SCÈNE VIL
ANNIBAL, NICOMEDE, FLAMINIUS, ARCAS, HIARBAS, soldats.
IflCOJtfEDE, suivi de ses guerriers, et poursuivant Flaminios.
Tu voudrais fuir en vain. Enchaînez ce perfide, Soldats! et de son sort qu'Annibal seul décide.
( Marchant vers Annibal. )
Vous êtes maître ici; guidez notre valeur,
Nous vous suivrons partout. Quelle horrible pâleur!
Dieux ! je vois de la mort les approches certaines !
Hiarbas!
HIARBAS.
Le poison a coulé dans ses veines ; Craignant les fers...
iriGOM£D£.
Ainsi tu viens, lâche Romain,
88 ANNIBAL
Porter sur Annibal ta sacrilège main !
Un tel crime*,.!
FLAMINIUS
J'ai fait ce que m^ordonnait Rome.
NIGOMEDE.
Rome ! Égorgez le traître aux pieds de ce grand homme. Soldats!
Laissez en paix ce Romain abhorré Traîner dans sa patrie un nom déshonoré ; Qu'il aille à son sénat se vanter de èon crime. Prince , je ne veux point d'une telle victime.
NICOMEDE
Sors.
(Flamioias sort.) ANNIBAL.
Il ne m'a point vu succomber sous ses yeux.
Je meurs. Soldats , amis , recevez mes adieux.
Approchez, Nicomede, et prenez cette épée, Qui du sang des Romains fut tant de fois trempée. Puisse encor ce présent à Rome être fatal !
Je la tiens d'Amilcar; tenez-la d' Annibal.
FIN
••— ——— — ^l^ f ■■■# — — t»»» J ^t»,»—^,^—,^,^»^fc^^^
Page la, v. i3.
Le héros de Carthage est venu d'Ionie.
J AURAIS pu remplacer le mot Xlome par celui ii Arménie; Strabon, liv. XI, parag. 6, dit que le roi Artaxias fit bâtir aux bords de TAraxe, sur les plans et par les soins d*Annibal, une ville nommée par ce héros Ar^ taxiasaxa. Il est très-probable qu'Annibal, qui est mort à soixante-cinq ans environ, resta quelques années en Arménie avant d'arriver chez Prusias, en Bithynie, où les Romains n'auraient pas tardé à le poursuivre, s'il eût pris d'abord ce royaume pour refuge.
Page 14, V. 17.
Il en est temps encor, seigneur ; Rome s'avance.
Dans plusieurs langues modernes , et par l'effet des préjugés que la féodalité avait produits , et que nos mœurs ont encore conservés , nous sommes habitués à donner aux personnages éminents qui figurent dans les tragédies l'appellation de Seigneur. Un pareil titre peut, sans inconvénient, être donné à un vieux roi d'une partie de l'Asie; mais Annibal et Flaminius, tous deux citoyens d'une république,^ ne doivent pas se servir l'un envers l'autre de cette formule honorifique.
Page i5, V. i5.
Avide ravisseur des images des dieux.
Prusias , ayant pris Pergame , emporta sur ses épaules une petite statue d'Esculape , regardée comme le chefd'œuvre de Philomaque. Elle était probablement d'or, et même enrichie de pierreries. Ce prince offrait un singulier mélange d'audace et de bassesse d'ame. Il avait donné des preuves de courage en faisant affranchir les Rhodiens du tribut qu'ils payaient à Byzance , et il remporta , près d'Ârisbe , sur les Gaulois qu'Attale avait fait venir en Asie, une victoire que Polybe appelle mémorable. Ce roi, qui depuis étonna les Romains par sa bassesse, lorsqu'il parut à la porte du sénat, la tête rase et avec le bonnet d'affranchi , saluant chaque sénateur , fit en d'autres temps plusieurs outrages aux députés que Rome lui envoyait, et il enferma dans Pergame P. Lentulus et L. Hortensiusl
Page 19, V. 6.
Entende encor crier : Annibal est aux portes !
Annibal, dans l'intention de faire abandonner aux Romains le siège de Capoue , ravagea toute la campagne de Rome, et s'approcha tellement de la ville, qu'il lança au-dedans sa pique. Pline (Hist. nat. XXXIV, i5) dit qu'on voyait encore de son temps, en trois endroits, les statues d' Annibal , le seul ennemi de Rome qui eût lancé sa pique dans l'intérieur de la ville : Pline aurait dû ajouter, « depuis la prise de Rome par les Gaulois. »
Pendant plusieurs siècles, quand les mères voulaient faire taire leurs petits enfants, elles criaient : « Annibal ad portas ! Annibal est aux portes ! »
Page ai, v. 17.
Enfin, vers Métapont, le sauveur des Romains, Fabius, par miracle échappé de ses mains.
Annibal avait envoyé vers Fabius , qui venait de surprendre Tarente, deux habitants de Métapont , avec des lettres supposées des premiers de la ville , qui promettaient à ce consul de lui livrer Métapont avec la garnison carthaginoise , à condition qu'on leur pardonnerait tout le passé. Fabius, oubliant la prudence, marqua le jour où il devait s approcher de la ville. Annibal, qui en fot instruit , plaça une embuscade près de Métapont. Cependant Fabius voulut consulter les auspices. L* Augure, probablement mieux informé que Fabius, lui dit que les auspices étaient contraires, et qu'il eût à se défier dun piège. Les Métapontins , ne voyant pas Fabius arriver, lui renvoyèrent les mêmes députés, auxquels la crainte des supplices fit tout avouer. Fabius répétait souvent que ce n'était que par un miracle des dieux en sa foveur qu'il était échappé des mains d' Annibal.
Page aa, v. ao.
Malgré lui n'y reçut-il donc pas L ordre, le lieu, le jour, l'heure enfin des combats?
ARBATE.
Devait-il obéir?
Cette objection d'Arbate est précisément ce que me dit un jour le maréchal Gouvion Saint-Cyr, qui m'assurait qu'en Espagne il avait très-souvent refusé d'obéir aux ordres que Napoléon lui envoyait de Paris. « Anni-
bal, lui répondis -je, se serait dispensé d obéir aux ordres de Garthage quand il était en Italie : niais près de Garthage il y était contraint. Les périls qu'il courait d'ailleurs étaient bien différents des vôtreâ; vous pouviez être mis en retraite , et lui en croix. » Il convint de cette vérité 5 et savait très-bien qu Annibal , dont il admirait le génie plus que personne peut-être, voulait traîner la guerre en longueur, parce qu'il manquait surtout de cavalerie et de vivres, tandis que les Romains en avaient acheté des marchands carthaginois, et probablement de la faction hannoniste.
« Tout ce que peut faire un grand homme d'état, et « un grand capitaine, dit Montesquieu, Ânnibal le fit « pour sauver sa patrie : n'ayant pu porter Scipion à la « paix, il donna une bataille où la fortune sembla pren- « dre plaisir à confondre son habileté, son expérience, « et son bon sens. »
Page a3, v. i3.
Qui peut croire en effet ce qu'on a raconté Et de sa perfidie et de sa cruauté?
Les historiens latins ont pris à tâche de peindre Annibal sous les traits les plus odieux. Tite-Live , qui a trop souvent pris les matériaux de son histoire dans les annales mensongères de Fabius Pictor, fait dire à un consul qu'Annibal apprit à ses soldats à se nourrir de chair humaine ('), vesci humanis corporibus docendoy tandis que Polybe dit que, dans une disette extrême, un
\i) TiT.-Liv. lib. XXIII, cap. 5.
officier de l'armée carthaginoise, nommé Annibal Monomaque, avait donné ce conseil, mais qu Annibal le repoussa. Quant à la perfidie d*Annibal, Tite-Live en rap* porte plusieurs traits dont Polybe ne dit pas un mot; je citerais entre autres ce conte des cinq cents Numides qu'Annibal engagea à se rendre aux Romains pendant la bataille de Cannes, comme transfuges, avec l'ordre d'attaquer les Romains par derrière , et de leur couper I ks jarrets-
I II ne nous reste rien de l'ouvrage de Sosilus, ce
I l^cédémonien qui avait enseigné la langue grecque à
Annibal, et qui avait écrit l'histoire de ses guerres : mais la perte de cette histoire n'est pas beaucoup à regretter, d'après ce qu'en dit Polybe (0, qui traite l'auteur avec assez de mépris. Il n'en est pas de même de Philaenus; celui-ci était très*estimé. Cicéron dit de lui(*) qu'il a écrit avec une très-grande exactitude tout ce quT concerne Annibal. Is autem diligentissime res À nnibalis persécutas ^st» Je dois dire cependant que Polybe , si judicieux en général, me semble un peu injuste à l'égard de Philaenus. Ddit d'abord{3) que Philaenus n'est pas moins partial pour les Carthaginois que Fabius Pictor pour les Romains, et, dans la page suivante, on voit que Philaenus n'est pas plus favorable aux Carthaginois qu'aux Romains. Il ( blâme encore Philaenus W avec un peu d'aigreur, sur ce
I que cet auteur, en remontant aux causes des guerres
(i) PoLTB. Gasaub. lib. III, p. 175.
(a) Cic. de Divinat lib. I, cap. 49.
(3) PoLTB. CasaUb. lib. I, p. i3.
(4) PoLYB. Casaub. lib. III, p. 181.
entre Carthage et Rome, avait dit que, par un traite entre les deux nations , l'Italie entière était interdite aux Carthaginois, comme la Sicile entière Tétait aux Romains, et que les Romains avaient violé ce traité.
Polybe , qui rapporte les anciens traités entre Rome et Carthage, qu'il a traduits d'après les originaux, conservés sur des tables d'airain, au temple de Jupiter Capitolin, dans les archives des édiles, décide que le traité n'a jamais existé. Quand il serait bien constant qu'on n'eût caché à Polybe aucun des traités, il me semble qu'on doit croire sur cet article Philaenus autant que Polybe lui-même. Annibal, instruit des affaires par Âmilcar Barcas, son père, en avait lui-même instruit Philaenus, qu'il estimait au point qu'il voulut l'avoir presque toujours auprès de lui. Polybe, qui écrivait cinquante ans après Philaenus, dit au sujet du premier traité fait entre Carthage et Rome du temps des premiers consuls, que la langue latine avait subi de si grands changements, que non seulement lui, mais les plus habiles même, avouaient qu'ils ne pouvaient bien comprendre le texte de ce traité : TriXocauTY) yàp 'h 5ta<pop4 Y^yovE TTjç ôtoXexTOu tÎ)ç vuv Tupbç T^jv ^pj^ttiav (0.
(i) PoLTB. Casaub. lib. III, p. 177. Il n*est pas étonnant que Polybe et les plus habiles grammairiens de son temps n'entendissent plus guère le latin un peu étrusque de Junius Bru tus et de Marcus Horatius. Quels changements la langue latine ne devait-elle pas avoir éprouvés pendant l'espace de deux cent cinquante ans, à en juger du moins par ceux qu'elle éprouva dans un intervalle de cinquante à soixante ans, changements dont nous pouvons juger d'après l'inscription de la colonne rostrale élevée en l'honneur de Duilius, citée et expliquée par le savant espagool Pierre Giaconius (Thesaur. Antiquit. roman, t. IV)? La date de cette inscription
*' Si Polybe ne pouvait pas comprendre le texte du premier traité, cet inconvénient n'existait pas pour Philaenus. Le traité fait entre les deux républiques, au temps de lexpuision des rois , n'était pas inintelligible pour les Carthaginois. La langue punique était très-cer^ tainement fixée alors, puisque l'ancien Périple d'Hannon, cité par Aristote, ïïepl Ôaufxaatwv axou<TfxaTcov, et différent non seulement de celui qui existe actuellement , mais même
est de Tan 260 avant J.- G. , quatorze ans avant la oaissanee d*Enniu9. Plante, dont Yarron, cité par Quinlilien, disait que, si les muses voulaient parler latin, elles s^exprimeraient dans la langue de cet auteur, n*était né que vingt-quatre ans après; et enfin le poëte africain, qui, prisonnier de Scipion dans la seconde guerre punique , fit partie de la pompe triom* phale du général dont il devait bientôt devenir Tami, et marchait dans le cortège avec son bonnet d^affrauchi, Térence, que Cicéron et Quintilieu regardent pour le style comme un modèle de grâce, d*élégance et de pureté, naquit environ cinquante-cinq ans après la date de l'inscription retrouvée par Gruter dans un msc. de la Bibl. palat. , el dont je vais citer quelques mots , seulement pour Torthographe :
COLONNE ROSTRALK. EXPLICATIOir.
BiLios, Duilius.
LucAEs BOVEBOS, Lucauîs bobus.
CcROM.... RESMECOS, Currum.... rémiges.
Heptemresmom, Sepliremem.
Artisumad obsbdeoited, Arctissimà obsidione.
ExFocioKT, Effugiunt.
Olorum en marid, niorum in mari.
PuciTAnDOD vicET, Pugnaudo vicit.
OinoM PLOERUMEx*, Uuum plurimî.
(•) Cette dernière citation est tirée de rinscriplion faite l'année suivante en Vhonnear de Gornelias, qui vainquit Hannon dans la Sardaigne.
de celui qui existait du temps de Pline le naturaliste et de Solin , date pour le moins de 1 époque du premier traité. Philsenus, ou Annibal ou Barcas, ne pouvaient-ils donc pas avoir lu dans les archives de Garthage ce traité écrit en langue punique?
Qu'y aurait-il donc de si extraordinaire que les Romains eussent violé un premier traité au sujet de la Sicile ? N'ont-ils pas encore violé depuis le traité fait par Lutatius avec Âmilcar Barcas, le père d' Annibal, traité dont tous les articles avaient été si opiniâtrement débattus, que Lutatius craignit d'irriter Amilcar? Le sénat eut l'indignité de casser ce traité, sous prétexte que Lutatius l'avait conclu sans l'autorité du peuple romain. Polybe , quoique en général il paraisse favorable aux Romains, n'en eonyient-il pas? Ne dit-il pas encore, au sujet de la Sardaigne, que ce fut contre la foi des traités que Rome força les Carthaginois de sortir de la Sardaigne ? £t dans quel temps ? lorsque Carthage était près de succomber sous les armes des rebelles de l'Afrique. Ce n'était pas ainsi que les Carthaginois s'étaient conduits dans le temps de la guerre de Pyrrhus contre Rome. lis étaient venus of&ir aux Romains un grand nombre de vaisseaux, avant même que ceux-ci en eussent fait la demande. Certes la haine d' Amilcar et d' Annibal était Uen fondée. Pourquoi parle-t-on de la foi punique ? c'est pai^ce que les Romains ont été les vainqueurs. Si les Carthaginois eussent triomphé , et si les ouvrages de leurs écrivains fussent restés, la foi romaine aurait pv^ passer en proverbe.
Au reste, Philaenus a pu écrire l'histoire d'Annibal en
grec(0, comme Ânnibal, qui cultiya toujours la littérature au milieu des camps, avait publié en grec un écrit sur les exploits et la conduite de Manlius Vulson, probablement afin de soulerer les rois de TAsie contre les Romains.
Page a3, v. i6.
Lui, cruel! Il peut perdre (il le devait peut-être) Les huit mille captifs dont à Canne il fut maître.
Yalère Maxime dit que les Romains ne voulurent point racheter les captifs, parce qu'ils s'étaient laissé prendre honteusement les armes à la main. Mais la véritable raison était que le trésor se trouvait tellement obéré, quon navait pas pu même payer les Romains captifs, vendus par Ânnibal à Fabius Maximus, et que ce consul ne put en payer le prix qu'en vendant cette ferme qu'Ânnibal, maître de la campagne, avait défendu à ses soldats de ravager.
L'auteur fait cette réflexion assez honorable pour Annibal. Il renvoya libres ces six mille captifs ( Tite- Live et Cicéron disent huit mille, probablement six mille Romains , et deux mille alliés), parce qu'il s'embarrassait peu d'avoir à combattre ces Romains une seconde fois.
Page a3 , v. ao.
Lui, perfide, dit-on!...
Que n'amraieht point dit les Romains de la perfidie d'Annibal, s'ils avaient à citer contre lui un trait tel que
(i) Hoc autem in Phiisni groca historia est. Cxc, de divih., lib. I, c. 49-
iQO NOTES.
celui de la perfidie de Claudius. Ce tribun des soldats fut envoyé par Appius Caudex vers Hannon , commandant de la garnison et de la citadelle de Messine. Sous le prétexte d une entrevue avec Hannon , qui avait promis de rendre les trirèmes, et les Romains pris dans le dernier combat naval, et que Zonare dit même avoir été rendus par Hannon, ce tribun ayant gagné les Mamertins, maîtres alors de la ville, fit surprendre et jeter dans une prison le général carthaginois, qui, ne pouvant sauver sa vie autrement, fut obligé d'abandonner la citadelle aux Romains, et s'en retourna à Carthage , où il fut mis en croix pour avoir manqué de prudence.
Page 26, v. 9.
Il me fallait marcher de Canne au Capitole.
Les plus habiles militaires conviennent maintenant que c'est à tort qu'on a accusé Annibal de n'avoir pas fait le siège de Rome après sa victoire de Cannes, et de s être laissé amollir par les délices de Capoue, qui sont passées en proverbe. C'est Montesquieu qui le premier, dans son bel ouvrage de la Grandeur des Romains , a vengé Annibal de cette accusation , qui paraît injuste : mais enfin cette opinion a subsisté deux mille ans ; et la poésie s'arrange assez bien des erreurs populaires.
Je dois dire cependant que le chevalier Folard est loin d'excuser Annibal de n'avoir pas , après la bataille de Cannes , marché de suite contre Rome.
NOTES. loi
Page a8 , v. a3.
Imitez Texemple de mon père.
Le cheralier Folard ne regarde pas Âmilcar Barcas comme inférieur à Ânnibal même. Quel génie et quelle intrépidité il déploya au siège d'Erix, en Sicile, où, se jetant au milieu des. ennemis^ tout à la fois assiégeant et assiégé , n'ayant ni ville alliée , ni espérance de secom*s, il fatigua tellement les Romains quils n'étaient pas plus avancés après trois ans que le premier jour ! Cependant quand la flotte des Carthaginois fut détruite, comme il ne pouvait plus recevoir de munitions, le sénat de Carthage lui ordonna de traiter avec les Romains; et il répondit à Lutatius, qui voulait que lui et ses soldats rendissent les armes : « Je périrai plutôt que « de rendre à l'ennemi les armes que ma patrie m'a « données pour la défendre contre ses ennemis. » Lutatius, vainqueur, fut obligé de céder.
Amilcar s'immortalisa ensuite par sa fameuse expédition contre les rebelles d'Afrique. Carthage, sur le point de périr, rappela au commandement Amilcar, qui, voyant qu'il était impossible de faire aucune grâce aux rebelles, à cause des Cruautés inouïes qu'ils avaient exercées, et n'ayant que des milices inexpérimentées, et de moitié inférieures en nombre aux révoltés qu'il combattait, fit semblant de fuir, et enferma entre des montag[nes, au passage de la Hachcy cinquante mille guerriers pleins d'audace, qu'il avait dressés lui-même dans la guerre de Sicile; et il les fit tous périr par la faim, sans perdre un seul homme de sa faible armée.
Il disait en montrant à ses amis Annibal adolescent : « Regardez ce jeune lion que j'élève contre Rome. »
Page 3i, V. 18.
Son père fut défait au lac de Trasymène.
Quelques savants, et, entre autres, Sigoniiis, auteur des Fastes consulaires, pensent que le Titus Quintius Flaminius, qui voulait contraindre Prusias à livrer Annibal, nest pas le fils de Flaminius qui fut vaincu au lac de Trasymène. Ils prétendent que d'après les médailles et les inscriptions des Fastes capitolins, le nom de ce Flaminius qui a donné la liberté à la Grèce , doit s'écrire, non pas Flaminius^ mais Flamininus. Cependant Justin et d'autres auteurs écrivent Flaminius; Plutarque et Appien d'Alexandrie écrivent 0Xa(xivto;. Casaubon, dans sa traduction de Polybe, écrit aussi Flaminius. L'auteur de la vie d* Annibal qui se trouve insérée dans les œuvres de Plutarque, non seulement écrit Flaminius, mais il s'exprime ainsi (Traduction de Charles de Lécluse) : « Flaminius lui augmentoit davantage la suspi- « cion, lequel il estimoit estre le plus grand ehnemy « qu'il eust en Rome, tant publiquement pour la haine « commune de tous les Romains , que particulièrement K pour la mémoire de son père Flaminius, lequel fut « tué en la bataille qui se donna auprès du lac Trasy- « mène.» Freinshemius, dans ses notes sur FlorusC^), au sujet de ces mots Flaminio duce, cite une pierre antique où sont ces propres termes : Titus Quinctius Flaminius est e gemma F. Ursini. Des savants, tels que l'auteur
(i) FroRus, lib. II, cap. 7, cd. Gwev.
NOTES, io3
du liyre intitulé de Viris illustribus, ainsi que d*habiles commentateurs, à la tête desquels se trouve DujatiuSy n'ont pas craint , probablement d'après des recherches historiques qu'ils ont faites, mais dont ils n'ont pas rendu compte , de dire positivement que Titus Quintius Flaminius , qui avait rendu la liberté à la Grèce, et avait sollicité Prusias de livrer Annibal aux Romains, était fils de Flaminius qui fut vaincu et tué à Trasymène; et c'est l'opinion du grand Corneille, qui, dit-on, avait eu des mémoires particuliers sur les Romains.
Je sais bien que si j'avais à soutenir cette opinion devant l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, plusieurs membres de cette académie pourraient me répondre que l'autorité du grand Corneille n'est d'aucun poids dans cette affaire; que l'orthographe de Plutarque est fautive comme celle d'Appien et de Florus, ainsi que celle de l'inscription qu'il cite dans la vie de Flaminius; que le savant Casaubon s'est trompé; que Sigonius a très-bien prouvé que l'auteur du livre de f^iris illustribus n'est pas un savant; ou que le passage qui se trouve dans le texte d'Aurelius Victor, à l'article Titus Quinctius Flaminius^ y aura été, comme on le présume, inséré par quelque ignorant; que Freinshemius sommeillait quand il a fait son observation; que Dujatius est évidemment dans l'erreur. D'ailleurs , me dirait-on , il existait alors un Caïus Flaminius, qui fut consul en DLXVI : celui-ci pourrait bien être le fils de C. Flaminius (0 vaincu à Trasymène, et qui a donné son nom
(i) M™« Dacier, dans ses noies sur Âurelius Victor, Tappeile Quintus Flaminius.
io4 NOTES.
à la voie Flaminienne. Mais il ne £aut pas confondre cette famille, qui était plébéienne, avec celle de Titus Quinctius Flamininus, et de son frère Lucius Quinctius, chassé du sénat par Caton le Censeur. Ce Quinctius fut lieutenant du consul Manius Âcilius, selon Tite-Live; mais Plutarque dit que cette charge fut donnée à Titus Flaminius, qui avait été consul, à cause du grand respect que les Grecs lui portaient. Ceux-ci étaient de la famille noble des Quinctius, transférée d^Âlbe à Rome, et une de celles où Von choisissait les prêtres de Jupiter, de Mars, et de Quirinus, connus sous le nom de Flamen.
J'avoue qu'il me serait presque impossible de ne pas me rendre à ces raisons : cependant je pourrais objecter qu'il reste encore beaucoup d'incertitude sur plusieurs points de l'histoire de ces temps; que d'ailleurs, chez tous les peuples', il y a de grandes variations sur les noms des hommes qui ont joué quelque rôle dans l'histoire. En effet, les trois guerriers romains qui ont combattu contre les Albains s'appelaient-ils les Curiaces ou les Horaces? N'est-ce pas le parti que Tite-Live a voulu prendre qui a décidé la question? Et, pour citer un exemple de notre propre histoire, quel est le véritable nom du fameux connétable que nous appelons Duguéclin ? Les lettres de ce nom ont subi six ou sept altérations depuis deux cents ans seulement : et Montaigne, dont le nom même a été altéré, malgré la note expresse qu'il a faite pour prévenir cet inconvénient, Montaigne nous apprendCO que de son temps, à peu près vers i564)
(f) Essais, liv.Iy ch. 46.
NOTES. io5
le nom de Duguëclin, ou Du Guesclin, ou Du Guesclain, etc., s écrivait Glesquin, ou Guéaquin, ou Guesquin; Martène, Thés. Anecd.y le cite ainsi: De Glaiequin; et Villon, né un demi-siècle après la mort du bon connétable, le nomme Guesselin.
Enfin , pour en revenir à l'objet en question , et c'est la meilleure raison que je puisse donner, personne ne disconviendra qu'il suffit qu'il y ait eu quelque discussion sur un sujet, pour qu'un poëte soit libre de choisir à son gré ce qui lui est le plus favorable ; et , s'il n'usait de son droit, il s'exposerait à des reproches très-justement fondés.
Page 3/, , V. 19.
Nous demandons pourquoi tant de villes ravies? La Sardaigne et Zacynthe aux Romains asservies?
C'était par le conseil de Flaminius même que Rome enleva Zacynthe aux Âchéens : et, à ce sujet, il parla assez insolemment à Philopœmen : « Flaminius, » dit Plutarque, traduction d'Amyot, « rencontroit plaisam- « ment et aiguement , comme quand il dit une fois aux « Âchseïens, qui se vouloient attribuer l'isle des Zacyn- « thiens, pour les divertir de cette entreprise : Vous « vous mettrez en danger, seigneurs Achaeïens, si vous « sortez une fois hors du Péloponèse , ne plus ne moins « que les tortues, quand elles mettent la tête hors de « leur cocque. » II. en cite encore un autre exemple : « La première fois qu'il parlementa avec Philippus, pour « traiter d'appointement, comme Philippus lui eust dit :
io6 NOTES.
« Tu as amené beaucoup de gens avec toi, et je suis venu « seul ; » il lui répondit promptement : « Aussi as-tu tant « fait que tu es démouré seul , ayant fait mourir tous « tes parents et amiis. »
On voit que les ambassadeurs romains parlaient avec beaucoup d'insolence aux chefs des nations , et Montesquieu en a fait la remarque.
Page 36, v. i3.
Vous passiez sous le joug dans les Fourches caudines.
Les Fourches caudines, nom dun lieu situé dans les montagnes de TApulie , et ainsi décrit par Tite-Live ; « Duae ad Luceriara ferebant viae, altéra praeter oram « superi maris patens apertaque, sed quanto tutior, « tanto fere longior : altéra per Furculas Caudinas bre- « yior. Sed ita natus locus est : saltus duo alti, angusti, « silyosique sunt, montibus circa perpetuis intér se R juncti. Jacet inter eos satis patens clausus in medio « campus, sed intrandae primae angustiae sunt. Lib. IX, 2.»
Page, 41, V. 19 et ao.
Excitent les Romains qui jusqu'en cette ville Chassés par Annibal, y trouvent un asile.
Annibal avait rempli la Grèce et l'Asie mineure de Romains, qu'il avait vendus comme esclaves. « Jugez « quel nombre devait en contenir la Grèce, » dit Tite- Live, XXIV, 49} « puisque TAchaïe seule en racheta
« douze cents, pour en faire présent à Flaniinius>, qui « les rendit à Rome et à la liberté. »
Page 4/|, V. la.
Vous qui pour vos vertus vîtes en votre nom La Grèce consacrer le temple d'Apollon.
Titus Quintius Flaminius fiit en effet honoré, de son vivant, comme un dieu. Plutarque s'exprime ainsi, dans la traduction d'Amyot : « Le peuple chalcidien a dédié « ce parc des exercices à Titus et à Hercules » : et au temple nommé Delphinium, « Le peuple chalcidien a « consacré ce temple à Titus et à ApoUo » : « Et encore « jusqu'à présent, » dit Plutarque, « il s'eslit par les voix « du peuple un presbtre expressément pour faire sacri- « fice à Titus, auquel sacrifice, après que lliostie est « immolée, et leffusion du vin faite , le peuple chante « un cantique de triumphe fait en vers à sa louange. » Quant à la liberté qu'il donna à la Grèce, le bon et vertueux Rollin, après avoir parlé des fêtes que reçut Flaminius , ajoute : « Y eut-il jamais une journée plus « glorieuse que celle-ci le fut pour Flaminius et pour le « peuple romain ? Qu'on entasse ensemble tous les tro- « phées , toutes les victoires , toutes les conquêtes d'A- « lexandre, que deviennent-elles rapprochées de cette « unique action de bonté, d'humanité, de justice ? »
Montesquieu a vu de* plus haut, lorsqu'il a dit : « Les « Grecs se livrèrent à une joie stupide, et crurent être « libres en effet parce que les Romains les déclaroient « tels. »
io8 NOTES.
PSige6o,T. lo.
Eumene qu'entouraient deux cents vaisseaux rapides.
Cornélius Nepos rapporte qn'Annibal fit jeter sur les ▼aisseaux d'Eumène des vases de terre remplis de ser« pents. Polybe et Tite-Iive n'en disent rien. L'auteur de la ▼ie d'Annibal, insérée dans les éditions, soit latines, soit françaises des Œuvres de Hutarque, s'exprime ainsi; je cite la traduction de Charles de Lécluse : « Or que la « chose soit faite en telle manière, les plus vieilles chro* « niques n'en font pas mention, mais seulement ^my- « lîus et Trogus* •
Comme la vie d'Annibal ne se trouve pas dans le texte de Plutarque, et que le passage que je viens de citer m'a paru mériter quelque attention, j*ai voulu savoir quel était le véritable auteur de cette vie d'Annibal. Le dernier éditeur des Œuvres de Plutarque, traduites par Amjot , M. Clavier, ne dit rien à ce sujet. Voici ce que dit Fabricius, dans sa Bibliothèque grecqiie{^):^AxLm!b^i!às « et Scipionis Africani vitœ quœ in antiquis latinis edi- « tionibus Plutarchi exstant, a Donato Acciajolo compo- « sitœ, non, ut fingit titulus, e grœco versae sunt.» En e£fet, quelques savants, et, entre autres, Chr. Hendreich, qui a écrit sur les Carthaginois, auront cru que l'exemplaire grec de Plutarque qu'ils consultaient, pouvait être incomplet; ils y ont été trompés. Dans larticle AcciAjtroLi (Biographie universelle), M. Ginguené s'exprime ainsi :
(i) Tom. IIl,p. 345.
« Comme on croit que Plutarque n*a point écrit la vie R d*Ânnibal et de Scipion, on pense qu'Âccîajuoli n* en est « point le traducteur, mais Fauteur. » Quoique Fabricius s'exprimât plus positivement encore que M. Ginguené, Je me figurais qu'ils pouvaient être dans l'erreur, et je soupçonnais , par le passage de la . vie d'Ânnibal , cité plus haut, que l'auteur avait vécu avant Donat Acciajuoli, né en 1428. Je voulus vérifier ce passage dans les premières éditions des vies parallèles de Plutarque, publiées en latin trente ans avant de l'être en grec. Dans diverses éditions, je le trouvai absolument dans ces mêmes termes : Ejus auiem sic gestœ rei non "vetustiores jinnales, sed Emili'us et Trogus meminerunt : et je conservais toujours mon opinion. Je fus obligé de me rendre à l'évidence, quand je lus, en tête de la vie d'Annibal, dans l'édition imprimée par Mentelin, vers 1471 ou 147^9 ^^ passage de l'épître dédicatoire adressée par Donat Acciajuoli à Pierre (de Médicis) : « Animadverti te ex clarorum ho- « minum inemoria non mediocrem voluptatem capere. « Itaque me domum recipiens constitui animo duorum « praestantissimorum ducum Sgipionis et Anitibalis
« GESTA, QUiS EX VARIIS AUGTORIBUS TUM 6RAEGIS TUM ft LATINIS COLLEGERAM, PRAESENTI VOLITMINE COMPLEGTI,
« idque sicut alias lucubrationes meas iK)mini tuo di- « care. »
Ce qui m'avait fait conjecturer que la vie d'Annibal avait été écrite avant le milieu du XV® siècle, c'est le passage déjà cité d' Acciajuoli , homme aussi modeste, aussi instruit qu'il était vertueux citoyen. « Ejus autem « sic gestœ rei non vetustiores Annales , sed Emilius et
« Trogus meminerunt. » U me semble d'abord eTident que cet Endlius est Cornélius Nepos , dont l'ouvrage fiit imprimé pour la première fois à Venise, en i47i> sou» le nom d'^Ëmilius Probus, et que des auteurs citent sous le nom de Probus. Quant à Trogus, est-ce d'un véritable manuscrit de Trogue Pompée que parle Acciajuoli, ou seulement d'un manuscrit de Justin, qui, un siècle après Trogue Pompée, abrégea l'ouvrage de cet auteur? Ce dernier sentiment paraît plus probable. Quoi qu'il en soit, Trogue Pompée lui-même vivait, ainsi que Cornélius Nepos, du temps de César et d'Auguste. Quels étaient donc les auteurs plus anciens, soit grecs, soit latins, que Donat Acciajuoli avait consultés? II me semble que, si Ton en excepte Polybe, il ne nous reste pas beaucoup d'auteurs qui aient écrit sur l'histoire romaine avant Cornélius Nepos et Tite - Live. Les manuscrits qui existaient encore de ces auteurs plus anciens ont donc été perdus.
Page SS^ V. 4»
Si, vers Casilînum, il sut se dérober
Au piège oïl Fabius avait cru le surprendre.
Tout le monde connaît la ruse qu Annibal employa pour sortir du mauvais pas où il se trouva engagé par la manière dont il avait prononcé le mot Casinum ^ en appuyant trop long-temps sur la pénultième ; ses guides le conduisirent à Casilinum , où il fut enfermé par Fabius. Annibal fit attacher du foin et des sarments secs qu'on alluma sur la tête d'un grand nombre de taureaux: ces animaux, chassés vers la campagne et les bois, ef-
NOTES. m
(rayèrent les Romains, qui crurent que c'était un nouveau piège que leur tendait Annibal. Il sortit ainsi d'un défilé pàîlleux sans être inquiété.
Page 69, y. 9.
Que cet homme en son cœur chérissant sa patrie.
Annibal, dit Tite-Live, XXXIII, 48, sortit d'Afrique bien plus touché de pitié pour le sort de sa patrie que pour le sien et celui de sa famille : « Africa excessit, « saepius patriae quam suorum eventus miseratus. »
Il avait puisé ces nobles sentiments dans l'ame de son père.
Page 70, V. 21.
Mon père, des vautours la sanglante pâture.
Annibal, dit Tite-Live, XXII, 7, fit chercher avec soin parmi les morts, mais ne put trouver le corps du consul Flaminius, qui, après s'être laissé surprendre, ne se laissa pas du moins abattre, et combattit avec un cou-^ rage extrême. Le héros carthaginois fit dlionorables fonérailles aux consuls Paul Emile, Gracchus et Marcellus.
Page 71, V. 3.
N'a-t-il donc pas détruit quatre cents de tes villes? Annibal, en dix ans, n'a-t-il pas sans pitié De tes nombreux enfants fait périr la moitié?
Cornélius Lentulus s'exprime ainsi dans Appien d'Alexandrie (0 : « Annibal a détruit quatre cents de pos
(i) De Bellis Pun. cap. 34.
« villes, TSTpaxoffta àavri; et remplissant les fleuves (le « torrent du Vergellus) de cadavres des Romains, il les « a fait servir à lusage qu'on tire des ponts. » Ailleurs (0 Appien dit qu'Annibal, dans lespace de deux ans, tua cent mille guerriers, tant des Romains que de leurs alliés. Voici le passage : Kai Tcofiiatot Suo Irediv ^Sy) wep'i t^v 'IxaXtav 'Avv(êa itoXejxouvxeç , diuoXwXéxeffav dvSpwv îSiwv te xal (rufjLfxa"/{ov Iç BixoL fjLuptdlSaç. Le premier traducteur latin avait lu probablement dans son manuscrit Iç eïxodi fxupid^Saç, et il a traduit ducenta rmlUa; traduction qui est restée dans ledition de TolliuSy dite Variorum^ dont le texte cependant porte Séxa : il est bien étrange que la même faute se retrouve dans VAppien de Schweighaeuser. Avant quAnnibal vînt en Italie, il y avait plus de deux cent soixante-dix mille citoyens dans le territoire de Rome; sept ou huit ans après, il ny en avait plus que cent trente-sept mille, suivant quelques auteurs.
Page 76, V. 17.
Dans tes nobles travaux , ô mon dernier appui , Sois semblable à ton maître, et plus heureux que lui!
(û iraï , yEvoto irarpèç euTup^lorepo^ Tât S' aXX' ^[jLoio^.
lioç MàffTiY. T. 55o.
Disce, puer, virtutem ex me, verosque labores; Fortunam ex aliis. v«o. jEneid. xii , ▼. 435.
Virgile, dans l'imitation qu'il a faite du poète grec, a pris un ton plus imposant, plus solemnel; Sophocle a quelque chose de plus naturel et de plus touchant.
(i) De Bellis Annib. cap. '^'k%.
NOTES. ii3
Page 80 y V. 20.
Mon père (alors j'entrais dans ma dixième année) Au temple de Junon sacrifiait un jour.
Yillius, quelque temps après avoir été consul, se ménagea à la cour du roi de Syrie plusieurs conférences avec Ânnibal, pour sonder ses dispositions, s'il était possible, et lui persuader qu'il n'avait rien à craindre des Romains (0; ce qui rendit Annibal suspect au roi. Afin de dissiper les soupçons d'Antiochus, Annibal se contenta, pour toute explication, de lui raconter quel serment son père lui avait fait jurer sur les autels, lorsqu'il était encore enfant. Le roi lui rendit sur-le-champ son amitié. Mais de vils flatteurs empêchèrent bientôt ce prince de suivre les conseils d'un grand homme.
Page 80, v. 21.
J'y servais les autels.
Antoine de Guevara , évêque de Mondonedo , dans un ouvrage dont je vais citer le titre , ainsi qu'un passage, en langue italienne (n'ayant pu retrouver, même dans nos grandes bibliothèques, l'original en langue espagnole), dit que les enfants des premières familles de Carthage étaient élevés dans les temples, depuis trois ans jusqu'à leur douzième année. Christophe Hendreich(^) cite une partie du passage en latin : mais il ne cite pas
(i) TiT.-Liv. lib. XXXV, cap. 14.
(a) GarthagOy Ub. I, sec. 2, cap. 2.
ii4 NOTES.
le commencement de ce passage assez curieux, où Guevara indiqpie louyrage d'où il a tire ce qu*il avance. Voici le passage de Guevara (0:
« Patricio Senese, nel libro della republica, dice que « la citta di Gartagine, prima che essa guerreggiasse con « Romani, era molto generosa, ethaveva la sua republica « ben ordinata; ma perche la guerra ha questo publiée « costume, che uccide gli huomini et consuma la robba, « et sopra tutto estingue gli antichi costumi, Cartaginesi « haveano per costume, che i fanciuUi, et speciahnente « quelli de gli huomini honorati, da tre anni in su sina «ai dodici si creavano ne i tempij , da dodici sin* a vinti « si davano ad imparare gli ufficij, da vinti sin* a vinti « cinque imparavano Tarte della guerra nella casa mili- « tare, forniti gli anni trenta, attendevano al suo matri- « monio, perche era tra loro legge inviolabile, che non « si maritasseno fin che '1 giovane non havesse anni « trenta , et la giovane' venti cinque (*). »
L'auteur du livre que cite Guevara, et dont il a tiré le passage sur les Carthaginois, est François Patricius, ou Francesco Patrizi, évêque de Gaête, né à Sienne, mort en i494- Cet ouvrage est dédié au pape Sixte IV, et est intitulé : Francisci Patricii Senensis^ de Institution Reipublicœy libri noi^em. J'aurais' désiré savoir quel livre ancien avait instruit Patricius d'un usage des Cartha-
(f) HonoL. de Princip. lib. II, cap. Sg. — Trad. fr., chap. 34.
(a) Libro di Marco Aurelio , con VHorologio de Principi. In Venctia , Francesco Portonaris daXrino, 1 56a. C'est rimprimeur-libraire Portonaris qui a traduit cet ouvrage.
NOTES. ii5
giiioisy qui semblait ne pas avoir lieu au temps des guerres de Garthage et de Rome, mais il ma été impossible de retrouver, dans 1 ouvrage de Patricius, le passage cité par Guevara. Je ne Tai pas trouvé non plus dans un autre livre de Patricius, intitulé : Enneas de Regno et Régis instituthne.
Page Biy V. i/|.
Soleil, Dieu d'Amilcar, et toi dont les autels, Bélus, ont vu ma mère ^ oubliant les mortels, etc.
Les femmes, à Garthage, se dévouaient assez souvent à une espèce de sacerdoce, du vivant même de leurs maris. Quelquefois elles consentaient à faire entrer à leur place , dans le lit nuptial , d'autres femmes ; et , sans perdre leur titre d épouses, elles observaient dès lors une chasteté si sévère , qu elles ne se permettaient pas même d'embrasser leurs enfants mâles. Du tenips de TertullienCO, c'était à Gérés qu'elles "^e dévouaient. La fa* mille d'Annibal , suivant une vieille tradition, descendait de Bélus et de la déesse Anna, sœur de Didon. Junon, dans Silius Italiens (^), parle ainsi à cette déesse :
Sanguine cognato juvenis tifoi , Diva , laborat Annibal , a vestro nomen memorabile Belo.
(i) TcRTULL. lib. I, cap. 6, ad Uxorem.
(a) S11..ITAL. lib.Vm,v. 3o.
ii6 NOTES.
Page 85, v. 14* J'obtienne enfin la mort d'un moment de pitié.
C'est ce qui arriva, peu d'années après la mort d'Annibal , au malheureux Persée, dont triompha Paul-Emile : un soldat tua ce roi par pitié. Quelques-uns cependant ont dit que les soldats qui gardaient ce prince, le firent mourir en le privant de sonuneil. Le fils du dernier roi de Macédoine, que son père avait nommé Alexandre, cent cinquante ans environ après la mort du fameux conquérant de l'Asie , exerça d'abord à Rome le métier de tourneur- tabletier, xopeur^ç Xeirroupyèç, et ensuite dans la ville d'Albe, celui de greffier, uTCOYpafxfxaTeuç.
Page 86 , v. i .
Prononce sur mon corps les funèbres adieux.
On retrouve en deux passages de Virgile les traces de cette ancienne coutume :
Sic o sic positum affati discedite corpus !
JEnéiâ. lib. II, t. 645.
Salve aeternum mihi, maxime Pal la, ^ternumque vale !
JEneid. lili. XI» ▼. 97 et 98.
Page 87, v. I.
Avancez...! Dieux! ce glaive échappe de ma main.
Cette petite scène est prise d'un dessin admirable de Girodet, dont je m'honore d'avoir été l'ami; dessin qui
ne s'est pas retrouvé le même que celui qu'il m'avait fait voir, ou il représente les Romains s'avançant avec eSroi j la pique en arrêt , sur Annibal qui , roulé par terre dans son manteau , vient de succomber au poison. Il y avait même placé un de ces scribes chargés de transmettre les exploits des Romains à la postérité.
Page 88, v. a.
Un tel crime!
FLAMINIUS
J'ai fait ce que m'ordonnait Rome.
C'est ce que dit positivement Tite-Live, XXXIX, 5i : « Legatum consularem , qui auctor esset Prusiae per « scelus occidendi hospitis , miserunt. »
LA REINE
DE PORTUGAL