ACTE III, SCENE I. i6i
La justice des rois, voilà leur bienfaisance!
(n prend le glaive.)
Ce glaive n'est tiré que pour votre défense , Et pour venger les lois; le faible, l'innocent^ Trouveront en don Pèdre un protecteur puissant; L'oppresseur, l'homicide, un juge inexorable. Rien ne peut au supplice arracher le coupable, Rien; quels que soient l'état et le sexe et le rang, Il n'aura point d'asile; et, fût-il de mon sang. J'atteste Dieu, nos lois, ce fer, le diadème. Qu'aux marches de ce trône il tombera lui-même. Don Pèdre en ce moment doit devant ses sujets Exposer sans détour ses plus chers intérêts.
Le roi qui par l'hymen veut m'unir à Constance , Croit que, par ses vertus comme par sa naissance. Elle doit maintenant, assise à mon coté, Du trône portugais remplir la majesté.
Du sang de ce saint roi que la France révère. Elle est le noble espoir et l'orgueil de sa mère : Puisse-t-elle être heureuse ! O ciel, entends mes vœux! Digne du trône, est-il un sceptre sous les cieux Que des peuples charmés le respect ne lui donne ? Son front peut honorer la plus belle couronne.
ALPHONSE
Conduis-la vers l'autel : prends la couronne d'or, D'un monastère illustre antique et saint trésor, Qui du grand Alaric jadis orna la tête.
DON PÈDRE, àa peuple.
Peuple et guerriers, présents à cette auguste fête, Sachez tous mon serment. Périsse votre roi
i6a LA REINE DE PORTUGAL.
S'il ose violer la justice et la foi,
Ce lien des mortels, la foi qui sur la terre
Doit dans le cœur des rois trouver son sanctuaire!
Quand Alphonse permet , quand vous approuvez tous
Que l'héritier des rois règne aujourd'hui sur vous ,
L'usage solemnel veut que le diadème.
Cet insigne éclatant de la grandeur suprême,
De la nouvelle reine orne le front sacré;
J'atteste des chrétiens le livre révéré
Que celle à qui je l'offre est votre souveraine :
Peuple, grands, tombez tous aux pieds de votre reine!
Votre reine est Inès.
INÈS, k part.
Est-il vrai?
ALPHONSE
Fils ingrat !
CASTRO, à part.
Imprudent! sans appui.
ALPHONSE
Prince , un tel attentat Va recevoir de moi sa juste récompense. Don Pèdre n'est point roi s'il n'épouse Constance.
DON pèdrï;.
Je l'atteste en présence et. du peuple, et du roi, Inès est mon épouse ,' elle a reçu ma foi :
Du temple de Garda Jules vint à Bragance Consacrer devant Dieu nplris sainte alliance ; Castro près de l'autel assistait à genoux, Estévan fut témoin : le saint prélat pour nous