UR LES COX T EMPLÀTIUNS
(;"cst pour la vérité que Dieu fit le génie. Lamartimk.
Maître^ vous avez beau prendre vos grands airs d'aigle ^ Saccager la mesure et mutiler la règle ; Vous avez beau , raillant le fier alexandrin , l>,ancer votre Pégase ennemi de tout frein ; Le plus souvent encor la règle vous maîtrise . Et votre ire apaisée à son joug est soumise.
Ce if est point Aristotc , ou le docte Boileau , Qui nous donne la loi , nous impose un niveau , Invente pour le vers le nombre , la mesure , Le grand législateur, c'est Dieu, c'est la nature. Le beau n'a point été l'ouvrage d'un pédant. Si le monde aujourd'hui rentrait dans le néant, Et que demain sortît de l'immense fournaise Un peuple qui parlât notre langue française , Notre vers cadencé serait exactement Ce qu'il est, mesuré , sobre d'enjambement , Et toujours contenu, dans une juste entrave. Obéirait au rhythme et marcherait esclave. Regardez : votre vers , courant en liberté , Et par sauts et par bonds, vrai cheval indompté , Décèle en son allure une peine infinie , Et n'ayant plus de frein , il n'a plus d'harmonie.
Quant aux mots roturiers dont vous avez souci , C'est bien ; que des petits le sort soit adouci ! Mais on n'alliera point, en dépit des cabales, La langue de? salons à la langue des halles.
Le divin Raphaël , cet apôtre du beau , Du grotesque jamais n'a souillé son pinceau ; Et jamais , que je sache , Horace ni Virgile , Des Vadés de leur temps n'empruntèrent le style. Le peuple est, dans ses mots, naïf, ingénieux, Mais les vers sont restés le langage des dieux.
Plus que vous ne pensez vous êtes orthodoxe ; Mais vous aimez jouer avec le paradoxe , Faire enrager les vieux qui jurent par Boileau , Être leur cauchemar comme notre flambeau.
Qui plus que vous est plein de douce poésie , Quand vous bornez l'essor de votre fantaisie ? Qui rassemble plus d'or et plus de goût exquis? Les vers à vos enfants , la réponse au marquis ; Et vos Mages , ce grand et splendide lyrisme , Où l'idéal de l'art atteint son paroxisme , Et devant qui Rousseau , lyrique froid et dur, Est presqu'un barbouilleur de strophes sur Namur ! Qui plus que vous , touchant toutes les harmonies ,
8/l LIVRE J.
Fait boLiitlonncr l'essaim des notes infinies, Sonde les océans , les gouffres , le ciel bleu , Va du néant à l'homme et du brin d'herbe à Dieu ; Qui de plus de claviers a remué les gammes, Fait vibrer plus de cœurs et palpiter plus d'âmes ! Votre livre nous vient sur l'aile du printemps , Avec l'herbe et les fleurs, les oiseaux et leurs chants. Soyez béni , poète ! à nos cœurs qui chancèlent , Vousôtez les brouillards qui toujours s'amoncèlent, Et vos chants de l'exil en montant vers le ciel , Calmes , sereins et purs d'amertume et de fiel , Ramènent parmi nous , comme fait la prière , Foi dans la poésie et foi dans la lumière!
iT mai Ifi'T.