon palais, Compter sur mes égards et ma ^connaissance.
S'il veut chez d'autres rois porter son espérance , Mes trésors sont ouverts ; qu'il parle : des soldats Aux lieux qu'il doit choisir assureront ses pas.