A BÉRANGER
Gai philosophe et surtout grand poète , 0 Déranger, que j'aime tes chansons ; Ta Muse allie aux sons de la musette Et la morale et ses doctes leçons.
Depuis quinze ans, frondant avec courage Ceux qui rêvaient un passé détesté , Tes fiers accents ont maudit l'esclavage Et réveillé la liberté.
Les traits lancés de ton humble retraite , Jusqu'aux palais ont atteint quelquefois , Et bien souvent , sur leur lèvre inquiète ,
Ont arrêté le sourire des rois.
De nos exploits insultant la mémoire , Leur voix blessait notre noble fierté , La tienne, alors, célébrait notre gloire Et réveillait la liberté !
Ils sont allés jusque sous l'humble chaume , Les vers naïfs de tes joyeux refrains, Le villageois, le soir des jours qu'il chôme, En les chantant console ses chagrins.
Le vieux soldat , fils de la République , Trouve chez toi l'hymne qu'il a chanté , Et dans son cœur ton vers patriotique Réveille encor la liberté I
Mais c'est assez , ne monte plus ta lyre Que pour chanter les grâces et les ris, Ils sont tombés ces rois que ta satire Allait chercher jusque sous leurs lambris.
i'UO LIVRE III.
Repose en paix , en philosophe , en sage , Sur tes lauriers , par la gloire abrité ; Ton nom sera rappelé d'âge en âge Aux amis de la liberté.
Mais aujourd'hui , si la pitié t'inspire Un chant de deuil pour de nobles héros , Avec transport ressaisissant ta lyre , De quelques fleurs honore leurs tombeaux. Ils ne sont plus , ces Polonais si braves ! Mais , du tyran que l'espoir a flatté , Ils n'iront pas augmenter les esclaves , Ils sont morts pour la liberté !
Octobre 1831.