ACTE II, SCENE III
De la publique paix, leur important ouvrage, Dans leur postérité les rois ofFrent le gage. L'Aragon, la Castille, ont souscrit à mes vœux : Les traités sont signés, cher don Pèdre; et je veux Te donner une épouse, et t'ofFrir ma couronne. Déjà d'un peuple heureux la faveur t'environne; Mais c'est trop peu de vaincre , il faut agir en roi. Digne par ses vertus et du trône et de toi.
Fille des rois , Constance affermira ta gloire. Hâtons-nous de fêter l'hymen et la victoire.
Mais que vois-je, mon fils? Pourquoi cette pâleur? Quel est ce froid silence? Est-ce ainsi que ton cœur Reconnaît ?....
DON P^DRE
Que répondre?Et pouvais-je m'attendre, Mon père, à des bontés qui doivent me surprendre, A ce trône que m'offre un roi si respecté?
A l'hymen qui par vous, seigneur, m'est présenté? Et, quand à mes désirs rien ne serait contraire, Prendrai-je, avant le temps, la place de mon père?
ALPHOICSE.
Accepte de mes mains ce présent glorieux.
Ton père t'en croit digne ; et peut-être mes yeux Sur ton front quelque temps verront le diadème. Reçois....
DON PÈORE.
Je ne le puis , quand un père qui m'aime Aux penchants de mon cœur ravit la liberté.
ALPHONSE
Mais enfin cet hymen par moi fut arrêté.
i5o lA REINE DE PORTUGAL.
Du refus étonnant qu'à mes vœux on oppose , Mon fils, je ne veux point approfondir la cause. Aux peuples de Castille, aux peuples d'Aragon, Cet hymen fut par moi promis en votre nom; Et Constance déjà du nœud qui vous engage Par mon ambassadeur, prince, a reçu le gage.
Pourquoi , sur mon dessein , quand vous m'avez quitté^ Ne me parliez-yous point avec sincérité?
Je vous ai fait savoir que dans cette journée De Const£uice et de vous on fêtait l'hyménée : Ai- je pu pressentir quelque refus secret?
Deux rois en sont instruits , mon fils ; et tout est prêt. Veut-on que des liens rompus par l'imprudence Sur ce trône parjure appellent la vengeance?
DON PÈDRE
La vengeance, seigneur! Que prétendent ces rois? Tous deux pourraient apprendre à respecter vos droits. Bientôt la guerre....
ALPHONSE
Un roi qui cède à sa colère, Qui, sans pitié, traînant ses sujets à la guerre , Fait répandre leur sang , non pour eux , mais pour soi , Prince, en est l'ennemi plus qu'il n'en est le roi; Partout on le maudit, et souvent quand ses armes Ont fait couler des flots et de sang et de larmes, Il tombe de son trône, et renverse l'état.
Ce royaume parait briller d'un grand éclat :
D'un œil plus éclairé voyez son origine.
Sa force, et quel péril peut hâter sa ruine.