ACTE V, SCÈNE V
Délivrons les Romains du tourment de la peur. Que leurs mœurs ont changé! D'un lâche empoisonneur Fabricius jadis sauva le roi d'Épire; Et, palissant d'effroi, tant qu'un vieillard respire, Le sénat des Romains^ aujourd'hui sans pudeur, Du rôle d'assassin charge un ambassadeur!
(Hiarbas est rentré.)
Donne, il est temps.
HIARBAS.
J'hésite , et ma foi chancelante. . .
ANIfIBAL.
N'est-ce donc pas assez que ma tête sanglante , Déjà promise à Rome, aille, sur ses remparts, D'un peuple curieux repaître les regards?
Tu veux encor, tu veux que Rome, ivre de joie, Tieziiie Annibal vivant, qu'elle insulte à sa proie^ EtqiLej dans ses cachots, d'affronts rassasié, 3'obtienDe enfin la mort d'un moment de pitié. I{*entends-tu pas des cris ? on vient. .. Le poison !. . Donne!.. Un ami t'en conjure; Annibal te l'ordonne.
HIARBAS.
lobéis à regret.
Mon sort est dans mes mains !
J'expire du moins libre , et j'échappe aux Romains.
(Il 8*aMied, et prend le poison.)
Je meurs; d'un prince ingrat mon trépas est l'ouvrage. Hiarbas , va l'apprendre à l'ingrate Carthage. Mais, avant de quitter ce rivage odieux ,
86 ANNIBAL
Prononce sur mon corps les funèbres adieux.
Tombe sur Prusias la peine de son crime !
HIARBAS.
(n s*approche d'Annibal avec respect.)
Salut, et pour jamais adieu, noble victime, Annibal, dont le nom vivra chez les humains ! Adieu , grand Annibal , la terreur des Romains !
(n 8*éloigne un peo.) ANNIBAJ..
Rome! Annibal mourant te livre enfin la terre. Entends les derniers mots que sur toi je profère. Bientôt tes fils, rivaux en leurs ambitions , Vont, te forgeant des fers, venger les nations; Oui, tu verras les lois se taire sur les crimes. Et, tantôt vils bourreaux, tantôt lâches victimes, Les Romains, à Tenvi , hâtant ton jour fatal , Surpasser et la haine et les vœux d' Annibal.
HIARBAS.
Flaminius s'approche ; et sa coupable audace...
AITNIBAL.
Flaminius s'approche! O dieux, je vous rends grâce! Je puis, en expirant, immoler ce Romain.
( n met son casque et prend son épée.)
Gopgle